La Belle… et les bêtes, un zoopéra

Condensé de la présentation visuelle du spectacle

Condensé de la présentation visuelle du spectacle

Voici un spectacle original sur le thème des animaux à partir d’une sélection non moins originale d’oeuvres de mélodies françaises (excluant tout air d’opéra), principalement à partir du répertoire inusité de l’album-CD de Christine Lemelin intitulé BESTIAIRE.

En attendant de retrouver le programme, voici la transcription intégrale d’un article paru dans Le Soleil du 10 octobre 1992, signé Marie Delagrave, lequel expose très bien la genèse de ce « work in progress », cela en prévision de la représentation donnée dans le cadre des Concerts Couperin du Musée du Québec (c’est ainsi qu’on l’appelait alors), le lendemain.

QUÉBEC — Le chant classique n’est pas forcément austère. La mezzo-soprano Christine Lemelin en fera la démonstration dimanche, à 14 h, à l’auditorium du Musée du Québec, avec son « zoopéra » intitulé La Belle… et les bêtes.

Mais qu’est-ce qu’un « zoopéra »? « Il y est question d’animaux, dans les mélodies chantées théâtralement », explique la chanteuse lors d’une entrevue téléphonique de Montréal.
Toutefois, en dépit de sa thématique animalière (et de l’heure de sa présentation), il ne s’agit pas pour autant d’un spectacle pour enfants mais « pour tout le monde », tient à préciser Christine Lemelin. Si les moins de six ans pourront trouver le récital un peu difficile, les autres y puiseront une occasion peu banale de s’initier au chant classique.
Remarquée lors de son interprétation du rôle-titre de Carmen présenté à l’Opéra de Québec en 1986 (rôle qu’elle a tenu précédemment à New York et à Tokyo dans la version et mise en scène de Peter Brook), cette mezzo-soprano originaire de l’Île d’Orléans a néanmoins choisi de tourner le dos à ce répertoire. Sa raison en est une de personnalité, qu’elle possède curieuse et exploratrice.
« Le répertoire, je peux m’en passer avec bonheur plutôt que de chanter toujours les mêmes sornettes, déclare-t-elle, regrettant que bien peu d’opéras soient présentés au Québec… et que ce soit toujours les mêmes.
« J’aime regarder ailleurs, élargir le territoire du chant classique. Et travailler dans un rapport de création, plutôt que de compétition. »
Comment en est-elle venue à s’intéresser à ces mélodies souvent inédites que des auteurs aussi variés qu’Apollinaire, La Fontaine, Jules Renard et Robert Desnos (pour ne nommer qu’eux), sur des musiques de Louis Durey, André Caplet, Maurice Ravel, Georges Bizet et Joseph Kosma, entre autres, ont pu consacrer à la gent animalière?
« Ah! c’est une longue histoire, qui origine d’une commande de récital humoristique. Je m’en suis tirée en faisant appel à des chansons sur des animaux, dont j’avais pu prendre connaissance à la suite de longues recherches, raconte Christine Lemelin. Je possède une bibliothèque considérable sur ce sujet, pas moins d’une centaine de titres en français », assure-t-elle.
Un disque et un spectacle
À partir de ce matériel, la mezzo-soprano a conçu un spectacle intitulé Le bestiaire (déjà présenté à Québec, au Petit Champlain, il y a deux ans et demi) et un disque du même nom, lancé à la fin de 1990. Mais depuis, elle a découvert tant de nouvelles pièces — toujours sur la même thématique, et introuvables chez les disquaires — qu’elle a entrepris de créer un nouveau spectacle*.
« Le Bestiaire était… timide. Je ne pouvais à l’époque me payer une mise en scène, ce que j’ai regretté, avoue-t-elle. Cela peut paraître paradoxal à dire, mais l’encadrement permet beaucoup de liberté. »
Pour Christine Lemelin, il était important, tout en étant humoristique dans son approche, de ne pas sombrer pour autant dans le cabotinage. « On ne peut pas parler des animaux gratuitement, déclare la chanteuse. Les poètes, eux, s’en sont inspirés pour différentes raisons, que ce soit dans un esprit naturaliste, moralisateur, absurde ou dramatique.
« Je ne veux pas dire aux gens quoi penser — par contre quand je chante La pêche à la baleine, de Jacques Prévert, c’est suffisamment évident! S’il y a un message dans La Belle… et les bêtes, ce serait que Christine Lemelin aime chanter, et qu’elle peut prendre certains détours pour dire les choses », avance-t-elle.
Théâtralisation
      Bien qu’elle ne possède aucune formation en théâtre, la chanteuse déclare se sentir dans son élément (« comme un poisson dans l’eau! ») dans la théâtralisation du chant. La mise en scène de son spectacle a été élaboré par Gilles-Philippe Pelletier, qui a également rédigé les textes de liaison. Réjean Coallier accompagne la chanteuse au piano.
En une heure et demie, Christine Lemelin interprète pas moins d’une cinquantaine de mélodies! « Il faut préciser que certaines ne durent que 30 secondes, d’autres une minute et demie », reconnaît-elle.
La mezzo-soprano avoue qu’elle adorerait pouvoir répéter La Belle… et les bêtes, qui n’en sera demain qu’à sa troisième représentation (les deux premières avaient eu lieu à Montréal, à La Licorne, l’an dernier).
Certains l’ont déjà qualifiée de populiste, lui demandant même pourquoi elle ne s’orienterait pas en chanson populaire. « Il est vrai que j’explore le côté populiste d’un domaine plutôt élitiste, reconnaît la mezzo-soprano. Et j’avoue que ce n’est pas de la tarte que de travailler un répertoire pour néophytes.
« Quant à la chanson populaire,.. Mais qu’est-ce que j’ai à offrir face à une Julie Masse ou une Céline Dion? Non, pas de ya-ya, pour moi; je préfère travailler dans ce que je sais bien faire! Par contre, la démarche de Louise Forestier, qui endosse divers personnages à l’intérieur d’un même spectacle : je ne dirais pas non… »

*Une correction ici est nécessaire :
C’est plutôt à la suite d’autres découvertes, notamment pendant mon séjour à Tokyo et à Paris, entre 1987 et 1989, que l’album BESTIAIRE (Sne-565) a pu voir le jour et ainsi donner naissance à ce nouveau projet, lequel donnait vie à un nouveau répertoire.