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La tragédie de Carmen, New York, avril 1984

« Mademoiselle, dans la vie, on chante ou on ne chante pas! » — Bernard Lefort, ancien directeur de l’Opéra de Paris, lors de mon audition à New York, début janvier 1984, en présence de Peter Brook lui-même…

Encore très jeune dans ce métier, comment vouliez-vous réagir ou même refuser une telle aventure quand on vous sert une sentence pareille?! 
J’étais alors déjà sous contrat avec l’Opéra de Montréal (OdeM) en prévision du rôle de Maddalena, dans Rigoletto, à la fin du printemps, les deux se chevauchant, puis éventuellement en tournée américaine à l’été, voire au-delà*. Une décision devait être prise sur le champ, sans même pouvoir informer ou joindre qui que ce soit. Ahhhh!! Imaginez l’insomnie!

Retour au bercail. Mis devant le fait accompli, Jean-Paul Jeannotte, alors directeur-fondateur de l’OdeM et incidemment mon ancien professeur à l’École de musique de l’Université Laval, fut vraiment très chic avec moi : il n’aura exigé aucun dédommagement pour bris de contrat.

Cette expérience fut totalement bouleversante, autant personnellement que professionnellement. Elle balayait du revers de la main ma formation et ma bien petite expérience : Peter Brook demandait à ses chanteurs de ne pas projeter — ses productions œuvraient dans de petites salles — en plus d’avoir un jeu, disons, subtil.

Or, un peu plus tard, je chantais Carmen dans sa version traditionnelle pour l’Opéra de Québec. Mon Don José était le merveilleux André Jobin, fils du célèbre ténor Raoul Jobin — le hasard veut qu’André soit mon petit-cousin, puisque sa mère était la cousine germaine de mon père! Ayant été formé comme acteur auprès de Jean-Louis Barrault, André me dit simplement, et à raison, qu’à vouloir être subtile, ça ne se rendra pas au fond de la salle (Louis-Fréchette)…

Je n’avais encore jamais raconté ça… Et quand je dis « bouleverse »… Comment trouver le juste milieu? Ça remet tout en question et pour longtemps! N’empêche, ce genre de production, j’étais faite pour ça! Parce que c’est excitant, original, que ça nourrit l’esprit et permet d’aller plus loin dans ses propres désirs artistiques.
Par la suite, j’ai donc tenté de me faire une petite niche (à mes risques et périls!), laquelle aura donné quelques belles productions, audacieuses et inutités :
La Belle et… les bêtes, un zoopéra — résultat d’un très long Work in Progress sur le thème des animaux, cette dernière version d’après BESTIAIRE (Sne-565 CD) ; Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique, ou… « la Javanaise » et L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret.

*Tournée qui, finalement, n’a pas eu lieu et qui m’avait également fait renoncer à un contrat avec l’Opera Piccola du couple Léopold Simoneau et Pierrette Alarie, à Victoria, B.C., dans Albert Herring de Benjamen Britten.