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A propos christinelemelin

CHRISTINE LEMELIN, tragédienne-fantaisiste On peut bien sortir la fille de l’opéra, mais l’opéra de la fille ?!? Depuis toujours, la chanson fait partie de l’univers de Christine Lemelin. Auteure-compositeure-interprète, Christine Lemelin a fait paraître à compte d’auteur, en août 2011, l’album WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons », la trame principale d’une oeuvre bonifiée d’autres opus et récitatifs – d’où « Opéra » : L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret. Opéra de chambre, s’il en est, la création a enfin pris acte au mois de mai 2014, grâce à une résidence au Bain Mathieu, à Montréal. D’abord artiste lyrique accomplie, Christine Lemelin s’est particulièrement illustrée dans le domaine de l’opéra, notamment par ses brillantes performances du rôle de Carmen dans la célèbre production La Tragédie de Carmen de Peter Brook à New York et à Tokyo, et dans sa version traditionnelle pour l’Opéra de Québec. Découleront divers projets théâtralisés. Fondatrice des Productions « La Fille de l’Île », Christine Lemelin a fait naître des œuvres musico-théâtrales originales issues d’un répertoire non-opératique comme La Belle… et les bêtes, un zoopéra, d’après le CD BESTIAIRE (Sne 565), et Èva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique ou… la « Javanaise ». Juliette, rôle de composition dans Le roi se meurt d’Eugène Ionesco, produit par le Groupe La Veillée (maintenant Prospero), elle y cumulait les rôles de comédienne, soliste et directrice musicale. Christine Lemelin a à son actif plusieurs concerts symphoniques ou de musique de chambre, du baroque au contemporain. Ainsi, après avoir obtenu une maîtrise en Interprétation-Chant à l’Université de Montréal, elle a pu se perfectionner, d’abord à New York puis à Londres, auprès de madame Vera Rozsá, grâce à des bourses du Ministère des Affaires culturelles ainsi qu’à une résidence au studio du Québec à la Cité internationale des arts de Paris. C’est alors qu’elle a eu l’honneur de chanter lors de la messe solennelle donnée à la mémoire de René Lévesque. Pendant ce séjour en Europe, en plus d’une tournée en France, elle a présenté un récital composé de cycles peu connus de mélodies françaises sur les ondes de la RTBF, à Bruxelles, en compagnie de Noël Lee, pianiste de grande réputation. Notons également que Christine Lemelin fut invitée au concert gala du XIXe Festival International d’Été de Québec au cours duquel était célébrée l’entrée de la Vieille Capitale au sein du patrimoine mondial de l’UNESCO. Polyvalente, à l’automne 2010, le Canal D, dans sa série documentaire Homicides, nous l’a fait découvrir personnifiant la regrettée Denise Morelle, alias Dame Plume.

Histoire de chevelure…

J’avais vingt ans… ou presque. J’avais une très belle crinière, mais à cette époque, il fallait absolument que les cheveux soient lisses, droits comme une épingle… Comme je n’arrivais pas à les dompter, encore moins les coiffer — sinon j’avais l’air deux fois mon âge pour satisfaire la galerie, je n’en pouvais plus des rouleaux jumbo, des produits chimiques et surtout de passer mes samedis devant le miroir à blasphémer! Comme j’étais complexée!!!

Ainsi, en secret, en visite chez mes parents à Beauport, et, par la même occasion, y inviter mes nouvelles amies de Montréal, j’ai profité du Carnaval de Québec de 1975 pour faire le grand saut : la coupe afro! (plus affreuse qu’autre chose au premier abord…) Quelle surprise!!
À partir de ce moment historique (absolument!), ce fut désormais le laver-porter. Basta! Ter-mi-né! Pour toujours!

Quelle fut la réaction de ma nouvelle professeure de chant? « C’est pas une tête de chanteuse classique, ça! » À quoi je lui répondis : « C’est bien en quoi! »
Je n’en avais rien à cirer d’avoir la « tête de l’emploi », moi. Je voulais être bien avec moi-même, et avec ces cheveux-LÀ. Je ne voulais plus avoir à tester les angles pour cacher mon (je croyais) vilain nez! Il se camouflait tout seul maintenant. Et, Dieu soit loué, j’ai résisté à la chirurgie, n’en ayant pas les moyens. Je me suis épargnée le résultat, parfois discutable…

Ce n’est donc pas pour rien que, quelques années plus tard — et pas que pour ma tête, on me faisait peut-être le plus beau compliment de ma « carrière » : « Vous rajeunissez l’image qu’on s’était toujours faite des chanteuses d’opéra. » — Jeanne Quintal (comédienne, professeure au Conservatoire d’art dramatique de Québec), Québec en chansons 1981.

Pour la petite histoire, Guy-Jean Beaulieu était mon grand ami, et ce, depuis l’École de musique de l’Université Laval. Il avait de nombreux talents (hélas, je n’ai plus de contact avec lui depuis de nombreuses années et j’ignore ce qu’il est devenu). En plus de faire de la photo et me prendre pour modèle, il me confectionnait des vêtements tout à fait originaux. Disons que j’avais du style, beaucoup grâce à lui…

Cela aura pris de nombreuses années pour me faire une tête au point qu’elle devienne, sans calcul aucun, je le jure!, une « marque de commerce ».
Et plus mes cheveux était libres, plus j’avais l’air jeune…

Je n’avais pas l’intention de faire l’étalage exhaustif de l’évolution de ma chevelure. Même si cette histoire est loin d’être terminée, je conclurai ici. Parce que, malgré qu’elle soit désormais blanche et toujours bouclée, ce à quoi je tiens mordicus — témoins les photos concernant mon album de chansons et le spectacle qui s’ensuivit, je demeure aux prises avec « C’est pas une tête de… », et ce, dans d’autres sphères professionnelles (avec le prix à payer!)…

Comme quoi le conformisme, en ce qui a trait à l’image des femmes, à plus forte raison du moment qu’elles prennent de l’âge, demeure préoccupant — rares sont les exceptions. D’autant plus quand je vois de jolies jeunes femmes se pliant, cédant au dictat voulant qu’un cheveu, même 40 ans plus tard (!), devrait encore et toujours être lisse, dompté, jusqu’à arborer la perruque dans certains cas…
Misère!
Vive les (vielles) insoumises!

PS : Depuis cette publication, je tombe sur d’autres copies de la première série où il est écrit à l’endos : « Fin’70/Début’80… Point de repère : la bague achetée avec G.S. en Arizona, à l’été 1978 »!
Avec le temps, j’avais fini par oublier quelque peu cette vieille histoire d’amour…
Ce qui est conté plus haut est toujours aussi vrai, faut croire que mes cheveux auraient poussé très vite en trois ans…
Non seulement cette histoire est vraie, mais aujourd’hui (18 mai), en poursuivant la numérisation de mes photos professionnelles, je tombe sur un post-it où je paraphrase la chanson d’Aznavour (qui ouvre cet article) avec ceci (non daté mais ça fait un bail!) :
Hier encore, j’avais vingt ans / Et je passais mon temps / À m’défriser les ch’veux / 
Et tant, tant blasphémé / Jusqu’à me damner / Pour l’éternité / Pas b’soin d’vous les citer
– sur l’air de « Ma jeunesse »
Comme quoi…

Photo Michel Parent

Prière à ma mère*

La personne la PLUS importante dans la vie d’un être humain est sans contredit sa propre mère.
Je vous fais grâce de la genèse du texte qui suit. Cette mélopée se retrouve au coeur même de la création de mon « Opéra-Chansons ».
Comme elle ne figure pas sur l’album qui fait office de trame principale, seulement qui aura assisté à cet opéra de chambre moderne saura témoigner de la charge émotive qui en découle.

Un jour, peut-être, la musique et l’image suivront…

PRIÈRE À MA MÈRE

Chanter, c’est prier deux fois.
T’as donc rien compris, maman ? (Refrain)

Aimer, est un don…
Gratuit !
Il est faux de prétendre
Qu’on ne peut donner
Ce qu’on n’a pas reçu.
Il se peut de le cultiver.

Personne n’a demandé à vivre.
À moins de vouloir en finir,
Faut faire avec.
C’est MAINTENANT
Que je veux être heureuse.
Je me fous
De gagner mon ciel !

Refrain

L’Apocalypse,
C’est pas pour demain.
L’amour,
Ça se mérite…
Par l’amour.
Non le sacrifice.

Un parent, un enfant,
Doit être chéri,

Non pas trahi.
Pourquoi t’être réservée
Pour des étrangers ?

Refrain

Chanter
Est le propre de l’homme,
Toute culture confondue ;
Pour célébrer la terre,
Les étoiles, la mer,
L’AMOUR.

Chanter, c’est prier deux fois.
Je suis SAUVÉE, MAMAN !

© CHRISTINE LEMELIN_02-07-1994/12-10-1995/Révisé : 22-09-2010/16-01-13/03-12-13

Bernadette Morency, décédée à Québec, le 17 janvier 2015
Va ! Dors en paix…
Dors enfin, maman !

Mon souvenir de Clément Richard

Je viens d’apprendre le décès de Clément Richard, survenu hier, le 3 mars 2022. Ça m’émeut parce que j’ai fait sa connaissance au début des années’80, comme il était député du comté de Montmorency, mon comté d’origine : née à l’Île d’Orléans et avoir vécu mon adolescence à Beauport, où il résidait.
C’est par l’intermédiaire de mon amie, Claire Binet, qui travaillait dans son bureau de comté et qui m’a invitée (plutôt m’y a traînée!) à une soirée plus ou moins partisane à laquelle il devait assister. Je n’aurais jamais eu l’audace de faire une quelconque démarche à son endroit, très frileuse pour ce genre de choses.
Même si j’habitais désormais à Montréal, il a souhaité suivre mon évolution artistique. À plus forte raison quand il devint ministre des Affaires culturelles.

Une occasion en or s’est présentée en 1984 pour que son intérêt se concrétise : le rôle de Carmen dans La tragédie de Carmen de Peter Brook à New York, au Vivian Beaumont Theater (Lincoln Center). Un événement plus que bouleversant dans ma jeune carrière…
Il fit en sorte que l’on parle de moi : invitée à l’émission Contrechamp, à la télé de Radio-Canada, animée par Anne-Marie Dussault. Cette émission était alors diffusée uniquement dans la région de Québec.
En avril, il profita de son voyage à NY, où l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) se produisait au Carheghie Hall, pour assister à une représentation de « mon spectacle » en compagnie de Bernard Lamarre, alors président du Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBA) et de Lavalin. À la suite de cela, il m’invitait à la réception donnée pour l’OSM au Waldorf Astoria!
« Tu es lancée, maintenant! », me dit-il. C’était encore bien mal connaître comment ça se passe dans ce métier-là… Moi, je savais à quel point j’avais encore des croûtes à manger!

Quelques mois plus tard, je fus invitée à l’avant-première de l’exposition de la collection de Jacqueline Picasso au MBA. S’ensuivit une réception au restaurant Le Prévost, très populaire à cette époque. S’y trouvait le gratin artistique du genre André Gagnon, Jean-Pierre Ferland, Claude Dubois. Assise à la table d’honneur, mon voisin de droite était nul autre que Martin Gray (Au nom de tous les miens).
Parce qu’on voulait me faire profiter de l’occasion, Louise, l’épouse de Clément, m’a demandé de chanter. J’ai refusé, terrorisée à l’idée de performer Carmen (l’Habanera, il va sans dire!), car telle était la commande, devant un public qui, selon moi, n’en aurait eu cure, une pure inconnue et du classique en plus! — c’était pas très chaud à l’époque. D’autant plus que, du moment où je bois du vin et que je me retrouve dans un endroit bruyant, alors très enfumé, j’en perdais automatiquement la voix. J’aurais certainement perdu la face de n’avoir pu chanter comme il se doit. Avoir été opportuniste, j’aurais fait semblant, comme si de rien n’était, faisant de l’esbroufe avec la chanson et mon physique de l’époque. Personne n’a insisté… Tant pis?

Il m’a même déjà « reprochée » ne jamais aller le voir à son bureau, comme d’autres chanteurs le faisaient couramment! Je ne connaissais rien du lobbying et, comme je l’ai mentionné plus haut, je ne suis pas très chaude pour ces affaires-là ni très habile, je dois admettre. À part faire le maximum pour obtenir des contrats, mes projets solos étaient encore trop flous ou trop éloignés pour m’aventurer dans ce genre de contacts en dehors des demandes de bourses habituelles.

Ma dernière rencontre avec Clément Richard — je n’étais pas assez intime pour l’appeler par son prénom, bien qu’il insista, fut quelques jours avant mon départ pour Tokyo (1987) où je me rendais pour reprendre mon rôle, toujours dans La tragédie de Carmen. Il m’invita, seule, toujours au Le Prévost. S’y trouvaient quelques personnalités du monde du théâtre qui savaient qui j’étais. Une rumeur vint jusqu’à moi quelques jours plus tard… J’aurais été parfaitement incapable d’assumer, d’autant plus que « je ne suis pas voleuse d’hommes » (Vengeance ou Revanche? #3).
Ce fantasme à l’idée de la Carmen volage et mangeuse d’hommes qui m’a été accolé bien malgré moi — j’avais le physique de l’emploi, certes, mais pas la nature -, il a bien fallu que j’en sorte. C’est mon Code secret, mon « Opéra-Chansons » qui en a été le résultat, il y a une dizaine d’années.
Il n’a jamais su. J’y ai pensé… Aurais-je dû?
Tant pis.

Salut!
R.I.P.

Souvenirs de Jean-Paul Jeannotte

 

Nous apprenions le décès du ténor Jean-Paul Jeannotte, survenu le 9 septembre dernier. 

Il a été, certes, professeur titulaire à l’École de musique de l’Université Laval. Je fus la toute première élève à être choisie dans sa classe au niveau collégial. Ce qui m’a valu les commentaires suivants : « Tu dois être bien bonne parce qu’il ne prend que la crème, et seulement au baccalauréat! » De là à m’enfler la tête, loin de là : humblement, j’ai eu plein de croûtes à manger à partir de ce jour…

Ce qu’il faut savoir : cette année-là, il y avait eu de nombreuses inscriptions en chant, l’administration l’aura probablement obligé à prendre des élèves de niveau collégial. Comme j’avais été la seule à auditionner avec des airs classiques, notamment Vergin tutto amor, de F. Durante, ayant précédemment étudié en privé, cela faisait sans doute de moi une élève « idéale ». Oh, ma mère en était fière parce qu’elle savait qui il était (il avait gagné des prix).

Trois ans plus tard, je quittais sa classe pour suivre un professeur à Montréal, celle-là même qu’il avait invitée pour le seconder au niveau de la formation « strictement » de la voix, lui, plutôt spécialisé en interprétation. Doté d’une très grande culture, il avait une diction impeccable, et je lui dois certainement la rigueur qui fut mienne à ce niveau et qui me valut de nombreux compliments.

Non rancunier, plus tard devenu directeur artistique de l’Opéra de Montréal qu’il avait cofondé, il m’a donné la chance d’y faire mes débuts dans l’opéra « Manon » de Massenet (Rosette), puis, le Page dans « Salomé » de Richard Strauß.

Cependant, vous saurez me pardonner, je ne peux pas me priver de souligner cette amusante anecdote : il fut l’objet d’un numéro des Cyniques (Jean-Paul Lanote) lors du Bye Bye 1971!

J’ignore ce qui put lui valoir cette moquerie, Marcel Saint-Germain est tout simplement hilarant, remarquable de drôlerie (et de justesse, parce que monsieur était, disons, quelque peu précieux, n’en déplaise…). À moins que ce ne soit parce qu’il était alors président de l’Union des artistes. Jusqu’à quel point le grand public du Bye Bye le connaissait? Pas moi – j’étais bien jeune et peu connaisseure de ce milieu sélect, sinon qu’il était mon professeur depuis assez peu.

Alors, imaginez comment j’ai pu me sentir au retour des Fêtes lors de mon premier cours! J’avais du mal à me retenir de rire parce que la parodie avait été franchement impeccable.

J’ai pu retracer l’émission. À vous de juger :
0:45:24 à 0:48:09.

Or, qui ne vaut pas une risée…
RIP, Monsieur Jeannotte!

Bref souvenir de Michèle Lalonde

J’ai eu la chance et le plaisir de partager un café en compagnie de la magnifique Michèle Lalonde, dont nous avons appris le décès le 23 juillet. Amie du compositeur André Prévost, celui-ci m’a fait la grâce de la rencontrer autour d’une nième reprise de son cycle « Geôles », sur des poèmes de Mme Lalonde.
Non seulement belle et charmante, Mme Lalonde fut d’une humble gentillesse, ne s’appuyant nullement sur le texte qui l’a rendue célèbre. Elle parlait de son oeuvre sans fausse modestie. J’étais d’ailleurs très impressionnée et privilégiée d’avoir eu accès à cette grande artiste. Cela aurait fait 30 ans presque jour pour jour l’an prochain…

Cette reprise était dans le cadre d’un festival de poésie sous la gouverne de la poétesse Anne-Marie Alonzo, le Festival de Trois, à Laval, à qui j’avais proposé le concept d’un récital de musique classique sur des textes de poétesses, Poétesses en musique1. Comme j’interprétais ce cycle depuis plus de dix ans, il allait de soi qu’il fut au programme. Ayant prévenu André Prévost, c’est ainsi qu’il a eu l’idée de me la faire rencontrer.

J’avais connu M. Prévost quand j’étais étudiante en maîtrise à l’Université de Montréal et c’est en 1980 que j’ai commencé à étudier cette oeuvre, que j’ai enregistrée pour l’émission « Jeunes artistes », en 1981, à Radio-Canada/Québec, en compagnie de la pianiste Rachel Martel, qui fut de la création à Paris, avec une mezzo québécoise dont le nom m’échappe mais que je corrigerai éventuellement – il y a de ces négligences, parfois…
Pour la petite histoire : À Paris, autour de mai’68, il y avait eu les émeutes que l’on sait. Rachel et André étaient là-bas à la même époque. Et Rachel de déclarer avec courage et enthousiasme (peut-être la personne la plus enthousiaste jamais rencontrée dans ma vie) : « Bombes, pas bombes, nous allons jouer quand même! »

La rencontre avec Michèle Lalonde fut hélas ponctuelle et brève, mais les poèmes m’ont suivie pendant des décennies. Un cycle bien ancré dans mon être au point de le savoir encore par coeur, même après des années sans l’avoir chanté. Je crois bien, hormis la créatrice de l’oeuvre, être la seule chanteuse à l’avoir (eu) à son répertoire — même qu’Otto Joachim, compositeur, alors juge au Prix d’Europe 1980, m’a fait le compliment de croire que j’avais l’audition absolue, étant donné que je chantais si juste.

Désolée d’avoir autant parlé de moi et d’avoir l’air si opportuniste, mais on a les souvenirs que l’on peut…

1- Au programme :
Louise Labbé/Henri Sauguet-Lennox Berkeley
Emily Brontë/John Duke
Emily Dickinson/Aaron Coplang-Thomas Pasatieri
Gertrude Stein/Ned Rorem
Amy Lowell/Alexander Steinert
Virginia Woolf/Dominic Argento
Louise de Vilmorin/Francis Poulinc-Georges Auric-Darius Milhaud
Michèle Lalonde/André Prévost
Claire Dé/Marie Lacoursière (création)
Christine Lemelin, mezzo-soprano, recherche, conception et scénarisation
Léo Munger, comédienne et lectrice
Louise-Andrée Baril, pianiste

Éva Gauthier, 20 ans : la suite-2/2

Voici la partie la plus délicate de cette saga : celle de ne pouvoir éviter d’identifier un individu en raison des circonstances qui le mettent visiblement en lumière.

Revenons brièvement sur le CALQ, évoqué dans le billet précédent. Le formulaire de leur demande de subvention était formel : des dates de tournée devaient être garanties… Mais comment pouvais-je donc garantir la moindre date quand même le directeur de la Maison de la culture Frontenac de l’époque, où avait lieu l’événement, me refusait des billets de faveur prétextant que « ce n’est pas un showcase! »?! Or, TOUT événement artistique est en soi un showcase!
Son autre prétexte : ne pas frustrer la clientèle des Lundi d’Edgar, toujours à guichet fermé… le spectacle ayant dû être présenté dans ce cadre, faute de salle disponible à ce temps de la saison, mais hors formule quant à moi; ce qui déplut considérablement au « principal intéressé »*…

L’ovation ne veut plus rien dire au Québec. Par contre, je peux affirmer que le public a été ravi de ce qu’il a vu et entendu. Les quelques billets que j’aurais pu obtenir afin d’inviter des diffuseurs auraient alors permis aux personnes lésées ce soir-là d’en profiter plus tard, dans cette même salle ou ailleurs. Mais non. Refus total!
— N’oublions pas qu’il s’agissait d’une création, donc d’un événement artistique.
Je n’étais pas habituée à ces manières cavalières, le précédent responsable de ce lieu hautement prisé par les artistes et le public avait été jusque-là un fidèle allié de mes productions antérieures. En eût-il encore été le directeur qu’il aurait pu aisément faire entendre raison à ce monsieur — celui-là fort insulté d’être écarté de ma proposition –, étant donné qu’il connaissait bien le procédé et la qualité artistiques que je défendais depuis une quinzaine d’années.

Le programme du Festival SuperMicMac annonçait, comme le « veut » Les lundi d’Edgar, un récital commenté, ce qui n’était pas ma proposition. Or, mon spectacle n’était PAS l’invité des Lundi d’Edgar mais une production DU Festival. Depuis le début de ce projet, j’avais été tout à fait transparente avec l’organisation dans la teneur de ce que j’avais l’intention de présenter, lui espérant du même coup un avenir heureux et lucratif. J’avais la pleine confiance de sa directrice.

Cependant, j’ai été invitée à expliquer à monsieur l’objet et l’objectif de mon spectacle, lequel n’était pas un simple récital comme on le voyait encore, mais celui-là arborant un scénario avec mise en scène, également tout en décors. En aucun moment ni endroit dans ce spectacle je ne pouvais l’intégrer, étant donné la captation de l’événement, ne pouvant ainsi offrir ce qu’on y verrait à un diffuseur éventuel puisque ce n’est pas ÇA que j’avais à « vendre ».
Non seulement cela, j’ai eu beau expliquer à monsieur que je travaillais sur ce projet depuis plusieurs années, que je m’y vouais à temps plein depuis de nombreux mois sans le moindre revenu, que je ne pouvais me permettre, une fois le 30 octobre passé, le reprendre de zéro comme je l’entendais et devoir le capter de nouveau pour une diffusion éventuelle. Je me suis même excusée de l’exclure, non pas par manque de bonne volonté mais exclusivement pour des raisons purement artistiques. Et que je ne pouvais « pour aucune considération » revenir sur ma position. J’ai dû être moins crue…

Le soir venu, monsieur, visiblement enrhumé, se contenta de me présenter et quitta les lieux.

J’ai beau ne plus en avoir entendu parler, ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi ce directeur avait été aussi cavalier avec moi et pourquoi toute diffusion ultérieure dans les autres maisons m’était « désormais » refusée : monsieur, sans avoir vu mon spectacle, a déposé ni plus ni moins qu’un grief à mon encontre afin de m’empêcher ainsi tout accès aux Maisons de la culture de la Ville de Montréal!
En d’autres termes, ça ne se fait pas, faire ça à « monsieur »!

Comment peut-on considérer, appeler cela autrement que de l’obstruction, du sabotage, voire de l’intimidation?

Comment mieux tuer dans l’oeuf un élan créateur original parce qu’un ego surdimentionné se croit humilié (personne n’avait à savoir les dessous de son absence du projet) par une artiste qui ne fait que suer dans son travail sincère et honnête, et se respecter?

Pour aucune considération je n’avais à lui donner quelqu’importance que ce soit, laquelle, fût-elle acceptée, aurait dénaturé une telle création. C’était MON soir, MON spectacle. Monsieur avait eu bien d’autres occasions, depuis La Boîte à Surprise, de se faire une carrière et une… réputation.

Le laisser faire, je perdais ainsi tout contrôle de mon sujet. Pour nourrir ses commentaires, j’aurais dû, toujours sans revenus, passer du temps avec lui à lui fournir toute ma documentation, avec le spotlight qui vient avec, moi, ne devenant plus qu’une figurante, et ainsi faire croire que tout ce travail lui revient… Parce que les crédits, il aurait fallu aussi les négocier…
Étant donné que j’avais déjà vécu une tentative d’appropriation de mon travail…

Je n’ai jamais su être obséquieuse. Même que l’opportunisme ne m’a jamais réussi… J’ai payé très cher avoir refusé d’être complaisante, de faire aucun compromis avec MON projet artistique, encore moins refusé de m’être pliée aux « caprices » de ce monsieur au point de compromettre l’avenir de mon projet — et le mien, par extension.

J’estime avoir été lésée, moi, dans le respect de mon intégrité personnelle et artistique. JE me suis respectée. J’en ai payé le prix.

Sans pourtant vouloir me comparer, tout comme Éva Gauthier, TOUTE ma vie d’artiste fut sous le signe du risque personnel et artistique (et financier!). Je ne sais pas faire autrement. J’avais des idéaux, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les atteindre.

Métier (et milieu) cruel, il va sans dire…

* En ce 30 août 2021, le « principal intéressé » vient d’écoper de six mois de prison pour ce que l’on sait…
Et deux jours plus tard, il a le culot de porter la décision en appel!

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
Pour lire la suite 1/2

Pour lire sur le spectacle
Pour consulter le programme du concert
Pour d’autres photos
Pour en savoir davantage sur le Rap du « Name-Dropping »
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Javanese Songs, et l’entendre

Éva Gauthier, 20 ans : la suite-1/2

Le billet du 30 octobre dernier évoquait une suite à cette histoire de projet « mort-né » que fut le spectacle sur cette brillante artiste, pourtant plus que digne de mention.

Je conviens, oui, qu’il est peu glorieux d’exposer ainsi ses incidents de parcours, mais j’estime qu’il est d’intérêt de s’y pencher.

Les Productions « La Fille de l’Île », fondées entre autres pour avoir accès à des subventions gouvernementales au projet et à la diffusion (tournées), se sont vu refuser leurs demandes pour des raisons plutôt arbitraires.
Il semble qu’à l’époque un seul organisme, en théâtre, pouvait fonctionner en mode « work in progress ». Or, il appert que je n’aurais pas su faire comprendre à ce jury la nécessité, avant d’aller plus loin et en toute conscience professionnelle, de perfectionner la mise en scène de mon spectacle. Mandat de « La Fille de l’Île » : oeuvrer en musique ET en théâtre. Était-ce trop tôt pour qu’un organisme originellement musical ose s’aventurer dans le domaine théâtral? Le mélange des arts dans ce sens-là (on ne parle pas ici d’opéra) ne semble pas bienvenu alors que l’inverse…
Au lieu de demeurer une simple exécutante, je souhaitais produire ce que je voulais voir. Manifestement autre chose que le récital routinier, sans présentation, l’attirail convenu*, avec un répertoire encore rarement renouvelé. Une mouvance acquise très tôt dans ma vie artistique — la raison pour laquelle c’est quand même à moi que l’on pensa pour une aventure aussi risquée qu’ambitieuse –, l’ennui me gagnant rapidement…

J’ai retrouvé récemment les notes du jury du CALQ/2001 que l’agent m’avait transmises :
Je me « serais contentée de (me) limiter au répertoire d’Éva Gauthier »!!!

Je m’excuse, c’est faire preuve de véritable ignorance crasse à l’endroit de la réalité du répertoire présenté dans les années’90-2000 où on annonçait, et pour cause, la mort du récital!
J’avais trouvé un moyen, une solution pour renouveler, rajeunir, rafraîchir le genre, et ce, avec un répertoire plus fouillé que ce que l’on offrait habituellement — toujours en excluant airs d’opéra, raison véritable de sa mort annoncée. J’ai investi une fortune pour me constituer une collection exceptionnelle et digne de ce nom, croyant qu’elle allait bien me servir dans le futur, tant de projets étant déjà sur la table. Parce que du répertoire, il y en a.

Comment ces gens-là pouvaient-ils juger que je me sois tant « contentée de me limiter » à son répertoire?!
Que savaient-ils eux-mêmes de J. A. Carpenter, B. Crist, C. Engel, P. Seelig, C. T. Griffes, N. Peterkin, C. Scott, A. Steiner?!
Tellement pas bornée, Éva Gauthier : proposer des oeuvres issues ou inspirées de contrées aussi lointaines que Java et la Malaisie. Et surtout, loin de se limiter elle-même à la musique classique, le jazz fut sans contredit ce qui fit d’elle The Talk of the Town, cela, dois-je le rappeler, en faisant découvrir au monde entier George Gershwin, qui l’accompagnait!

Ainsi, avec tout ce répertoire — certains, de vrais petits bijoux –, j’en profitais personnellement par la même occasion pour parfaire mes connaissances et accroître du même coup MA propre collection, déjà plutôt bien garnie. Un répertoire que j’ai étudié en détail, avec minutie, et défendu : j’ai chanté en langue malaise, je me suis même déplacée à Lebanon, N. H., à mes frais, cette fois-là — je vous renvoie au billet précédent, pour me familiariser avec la musique, le mouvement, comment porter le costume d’apparât auprès de LA personne ressource en Amérique, Jody Diamond de l’American Gamelan Institute.
Mais encore, je me donnais la peine de composer une chanson pour l’occasion.
On appelle cela « se limiter »?!

Bien avant de connaître Éva Gauthier, ma mission personnelle était de faire entendre, découvrir du répertoire au-delà des classiques que nous devons pourtant avoir assimilés au préalable, certains éculés, remâchés. Combien de fois ai-je été félicitée pour l’originalité de mes programmes et pour la recherche! Je pense particulièrement à Thérèse Drouin**, veuve de Raoul Jobin, à la suite de la présentation de La Belle… et les bêtes, un zoopéra, à Québec.

Oui, après vingt ans, permettez que je sois toujours aussi indignée, car c’est faire peu de cas de l’honnête effort de création artistique, ainsi platement compromis.

Vous rajeunissez l’image qu’on s’était toujours fait des chanteuses d’opéra » — Jeanne Quintal, comédienne et professeure au Conservatoire d’art dramatique de Québec, Québec en Chansons, 1981
Peut-être le plus beau compliment jamais reçu…

**Le monde est petit : non seulement elle était la cousine de mon père, mais leur fils André fut mon Don José dans Carmen à l’Opéra de Québec en 1986…

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
Pour lire la deuxième et dernière partie de l’article

Pour lire sur le spectacle
Pour consulter le programme du concert
Pour d’autres photos
Pour visionner le Rap du « Name-Dropping »
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Javanese Songs, et l’entendre 

30 octobre 2000, Christine Lemelin, Réjean Coallier-piano

Éva Gauthier, c’était il y a vingt ans!

Le 30 octobre 2000, avait lieu la seule et unique représentation de mon spectacle Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique… ou La « Javanaise », dans le cadre du Festival SuperMicMac consacré aux musiciennes pionnières canadiennes.

Mais qui est donc Éva Gauthier? Brièvement : en plus d’avoir été la protégée d’Emma Albani, célèbre soprano canadienne, Éva, née à Ottawa, fut celle qui fit découvrir George Gershwin au monde entier. Rien de moins! Avant-gardiste et précurseure du « World Music » avant la lettre, elle fut la figure de proue de la vie musicale américaine des années 1920-30, au point d’avoir été consacrée The High Priestess of Modern Song (les liens ci-haut vous en diront plus long).

À la fin des années 1980, j’avais commencé à tâter le terrain pour faire de mes récitals de mélodies un événement théâtral, ne faisant absolument jamais appel aux airs d’opéra. Audace qui pouvait être jugée d’hérésie, mais qui, rapidement, fut chaudement saluée par tous ceux et celles qui furent témoins de ce « work in progress » sur le thème des animaux. Il aboutit d’abord à un album cd d’oeuvres alors inédites, BESTIAIRE (Sne 565), puis de La Belle… et les bêtes, un zoopéra.

Feu Gaston Germain, qui connaissait mon penchant et qui avait été sur le jury lors de la défense de thèse de doctorat de Nadia Turbide* sur ce personnage hors du commun, considérait que j’étais LA personne qui pouvait lui rendre un tant soit peu justice et de façon originale. Avec la permission et la précieuse complicité de l’auteure, j’ai pu obtenir une bourse en Recherche et développement du ministère de la Culture du Québec. Ce qui m’amena à la New York Public Library où se trouve entre autres son fonds de partitions, ainsi qu’aux Archives nationales du Canada, à Ottawa, où l’on trouve les documents sonores et autres artéfacts. Et ultimement, faire un court stage en « javanisation » à l’American Gamelan Institute, NH.

La thèse m’annonçait déjà des découvertes extraordinaires. Mes visites à plus forte raison! À revoir mes archives pour écrire cet article, je revis toute l’excitation que j’avais éprouvée pour le sujet dans l’élaboration de ce programme.
Nous étions en 1993… J’avais envisagé un projet très ambitieux, genre pièce de théâtre imbriquant de nombreuses pièces musicales. J’aurais été le personnage principal, avec un acteur masculin pour représenter entre autres Gershwin et son fils.
Pour ce faire, j’avais réussi à obtenir un parrainage d’aide à l’écriture de l’UNEQ. J’ai dû rapidement remercier l’auteure désignée, aujourd’hui décédée : elle avait balayé du revers de la main tout le plan que j’avais longuement et sérieusement élaboré pour m’imposer ses vues paranormales et ésotériques…

Un travail de longue haleine étalé sur près de dix ans (une norme dans mon cas!), les années passent et les sous ne sont pas au rendez-vous pour y aller de mon propre chef ou même sous la bannière des Productions « La Fille de l’Île », obnl que j’avais dû fonder en 1994… Apprenant l’existence du festival organisé par SuperMusique, Danielle Palardy Roger fut très intéressée par ma proposition, laquelle fut peut-être un compromis à mes idées premières. Mais encore, cela me préserva de me donner tant d’importance, l’héroïne et la musique auront avantageusement pris la place qu’elles méritent. 

J’avais à peine huit mois pour me préparer pour le grand jour, sans subvention gouvernementale ni revenu personnel; une telle production demande de s’y consacrer à plein temps et pendant au moins une bonne année. Non seulement sans le sou, j’ai dû emprunter pour me procurer divers objets scéniques, la location d’un local de répétitions, la confection de mon costume, etc. J’ai dû également renoncer à l’embauche d’un metteur en scène, un simple récital n’était tout simplement pas envisageable. Vu mes expériences antérieures, on m’a encouragée à plonger dans l’aventure. J’ai même composé un rap pour la circonstance : Le Rap du  » Name-Dropping »!

Expérience des plus concluantes et très bien reçue par le public, mais qui, selon moi, demandait encore quelques ajustements pour une reprise éventuelle. Non pas dans le contenu ni le propos, mais dans certaines directions de mise en scène justement, le temps ayant douloureusement manqué.

Alors, pourquoi donc « seule et unique représentation »?
Un projet mort-né, saboté, pourra-t-on affirmer. Raisons arbitraires, fâcheuses et injustes — également celui de produire un disque avec un programme aussi original a avorté –, qui feront l’objet d’une suite à ce billet, un article trop long pouvant ennuyer le lecteur…
Je ne suis pas seule à avoir pâti de cette histoire : Réjean Coallier, mon pianiste, a tout autant contribué à la qualité indéniable pour l’aboutissement de ce projet, sans compter les heures innombrables qu’il y a mises. Je luis dois un fier grand merci!

Et personne va m’enlever la fierté d’un tel accomplissement.

Pour consultation du programme intégral, suivre ce lien.
Pour plus de photos, suivre ce lien.

Pour plus d’informations sur Le Rap du « Name-Dropping », suivre ce lien.
Pour lire la suite 1/2 de cet article, suivre ce lien.

Pour lire la deuxième et dernière partie de l’article, suivre ce lien.
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Japanese Songs, et l’entendre, suivre ce lien.

À suivre…

*Turbide, Nadia. Biographical Study of Eva Gauthier, Université de Montréal, 1986.

Mon serpent!

Deuxième grand ménage professionnel très émotif… Le premier avait eu lieu il y a une bonne quinzaine d’années et a été évoqué dans La Panne#12 de mon album WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons ».

Je numérise actuellement, avant déchiquetage, bon nombre de documents importants concernant dans ce cas-ci un événement bénéfice qui a eu lieu en septembre 1994, où je présentais La Belle… et les bêtes, un zoopéra, récital théâtralisé sur le thème des animaux. Un projet qui était très audacieux pour l’époque (encore aujourd’hui!) et hors des sentiers battus.

Les Productions « La Fille de l’Île » venaient d’être créées. Voilà que je tombe sur des factures…

Lors de mon séjour à Londres, en 1989, pour étudier avec Vera Rósza grâce à une bourse de perfectionnement, la plus utile que j’aurai jamais reçue, j’avais acheté un serpent gonflable de type bouée pour enfants (ce n’est pas fait pour ça!) au Covent Garden Market, dans le but qu’il serve dans mes projets.

Utilisé dans les représentations antérieures, il avait fini par pourrir de l’intérieur — il n’aurait pas fallu le gonfler avec le souffle humide de l’haleine mais plutôt avec de l’air sec. En préparation de cette soirée, mal en prit de le rembourrer. N’écoutant que mon intuition, je pris un risque énorme, Internet n’existant pas encore, d’écrire un peu au hasard aux gestionnaires du Covent Garden Market (!) leur expliquant mon cas et que je serais preneure de trois exemplaires, le cas échéant.

Entre-temps, je finis par oublier la commande et je m’exerce tant bien que mal à manipuler l’objet dans la scène d’Ève (Le Serpent), du Bestiaire ou Le Cortège d’Orphée d’Apollinaire, l’oeuvre de Louis Durey que j’avais auparavant enregistrée.

Quelle ne fut pas mon immense surprise, deux ou trois jours avant le spectacle, de recevoir un colis en provenance de Londres! C’était absolument improbable, selon les dires de tous…

La scène fut tout simplement géniale!
et vous voyez, il tient toujours bon : la photo date d’aujourd’hui.

Un jour, je finirai bien par mettre tout ça disponible sur Internet.

Il y a de ces miracles qui n’arrivent pas qu’au cinéma…

Public cible? Foutaise!

Oh que oui!
Combien de fois m’a-ton demandé à qui je m’adresse, combien de formations prises pour trouver mon fameux « public cible »!
Question à laquelle je n’ai jamais été capable de répondre parce que choisir une prétendue élite, c’est mépriser quiconque aurait été en mesure d’apprécier ce que je proposais. Mon but était de faire découvrir à tous ce que moi-même je découvrais. Non pas connaissais, mais bien découvrais, parce que je partais d’aussi loin qu’eux, sinon davantage. Et surtout le présenter d’une façon plus moderne.
L’enjeu est désormais de nature marketing et non artistique….

Pour corroborer ceci, je partage ici un extrait de Téléjeans où Yvon Deschamps était interviewé par deux adolescentes :

Est-ce que tu essaies de rejoindre un certain public dans tes spectacles? Est-ce que tu t’adresses à un public en particulier? Est-ce que tu prépares tes monologues en vue de…
— Non, jamais.
— …une certaine catégorie de gens?
— Non. On peut pas penser à ça parce que tout ce que tu peux faire, c’est parler. Tu peux pas décider de qui va t’écouter. Tu peux pas écrire pour quelqu’un, tu peux pas écrire pour un public ou pour des gens. T’écris pour toi. T’écris ce que t’as de plus vrai, de plus profond, de plus… […] J’ai envie de parler d’affaires qui m’achalent dans la vie, j’ai envie de parler de mes angoisses, surtout, j’ai envie de parler de mes problèmes, et puis en me disant que peut-être qu’il y a du monde qui se reconnaissent parce qu’ils ont les mêmes problèmes que moi.
Yvon Deschamps, Téléjeans, 10 février 1979

Yvon Deschamps, de l’humour? Non. Du grand art, véritable.

Un « zoopéra », pourquoi devait-il être un spectacle exclusivement pour enfants? Ma foi, c’est pas parce que je chantais, dans La Belle… et les bêtes, un « zoopéra »des Fables de Lafontaine, entre autres, cela ne devait être appréciable que par des enfants. Lafontaine  disait lui-même que son oeuvre était destinée aux adultes. Trafiquer ce spectacle, dont on a dit énormément de bien, juste pour faire de l’argent? Que non! En aurais-je vraiment fait? Pourtant, les enfants étaient les bienvenus. Beaucoup d’entre eux auraient compris, eux aussi, toute la magie et l’humour qu’on pouvait y trouver.

J’ai mis un an de préparation, sans aucun revenu, pour présenter, en octobre 2000Èva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique ou… la « Javanaise », un seul soir. Pour me faire dire par l’agente du ministère de la Culture de l’époque, à qui je demandais une subvention pour développer plus avant ce projet, que ça ne rejoindrait aucun public (je résume grossièrement)! Pourquoi alors ce même ministère m’aurait-il octroyé quelques années plus tôt une bourse de recherches, d’aide à la création, laquelle m’aura amenée à New York et Ottawa, y trouver des perles incroyables, s’il était pour n’y avoir aucun débouché?! Le public a véritablement apprécié ce projet, fort embryonnaire pourtant. Un avenir saboté par l’hôte, mais ça, c’est une autre histoire…

Et plus récemment, L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret, qui m’a été refusé par des diffuseurs (eux, ils connaissent leur public!) parce qu’on ne sait pas dans quelle case le programmer — c’est trop chanson, c’est trop classique, et quoi encore! J’ai publié sur cette plateforme à l’issue de la création les commentaires des plus élogieux concernant la valeur de cette oeuvre.
Celle-ci parle de condition d’artiste, de femme artiste, de femme tout court. Aurait-il fallu que je m’adresse exclusivement aux intéressées? N’est-ce pas un peu réducteur?
Et les hommes, pourquoi n’auraient-ils pas accès à ce qu’ont à dire les femmes de leurs conditions toujours aussi précaires? Pourquoi ne devraient-ils pas s’y intéresser, à plus forte raison par les temps qui courent…
Vous remarquerez que les commentaires les plus profonds proviennent de la gente masculine…

Certes, il y a « des » publics. Mais ignorer certains au profit d’autres n’est pas honnête. L’art, ce n’est pas ça. Le public choisit, certes. Mais si on persiste à le garder dans l’ignorance, pour des raisons bassement mercantiles?

Je peux bien être pauvre…