Archives pour la catégorie Actualités

Baba the Turk, a Bearded Lady

« Chère Christine,
Est-ce que la même personne que j’ai vu en rehearsal?
Quelle présence
Quelle force
You said you don’t find yourself very funny in that scene.
Apparently the audience does not agree
Pat »

Voilà le précieux compliment (retrouvé dans mes archives) que je recevais au lendemain de la présentation de The Rake’s Progress, d’Igor Stravinsky, lors du stage que j’effectuais au Banff Centre of Fine Arts, il y a de cela quelques décennies…

Sur deux distributions, il se trouve que j’avais été choisie parce que j’avais apparemment été la seule mezzo au Canada à avoir auditionné avec l’aria!!! Franchement, même avec le peu d’expérience que j’avais, il ne me serait jamais venu à l’idée de présenter autre chose. Un air très difficile, certes, mais ceux qui me connaissent savent que les difficultés musicales ne m’ont jamais fait peur. J’avais préparé cette audition avec la coach Marie-Thérèse Paquin, qui n’en laissait pas passer.

Expérience formidable, celle-ci dirigée par le réputé metteur en scène Brian MacDonald et du chef d’orchestre Raffi Armenian. J’avais pour camarades québécois Marie-Danielle Parent (Anne Trulove), Jean-Clément Bergeron (Nick Shadow) et Monique Martin, pianiste répétitrice.

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Concours OSM : Les temps ont bien changé!

De retour dans mes archives, voilà que je retrouve la lettre que j’ai reçue à l’issue de ma « Mention spéciale » au terme du Concours de l’OSM, section chant, pour l’année 1981 :

« Chère Demoiselle Lemlain,
Au nom du magasin de musique Ed. Archambault Inc., il nous fait grand plaisir de vous offrir ce bon d’achat de $50.00 ayant obtenu une mention spéciale lors du « Concours de l’O.S.M. 1981 » organisé par le Comité Féminin.
Toutes nos sincères félicitations!
Ed. Archambault Jr. »

Oui, les temps ont bien changé! Exactement 30 ans plus tard, le grand gagnant pour ce même concours, section chant, cumulait la jolie somme de 50 000 $!!!

Dans les années’80, le prix du papier venait de grimper en flèche. A fortiori les partitions. Avec ce montant-là, tout au plus symbolique, je pouvais à peine me payer une partition d’opéra…

Et qui plus est, la secrétaire n’a même pas été capable d’écrire mon nom correctement…

Oui, les temps ont bien changé, et c’est tant mieux pour la nouvelle génération.

ConcoursOSM'81

Le plus beau des compliments

« Artiste de tempérament à la voix céleste,
femme toute entière dans la tête
et dans le coeur…
Pour notre plus grand plaisir!
Merde et bravo!
Sincèrement Gilles-François »
19 janvier 1994
Le roi se meurt, Ionesco
Théâtre La Veillée (aujourd’hui « Prospero »)

Oui, probablement le plus beau des compliments jamais reçu dans ma vie fort mouvementée et tourmentée d’artiste lyrique, qui était une indécrotable idéaliste, pour ce qui est de ses ambitions, pas toujours réalisées…

J’y tenais le rôle de « Juliette », la servante, une première dans ma vie professionnelle. On m’avait donné la direction musicale du spectacle et je chantais abondamment. Du Mahler, Hugo Wolf, entre autres.

Il s’agit de Gilles-François Therrien, si aimable et talentueux créateur des costumes, lequel m’a fait l’immense plaisir de m’accompagner dans ce projet mort-né que fut « Éva Gauthier, Pionnière du chant moderne en Amérique ou… La « Javanaise » », le 30 octobre 2000.

Cette carte, je l’ai retrouvée tout récemment dans mes archives. Il y a de ces choses et souvenirs que nous avons intérêt à conserver…

Salut et Merci, Gilles-François! xxx

Gilles-FrançoisTherrien,19janvier1994,Le_roi_se_meurt Gilles-FrançoisTherrien,19janvier1994,Le_roi_se_meurt'

Berlin-Est, août 1974

Fin d’un long séjour en Allemagne pour y étudier la langue, à Kassel — d’une académie d’Ottawa, puis voyager sur le pouce avec ma nouvelle amie (qui l’est toujours), Margaret (que tous appellent Lola sauf moi!), à travers l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche.

Berlin-Est, la journée achève. Il fait gris. Nous avons visité la merveilleuse Pinacothèque mais le reste de la ville fait peur un peu… De plus, je me fais regarder de travers à cause de mes blue jeans. Quiconque me connaît ne m’aura probablement à ce jour jamais vue en porter…

Il fait triste aussi. Nous sommes près de la gare pour le retour à l’auberge de jeunesse dans Charlottenburg. Voilà qu’une vieille dame nous accoste pour nous dire qu’elle doit dépenser ses Marks avant de retourner à l’Ouest — une somme minimale/maximale devait y être dépensée par jour. Elle visitait sa soeur, elle, restée à l’Est… Je n’ai plus souvenir de ce qu’elle nous racontait, mais il y avait beaucoup de tristesse due à cette séparation. Mon souvenir bien lointain me croit rappeler qu’elle nous a offert une boîte de chocolats, que nous aurions mangés ensemble, du moins en partie.

Une vieille dame charmante, qui s’exprimait assez bien pour que nous la comprenions (cela faisait tout de même près de trois mois que nous étions dans les parages!). Je ne me rappelais pas avoir échangé nos adresses…
Je fais beaucoup de ménage dans mes archives en ce moment. Ayant conservé absolument tout mon courrier, voilà que je tombe sur deux cartes, dont une pour Noël, que Frau Gertrude Hennig m’a envoyée (1976!).

Quelle émotion! Cette vieille petite dame qui m’écrivait au retour d’une visite chez sa soeur pour Noël, laquelle venait d’avoir 88 ans! Je déchiffre tant bien que mal cette belle écriture propre aux Allemands. J’en ressens encore toute la tristesse qui s’en dégage, et du plaisir que cette dame prend à m’écrire, me priant de lui donner de mes nouvelles. Honnêtement, je ne peux pas croire que je ne lui aurais pas répondu… Je suis du genre fidèle. Mais avec le temps et l’éloignement…
R.I.P., beau et charmant souvenir!

Gertrude Hennig-Berlin,1974

Histoire de chevelure…

J’avais vingt ans… ou presque. J’avais une très belle crinière, mais à cette époque, il fallait absolument que les cheveux soient lisses, droits comme une épingle… Comme je n’arrivais pas à les dompter, encore moins les coiffer — sinon j’avais l’air deux fois mon âge pour satisfaire la galerie, je n’en pouvais plus des rouleaux jumbo, des produits chimiques et surtout de passer mes samedis devant le miroir à blasphémer! Comme j’étais complexée!!!

Ainsi, en secret, en visite chez mes parents à Beauport, et, par la même occasion, y inviter mes nouvelles amies de Montréal, j’ai profité du Carnaval de Québec de 1975 pour faire le grand saut : la coupe afro! (plus affreuse qu’autre chose au premier abord…) Quelle surprise!!
À partir de ce moment historique (absolument!), ce fut désormais le laver-porter. Basta! Ter-mi-né! Pour toujours!

Quelle fut la réaction de ma nouvelle professeure de chant? « C’est pas une tête de chanteuse classique, ça! » À quoi je lui répondis : « C’est bien en quoi! »
Je n’en avais rien à cirer d’avoir la « tête de l’emploi », moi. Je voulais être bien avec moi-même, et avec ces cheveux-LÀ. Je ne voulais plus avoir à tester les angles pour cacher mon (je croyais) vilain nez! Il se camouflait tout seul maintenant. Et, Dieu soit loué, j’ai résisté à la chirurgie, n’en ayant pas les moyens. Je me suis épargnée le résultat, parfois discutable…

Ce n’est donc pas pour rien que, quelques années plus tard — et pas que pour ma tête, on me faisait peut-être le plus beau compliment de ma « carrière » : « Vous rajeunissez l’image qu’on s’était toujours faite des chanteuses d’opéra. » — Jeanne Quintal (comédienne, professeure au Conservatoire d’art dramatique de Québec), Québec en chansons 1981.

Pour la petite histoire, Guy-Jean Beaulieu était mon grand ami, et ce, depuis l’École de musique de l’Université Laval. Il avait de nombreux talents (hélas, je n’ai plus de contact avec lui depuis de nombreuses années et j’ignore ce qu’il est devenu). En plus de faire de la photo et me prendre pour modèle, il me confectionnait des vêtements tout à fait originaux. Disons que j’avais du style, beaucoup grâce à lui…

Cela aura pris de nombreuses années pour me faire une tête au point qu’elle devienne, sans calcul aucun, je le jure!, une « marque de commerce ».
Et plus mes cheveux était libres, plus j’avais l’air jeune…

Je n’avais pas l’intention de faire l’étalage exhaustif de l’évolution de ma chevelure. Même si cette histoire est loin d’être terminée, je conclurai ici. Parce que, malgré qu’elle soit désormais blanche et toujours bouclée, ce à quoi je tiens mordicus — témoins les photos concernant mon album de chansons et le spectacle qui s’ensuivit, je demeure aux prises avec « C’est pas une tête de… », et ce, dans d’autres sphères professionnelles (avec le prix à payer!)…

Comme quoi le conformisme, en ce qui a trait à l’image des femmes, à plus forte raison du moment qu’elles prennent de l’âge, demeure préoccupant — rares sont les exceptions. D’autant plus quand je vois de jolies jeunes femmes se pliant, cédant au dictat voulant qu’un cheveu, même 40 ans plus tard (!), devrait encore et toujours être lisse, dompté, jusqu’à arborer la perruque dans certains cas…
Misère!
Vive les (vielles) insoumises!

PS : Depuis cette publication, je tombe sur d’autres copies de la première série où il est écrit à l’endos : « Fin’70/Début’80… Point de repère : la bague achetée avec G.S. en Arizona, à l’été 1978 »!
Avec le temps, j’avais fini par oublier quelque peu cette vieille histoire d’amour…
Ce qui est conté plus haut est toujours aussi vrai, faut croire que mes cheveux auraient poussé très vite en trois ans…
Non seulement cette histoire est vraie, mais aujourd’hui (18 mai), en poursuivant la numérisation de mes photos professionnelles, je tombe sur un post-it où je paraphrase la chanson d’Aznavour (qui ouvre cet article) avec ceci (non daté mais ça fait un bail!) :
Hier encore, j’avais vingt ans / Et je passais mon temps / À m’défriser les ch’veux / 
Et tant, tant blasphémé / Jusqu’à me damner / Pour l’éternité / Pas b’soin d’vous les citer
– sur l’air de « Ma jeunesse »
Comme quoi…

Photo Michel Parent

Prière à ma mère*

La personne la PLUS importante dans la vie d’un être humain est sans contredit sa propre mère.
Je vous fais grâce de la genèse du texte qui suit. Cette mélopée se retrouve au coeur même de la création de mon « Opéra-Chansons ».
Comme elle ne figure pas sur l’album qui fait office de trame principale, seulement qui aura assisté à cet opéra de chambre moderne saura témoigner de la charge émotive qui en découle.

Un jour, peut-être, la musique et l’image suivront…

PRIÈRE À MA MÈRE

Chanter, c’est prier deux fois.
T’as donc rien compris, maman ? (Refrain)

Aimer, est un don…
Gratuit !
Il est faux de prétendre
Qu’on ne peut donner
Ce qu’on n’a pas reçu.
Il se peut de le cultiver.

Personne n’a demandé à vivre.
À moins de vouloir en finir,
Faut faire avec.
C’est MAINTENANT
Que je veux être heureuse.
Je me fous
De gagner mon ciel !

Refrain

L’Apocalypse,
C’est pas pour demain.
L’amour,
Ça se mérite…
Par l’amour.
Non le sacrifice.

Un parent, un enfant,
Doit être chéri,

Non pas trahi.
Pourquoi t’être réservée
Pour des étrangers ?

Refrain

Chanter
Est le propre de l’homme,
Toute culture confondue ;
Pour célébrer la terre,
Les étoiles, la mer,
L’AMOUR.

Chanter, c’est prier deux fois.
Je suis SAUVÉE, MAMAN !

© CHRISTINE LEMELIN_02-07-1994/12-10-1995/Révisé : 22-09-2010/16-01-13/03-12-13

Bernadette Morency, décédée à Québec, le 17 janvier 2015
Va ! Dors en paix…
Dors enfin, maman !

Mon souvenir de Clément Richard

Je viens d’apprendre le décès de Clément Richard, survenu hier, le 3 mars 2022. Ça m’émeut parce que j’ai fait sa connaissance au début des années’80, comme il était député du comté de Montmorency, mon comté d’origine : née à l’Île d’Orléans et avoir vécu mon adolescence à Beauport, où il résidait.
C’est par l’intermédiaire de mon amie, Claire Binet, qui travaillait dans son bureau de comté et qui m’a invitée (plutôt m’y a traînée!) à une soirée plus ou moins partisane à laquelle il devait assister. Je n’aurais jamais eu l’audace de faire une quelconque démarche à son endroit, très frileuse pour ce genre de choses.
Même si j’habitais désormais à Montréal, il a souhaité suivre mon évolution artistique. À plus forte raison quand il devint ministre des Affaires culturelles.

Une occasion en or s’est présentée en 1984 pour que son intérêt se concrétise : le rôle de Carmen dans La tragédie de Carmen de Peter Brook à New York, au Vivian Beaumont Theater (Lincoln Center). Un événement plus que bouleversant dans ma jeune carrière…
Il fit en sorte que l’on parle de moi : invitée à l’émission Contrechamp, à la télé de Radio-Canada, animée par Anne-Marie Dussault. Cette émission était alors diffusée uniquement dans la région de Québec.
En avril, il profita de son voyage à NY, où l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) se produisait au Carheghie Hall, pour assister à une représentation de « mon spectacle » en compagnie de Bernard Lamarre, alors président du Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBA) et de Lavalin. À la suite de cela, il m’invitait à la réception donnée pour l’OSM au Waldorf Astoria!
« Tu es lancée, maintenant! », me dit-il. C’était encore bien mal connaître comment ça se passe dans ce métier-là… Moi, je savais à quel point j’avais encore des croûtes à manger!

Quelques mois plus tard, je fus invitée à l’avant-première de l’exposition de la collection de Jacqueline Picasso au MBA. S’ensuivit une réception au restaurant Le Prévost, très populaire à cette époque. S’y trouvait le gratin artistique du genre André Gagnon, Jean-Pierre Ferland, Claude Dubois. Assise à la table d’honneur, mon voisin de droite était nul autre que Martin Gray (Au nom de tous les miens).
Parce qu’on voulait me faire profiter de l’occasion, Louise, l’épouse de Clément, m’a demandé de chanter. J’ai refusé, terrorisée à l’idée de performer Carmen (l’Habanera, il va sans dire!), car telle était la commande, devant un public qui, selon moi, n’en aurait eu cure, une pure inconnue et du classique en plus! — c’était pas très chaud à l’époque. D’autant plus que, du moment où je bois du vin et que je me retrouve dans un endroit bruyant, alors très enfumé, j’en perdais automatiquement la voix. J’aurais certainement perdu la face de n’avoir pu chanter comme il se doit. Avoir été opportuniste, j’aurais fait semblant, comme si de rien n’était, faisant de l’esbroufe avec la chanson et mon physique de l’époque. Personne n’a insisté… Tant pis?

Il m’a même déjà « reprochée » ne jamais aller le voir à son bureau, comme d’autres chanteurs le faisaient couramment! Je ne connaissais rien du lobbying et, comme je l’ai mentionné plus haut, je ne suis pas très chaude pour ces affaires-là ni très habile, je dois admettre. À part faire le maximum pour obtenir des contrats, mes projets solos étaient encore trop flous ou trop éloignés pour m’aventurer dans ce genre de contacts en dehors des demandes de bourses habituelles.

Ma dernière rencontre avec Clément Richard — je n’étais pas assez intime pour l’appeler par son prénom, bien qu’il insista, fut quelques jours avant mon départ pour Tokyo (1987) où je me rendais pour reprendre mon rôle, toujours dans La tragédie de Carmen. Il m’invita, seule, toujours au Le Prévost. S’y trouvaient quelques personnalités du monde du théâtre qui savaient qui j’étais. Une rumeur vint jusqu’à moi quelques jours plus tard… J’aurais été parfaitement incapable d’assumer, d’autant plus que « je ne suis pas voleuse d’hommes » (Vengeance ou Revanche? #3).
Ce fantasme à l’idée de la Carmen volage et mangeuse d’hommes qui m’a été accolé bien malgré moi — j’avais le physique de l’emploi, certes, mais pas la nature -, il a bien fallu que j’en sorte. C’est mon Code secret, mon « Opéra-Chansons » qui en a été le résultat, il y a une dizaine d’années.
Il n’a jamais su. J’y ai pensé… Aurais-je dû?
Tant pis.

Salut!
R.I.P.

Souvenirs de Jean-Paul Jeannotte

 

Nous apprenions le décès du ténor Jean-Paul Jeannotte, survenu le 9 septembre dernier. 

Il a été, certes, professeur titulaire à l’École de musique de l’Université Laval. Je fus la toute première élève à être choisie dans sa classe au niveau collégial. Ce qui m’a valu les commentaires suivants : « Tu dois être bien bonne parce qu’il ne prend que la crème, et seulement au baccalauréat! » De là à m’enfler la tête, loin de là : humblement, j’ai eu plein de croûtes à manger à partir de ce jour…

Ce qu’il faut savoir : cette année-là, il y avait eu de nombreuses inscriptions en chant, l’administration l’aura probablement obligé à prendre des élèves de niveau collégial. Comme j’avais été la seule à auditionner avec des airs classiques, notamment Vergin tutto amor, de F. Durante, ayant précédemment étudié en privé, cela faisait sans doute de moi une élève « idéale ». Oh, ma mère en était fière parce qu’elle savait qui il était (il avait gagné des prix).

Trois ans plus tard, je quittais sa classe pour suivre un professeur à Montréal, celle-là même qu’il avait invitée pour le seconder au niveau de la formation « strictement » de la voix, lui, plutôt spécialisé en interprétation. Doté d’une très grande culture, il avait une diction impeccable, et je lui dois certainement la rigueur qui fut mienne à ce niveau et qui me valut de nombreux compliments.

Non rancunier, plus tard devenu directeur artistique de l’Opéra de Montréal qu’il avait cofondé, il m’a donné la chance d’y faire mes débuts dans l’opéra « Manon » de Massenet (Rosette), puis, le Page dans « Salomé » de Richard Strauß.

Cependant, vous saurez me pardonner, je ne peux pas me priver de souligner cette amusante anecdote : il fut l’objet d’un numéro des Cyniques (Jean-Paul Lanote) lors du Bye Bye 1971!

J’ignore ce qui put lui valoir cette moquerie, Marcel Saint-Germain est tout simplement hilarant, remarquable de drôlerie (et de justesse, parce que monsieur était, disons, quelque peu précieux, n’en déplaise…). À moins que ce ne soit parce qu’il était alors président de l’Union des artistes. Jusqu’à quel point le grand public du Bye Bye le connaissait? Pas moi – j’étais bien jeune et peu connaisseure de ce milieu sélect, sinon qu’il était mon professeur depuis assez peu.

Alors, imaginez comment j’ai pu me sentir au retour des Fêtes lors de mon premier cours! J’avais du mal à me retenir de rire parce que la parodie avait été franchement impeccable.

J’ai pu retracer l’émission. À vous de juger :
0:45:24 à 0:48:09.

Or, qui ne vaut pas une risée…
RIP, Monsieur Jeannotte!

Bref souvenir de Michèle Lalonde

J’ai eu la chance et le plaisir de partager un café en compagnie de la magnifique Michèle Lalonde, dont nous avons appris le décès le 23 juillet. Amie du compositeur André Prévost, celui-ci m’a fait la grâce de la rencontrer autour d’une nième reprise de son cycle « Geôles », sur des poèmes de Mme Lalonde.
Non seulement belle et charmante, Mme Lalonde fut d’une humble gentillesse, ne s’appuyant nullement sur le texte qui l’a rendue célèbre. Elle parlait de son oeuvre sans fausse modestie. J’étais d’ailleurs très impressionnée et privilégiée d’avoir eu accès à cette grande artiste. Cela aurait fait 30 ans presque jour pour jour l’an prochain…

Cette reprise était dans le cadre d’un festival de poésie sous la gouverne de la poétesse Anne-Marie Alonzo, le Festival de Trois, à Laval, à qui j’avais proposé le concept d’un récital de musique classique sur des textes de poétesses, Poétesses en musique1. Comme j’interprétais ce cycle depuis plus de dix ans, il allait de soi qu’il fut au programme. Ayant prévenu André Prévost, c’est ainsi qu’il a eu l’idée de me la faire rencontrer.

J’avais connu M. Prévost quand j’étais étudiante en maîtrise à l’Université de Montréal et c’est en 1980 que j’ai commencé à étudier cette oeuvre, que j’ai enregistrée pour l’émission « Jeunes artistes », en 1981, à Radio-Canada/Québec, en compagnie de la pianiste Rachel Martel, qui fut de la création à Paris, avec une mezzo québécoise dont le nom m’échappe mais que je corrigerai éventuellement – il y a de ces négligences, parfois…
Pour la petite histoire : À Paris, autour de mai’68, il y avait eu les émeutes que l’on sait. Rachel et André étaient là-bas à la même époque. Et Rachel de déclarer avec courage et enthousiasme (peut-être la personne la plus enthousiaste jamais rencontrée dans ma vie) : « Bombes, pas bombes, nous allons jouer quand même! »

La rencontre avec Michèle Lalonde fut hélas ponctuelle et brève, mais les poèmes m’ont suivie pendant des décennies. Un cycle bien ancré dans mon être au point de le savoir encore par coeur, même après des années sans l’avoir chanté. Je crois bien, hormis la créatrice de l’oeuvre, être la seule chanteuse à l’avoir (eu) à son répertoire — même qu’Otto Joachim, compositeur, alors juge au Prix d’Europe 1980, m’a fait le compliment de croire que j’avais l’audition absolue, étant donné que je chantais si juste.

Désolée d’avoir autant parlé de moi et d’avoir l’air si opportuniste, mais on a les souvenirs que l’on peut…

1- Au programme :
Louise Labbé/Henri Sauguet-Lennox Berkeley
Emily Brontë/John Duke
Emily Dickinson/Aaron Coplang-Thomas Pasatieri
Gertrude Stein/Ned Rorem
Amy Lowell/Alexander Steinert
Virginia Woolf/Dominic Argento
Louise de Vilmorin/Francis Poulinc-Georges Auric-Darius Milhaud
Michèle Lalonde/André Prévost
Claire Dé/Marie Lacoursière (création)
Christine Lemelin, mezzo-soprano, recherche, conception et scénarisation
Léo Munger, comédienne et lectrice
Louise-Andrée Baril, pianiste

Éva Gauthier, 20 ans : la suite-2/2

Voici la partie la plus délicate de cette saga : celle de ne pouvoir éviter d’identifier un individu en raison des circonstances qui le mettent visiblement en lumière.

Revenons brièvement sur le CALQ, évoqué dans le billet précédent. Le formulaire de leur demande de subvention était formel : des dates de tournée devaient être garanties… Mais comment pouvais-je donc garantir la moindre date quand même le directeur de la Maison de la culture Frontenac de l’époque, où avait lieu l’événement, me refusait des billets de faveur prétextant que « ce n’est pas un showcase! »?! Or, TOUT événement artistique est en soi un showcase!
Son autre prétexte : ne pas frustrer la clientèle des Lundi d’Edgar, toujours à guichet fermé… le spectacle ayant dû être présenté dans ce cadre, faute de salle disponible à ce temps de la saison, mais hors formule quant à moi; ce qui déplut considérablement au « principal intéressé »*…

L’ovation ne veut plus rien dire au Québec. Par contre, je peux affirmer que le public a été ravi de ce qu’il a vu et entendu. Les quelques billets que j’aurais pu obtenir afin d’inviter des diffuseurs auraient alors permis aux personnes lésées ce soir-là d’en profiter plus tard, dans cette même salle ou ailleurs. Mais non. Refus total!
— N’oublions pas qu’il s’agissait d’une création, donc d’un événement artistique.
Je n’étais pas habituée à ces manières cavalières, le précédent responsable de ce lieu hautement prisé par les artistes et le public avait été jusque-là un fidèle allié de mes productions antérieures. En eût-il encore été le directeur qu’il aurait pu aisément faire entendre raison à ce monsieur — celui-là fort insulté d’être écarté de ma proposition –, étant donné qu’il connaissait bien le procédé et la qualité artistiques que je défendais depuis une quinzaine d’années.

Le programme du Festival SuperMicMac annonçait, comme le « veut » Les lundi d’Edgar, un récital commenté, ce qui n’était pas ma proposition. Or, mon spectacle n’était PAS l’invité des Lundi d’Edgar mais une production DU Festival. Depuis le début de ce projet, j’avais été tout à fait transparente avec l’organisation dans la teneur de ce que j’avais l’intention de présenter, lui espérant du même coup un avenir heureux et lucratif. J’avais la pleine confiance de sa directrice.

Cependant, j’ai été invitée à expliquer à monsieur l’objet et l’objectif de mon spectacle, lequel n’était pas un simple récital comme on le voyait encore, mais celui-là arborant un scénario avec mise en scène, également tout en décors. En aucun moment ni endroit dans ce spectacle je ne pouvais l’intégrer, étant donné la captation de l’événement, ne pouvant ainsi offrir ce qu’on y verrait à un diffuseur éventuel puisque ce n’est pas ÇA que j’avais à « vendre ».
Non seulement cela, j’ai eu beau expliquer à monsieur que je travaillais sur ce projet depuis plusieurs années, que je m’y vouais à temps plein depuis de nombreux mois sans le moindre revenu, que je ne pouvais me permettre, une fois le 30 octobre passé, le reprendre de zéro comme je l’entendais et devoir le capter de nouveau pour une diffusion éventuelle. Je me suis même excusée de l’exclure, non pas par manque de bonne volonté mais exclusivement pour des raisons purement artistiques. Et que je ne pouvais « pour aucune considération » revenir sur ma position. J’ai dû être moins crue…

Le soir venu, monsieur, visiblement enrhumé, se contenta de me présenter et quitta les lieux.

J’ai beau ne plus en avoir entendu parler, ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi ce directeur avait été aussi cavalier avec moi et pourquoi toute diffusion ultérieure dans les autres maisons m’était « désormais » refusée : monsieur, sans avoir vu mon spectacle, a déposé ni plus ni moins qu’un grief à mon encontre afin de m’empêcher ainsi tout accès aux Maisons de la culture de la Ville de Montréal!
En d’autres termes, ça ne se fait pas, faire ça à « monsieur »!

Comment peut-on considérer, appeler cela autrement que de l’obstruction, du sabotage, voire de l’intimidation?

Comment mieux tuer dans l’oeuf un élan créateur original parce qu’un ego surdimentionné se croit humilié (personne n’avait à savoir les dessous de son absence du projet) par une artiste qui ne fait que suer dans son travail sincère et honnête, et se respecter?

Pour aucune considération je n’avais à lui donner quelqu’importance que ce soit, laquelle, fût-elle acceptée, aurait dénaturé une telle création. C’était MON soir, MON spectacle. Monsieur avait eu bien d’autres occasions, depuis La Boîte à Surprise, de se faire une carrière et une… réputation.

Le laisser faire, je perdais ainsi tout contrôle de mon sujet. Pour nourrir ses commentaires, j’aurais dû, toujours sans revenus, passer du temps avec lui à lui fournir toute ma documentation, avec le spotlight qui vient avec, moi, ne devenant plus qu’une figurante, et ainsi faire croire que tout ce travail lui revient… Parce que les crédits, il aurait fallu aussi les négocier…
Étant donné que j’avais déjà vécu une tentative d’appropriation de mon travail…

Je n’ai jamais su être obséquieuse. Même que l’opportunisme ne m’a jamais réussi… J’ai payé très cher avoir refusé d’être complaisante, de faire aucun compromis avec MON projet artistique, encore moins refusé de m’être pliée aux « caprices » de ce monsieur au point de compromettre l’avenir de mon projet — et le mien, par extension.

J’estime avoir été lésée, moi, dans le respect de mon intégrité personnelle et artistique. JE me suis respectée. J’en ai payé le prix.

Sans pourtant vouloir me comparer, tout comme Éva Gauthier, TOUTE ma vie d’artiste fut sous le signe du risque personnel et artistique (et financier!). Je ne sais pas faire autrement. J’avais des idéaux, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les atteindre.

Métier (et milieu) cruel, il va sans dire…

* En ce 30 août 2021, le « principal intéressé » vient d’écoper de six mois de prison pour ce que l’on sait…
Et deux jours plus tard, il a le culot de porter la décision en appel!
Octobre 2022, il n’aurait passé que quelques semaines en tôle, toujours sans remords et niant les faits…

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
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