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40 ans : Carmen à Québec!

Ah, j’ai failli oublier! Quoiqu’on s’en fout?!

Mais quelle aventure, tout de même. Elle me confirma que j’étais une excellente actrice-chanteuse ou l’inverse, c’est selon. Voici ce qu’en disait alors Marc Samson, dans Le Soleil du 24 mai 1986 :
« La CARMEN SENSUELLE de CHRISTINE LEMELIN. En p l u s de bien b o u g e r … physique de l’emploi… présence… la sensualité même de Carmen… »

Dans ce genre de contexte où l’on nous place en compétition directe avec une autre collègue, il faut pouvoir être créative. Lors de la première, au premier acte, j’ai pu surprendre agréablement mon Don José, en l’occurence André Jobin*, ainsi que le metteur en scène Roland Laroche : nu pieds, mains ligotées derrière le dos, tout en chantant je m’approche de ce beau et charmant soldat qui avait la cuisse, disons, « invitante » et la lui caresse avec mon pied… André me sourit sans que ça ne paraisse trop, et Roland qui, à l’entracte, se précipite en courant dans ma loge pour me dire à quel point c’est une trouvaille extraordinaire!

*André, fils du célèbre ténor Raoul Jobin, était incidemment mon petit-cousin (hélas, décédé en 2023), dont la mère, Thérèse Drouin, était cousine de mon père.

Je revenais alors imprégnée de mon expérience brookienne à New York. Dans ses écrits, Peter Brook annonçait la mort de l’opéra. Il dédaignait (j’assume le mot) grands gestes et voix qui porte… D’où son approche réservée aux petites salles, plus intimes. Ce qui n’est pas un défaut en soi.
Or, nous préformions dans la salle Louis Fréchette du Grand Théâtre… C’est là qu’André m’explique que, aussi subtil je souhaitais faire, personne n’en verrait rien. On aura eu beau dire… J’avais su qu’il avait travaillé (étudié?) auprès de Jean-Louis Barrault. Quand même! Cela aura été des plus constructifs dans mes projets futurs.

Pourtant, ce fut une expérience troublante, que je n’élaborerai pas ici. J’étais encore jeune et, selon moi, inexpérimentée, non pas de la scène mais du milieu, du comment faire, agir, me développer artistiquement, comment gérer le stress, etc. On n’apprenait pas ça dans les institutions à cette époque.
Dans le cas qui me concerne, la professeure nous/me mettait en compétition malsaine avec ses élèves ainsi que parmi les autres écoles professionnelles…

J’aurais aimé pouvoir intégrer l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, mais, selon eux, j’avais maintenant trop d’expérience : il était réservé aux seuls candidats fraîchement sortis des conservatoires et autres institutions du genre. Alors, j’ai été laissée seule avec moi-même, me débrouillant à tâtons avec le peu d’acquis que je possédais.
D’autant plus qu’autour de moi, certains étaient partis pour la gloire à ma place! Par trop encore influençable, des décisions malencontreuses furent prises qui ne m’ont pas été très favorables. Il ne faut écouter personne! Pas tant faire à sa tête, mais écouter et respecter son instinct et non abdiquer pour faire plaisir, éviter les confrontations. Sinon, le brouillard s’installe…

Comme les oeuvres de concert et de récital, sauf exceptions, m’intéressaient musicalement davantage que l’opéra, j’ai pris le parti de mettre à profit mon talent scénique pour développer des projets originaux tels que La Belle… et les bêtes, un « zoopéra »; Éva Gauthier, Pionnière du chant moderne en Amérique… ou La « Javanaise »; et enfin L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret, d’après l’album de mes chansons WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons », trame principale du projet qui allait suivre.

Oui, 40 ans ont passé et il aura fallu, à défaut de fonds disponibles et d’un entourage adéquat pour mener à bien la poursuite de mes aspirations, que la pandémie m’impose de tirer ma révérence…

À quoi bon nostalgie et regrets? J’ai au moins quelques clichés à conserver en mémoire. Ceux-là depuis la générale par Eugen Kedl, présentés ici en diaporama.

Salut et merci!

Baba the Turk, a Bearded Lady

« Chère Christine,
Est-ce que la même personne que j’ai vu en rehearsal?
Quelle présence
Quelle force
You said you don’t find yourself very funny in that scene.
Apparently the audience does not agree
Pat »

Voilà le précieux compliment (retrouvé dans mes archives) que je recevais au lendemain de la présentation de The Rake’s Progress, d’Igor Stravinsky, lors du stage que j’effectuais au Banff Centre of Fine Arts, il y a de cela quelques décennies…

Sur deux distributions, il se trouve que j’avais été choisie parce que j’avais apparemment été la seule mezzo au Canada à avoir auditionné avec l’aria!!! Franchement, même avec le peu d’expérience que j’avais, il ne me serait jamais venu à l’idée de présenter autre chose. Un air très difficile, certes, mais ceux qui me connaissent savent que les difficultés musicales ne m’ont jamais fait peur. J’avais préparé cette audition avec la coach Marie-Thérèse Paquin, qui n’en laissait pas passer.

Expérience formidable, celle-ci dirigée par le réputé metteur en scène Brian MacDonald et du chef d’orchestre Raffi Armenian. J’avais pour camarades québécois Marie-Danielle Parent (Anne Trulove), Jean-Clément Bergeron (Nick Shadow) et Monique Martin, pianiste répétitrice.

Souvenirs de Jean-Paul Jeannotte

 

Nous apprenions le décès du ténor Jean-Paul Jeannotte, survenu le 9 septembre dernier. 

Il a été, certes, professeur titulaire à l’École de musique de l’Université Laval. Je fus la toute première élève à être choisie dans sa classe au niveau collégial. Ce qui m’a valu les commentaires suivants : « Tu dois être bien bonne parce qu’il ne prend que la crème, et seulement au baccalauréat! » De là à m’enfler la tête, loin de là : humblement, j’ai eu plein de croûtes à manger à partir de ce jour…

Ce qu’il faut savoir : cette année-là, il y avait eu de nombreuses inscriptions en chant, l’administration l’aura probablement obligé à prendre des élèves de niveau collégial. Comme j’avais été la seule à auditionner avec des airs classiques, notamment Vergin tutto amor, de F. Durante, ayant précédemment étudié en privé, cela faisait sans doute de moi une élève « idéale ». Oh, ma mère en était fière parce qu’elle savait qui il était (il avait gagné des prix).

Trois ans plus tard, je quittais sa classe pour suivre un professeur à Montréal, celle-là même qu’il avait invitée pour le seconder au niveau de la formation « strictement » de la voix, lui, plutôt spécialisé en interprétation. Doté d’une très grande culture, il avait une diction impeccable, et je lui dois certainement la rigueur qui fut mienne à ce niveau et qui me valut de nombreux compliments.

Non rancunier, plus tard devenu directeur artistique de l’Opéra de Montréal qu’il avait cofondé, il m’a donné la chance d’y faire mes débuts dans l’opéra « Manon » de Massenet (Rosette), puis, le Page dans « Salomé » de Richard Strauß.

Cependant, vous saurez me pardonner, je ne peux pas me priver de souligner cette amusante anecdote : il fut l’objet d’un numéro des Cyniques (Jean-Paul Lanote) lors du Bye Bye 1971!

J’ignore ce qui put lui valoir cette moquerie, Marcel Saint-Germain est tout simplement hilarant, remarquable de drôlerie (et de justesse, parce que monsieur était, disons, quelque peu précieux, n’en déplaise…). À moins que ce ne soit parce qu’il était alors président de l’Union des artistes. Jusqu’à quel point le grand public du Bye Bye le connaissait? Pas moi – j’étais bien jeune et peu connaisseure de ce milieu sélect, sinon qu’il était mon professeur depuis assez peu.

Alors, imaginez comment j’ai pu me sentir au retour des Fêtes lors de mon premier cours! J’avais du mal à me retenir de rire parce que la parodie avait été franchement impeccable.

J’ai pu retracer l’émission. À vous de juger :
0:45:24 à 0:48:09.

Or, qui ne vaut pas une risée…
RIP, Monsieur Jeannotte!