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Éva Gauthier, 20 ans : la suite-1/2

Le billet du 30 octobre dernier évoquait une suite à cette histoire de projet « mort-né » que fut le spectacle sur cette brillante artiste, pourtant plus que digne de mention.

Je conviens, oui, qu’il est peu glorieux d’exposer ainsi ses incidents de parcours, mais j’estime qu’il est d’intérêt de s’y pencher.

Les Productions « La Fille de l’Île », fondées entre autres pour avoir accès à des subventions gouvernementales au projet et à la diffusion (tournées), se sont vu refuser leurs demandes pour des raisons plutôt arbitraires.
Il semble qu’à l’époque un seul organisme, en théâtre, pouvait fonctionner en mode « work in progress ». Or, il appert que je n’aurais pas su faire comprendre à ce jury la nécessité, avant d’aller plus loin et en toute conscience professionnelle, de perfectionner la mise en scène de mon spectacle. Mandat de « La Fille de l’Île » : oeuvrer en musique ET en théâtre. Était-ce trop tôt pour qu’un organisme originellement musical ose s’aventurer dans le domaine théâtral? Le mélange des arts dans ce sens-là (on ne parle pas ici d’opéra) ne semble pas bienvenu alors que l’inverse…
Au lieu de demeurer une simple exécutante, je souhaitais produire ce que je voulais voir. Manifestement autre chose que le récital routinier, sans présentation, l’attirail convenu*, avec un répertoire encore rarement renouvelé. Une mouvance acquise très tôt dans ma vie artistique — la raison pour laquelle c’est quand même à moi que l’on pensa pour une aventure aussi risquée qu’ambitieuse –, l’ennui me gagnant rapidement…

J’ai retrouvé récemment les notes du jury du CALQ/2001 que l’agent m’avait transmises :
Je me « serais contentée de (me) limiter au répertoire d’Éva Gauthier »!!!

Je m’excuse, c’est faire preuve de véritable ignorance crasse à l’endroit de la réalité du répertoire présenté dans les années’90-2000 où on annonçait, et pour cause, la mort du récital!
J’avais trouvé un moyen, une solution pour renouveler, rajeunir, rafraîchir le genre, et ce, avec un répertoire plus fouillé que ce que l’on offrait habituellement — toujours en excluant airs d’opéra, raison véritable de sa mort annoncée. J’ai investi une fortune pour me constituer une collection exceptionnelle et digne de ce nom, croyant qu’elle allait bien me servir dans le futur, tant de projets étant déjà sur la table. Parce que du répertoire, il y en a.

Comment ces gens-là pouvaient-ils juger que je me sois tant « contentée de me limiter » à son répertoire?!
Que savaient-ils eux-mêmes de J. A. Carpenter, B. Crist, C. Engel, P. Seelig, C. T. Griffes, N. Peterkin, C. Scott, A. Steiner?!
Tellement pas bornée, Éva Gauthier : proposer des oeuvres issues ou inspirées de contrées aussi lointaines que Java et la Malaisie. Et surtout, loin de se limiter elle-même à la musique classique, le jazz fut sans contredit ce qui fit d’elle The Talk of the Town, cela, dois-je le rappeler, en faisant découvrir au monde entier George Gershwin, qui l’accompagnait!

Ainsi, avec tout ce répertoire — certains, de vrais petits bijoux –, j’en profitais personnellement par la même occasion pour parfaire mes connaissances et accroître du même coup MA propre collection, déjà plutôt bien garnie. Un répertoire que j’ai étudié en détail, avec minutie, et défendu : j’ai chanté en langue malaise, je me suis même déplacée à Lebanon, N. H., à mes frais, cette fois-là — je vous renvoie au billet précédent, pour me familiariser avec la musique, le mouvement, comment porter le costume d’apparât auprès de LA personne ressource en Amérique, Jody Diamond de l’American Gamelan Institute.
Mais encore, je me donnais la peine de composer une chanson pour l’occasion.
On appelle cela « se limiter »?!

Bien avant de connaître Éva Gauthier, ma mission personnelle était de faire entendre, découvrir du répertoire au-delà des classiques que nous devons pourtant avoir assimilés au préalable, certains éculés, remâchés. Combien de fois ai-je été félicitée pour l’originalité de mes programmes et pour la recherche! Je pense particulièrement à Thérèse Drouin**, veuve de Raoul Jobin, à la suite de la présentation de La Belle… et les bêtes, un zoopéra, à Québec.

Oui, après vingt ans, permettez que je sois toujours aussi indignée, car c’est faire peu de cas de l’honnête effort de création artistique, ainsi platement compromis.

Vous rajeunissez l’image qu’on s’était toujours fait des chanteuses d’opéra » — Jeanne Quintal, comédienne et professeure au Conservatoire d’art dramatique de Québec, Québec en Chansons, 1981
Peut-être le plus beau compliment jamais reçu…

**Le monde est petit : non seulement elle était la cousine de mon père, mais leur fils André fut mon Don José dans Carmen à l’Opéra de Québec en 1986…

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
Pour lire la deuxième et dernière partie de l’article

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Pour visionner le Rap du « Name-Dropping »
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Javanese Songs, et l’entendre 

30 octobre 2000, Christine Lemelin, Réjean Coallier-piano

Éva Gauthier, c’était il y a vingt ans!

Le 30 octobre 2000, avait lieu la seule et unique représentation de mon spectacle Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique… ou La « Javanaise », dans le cadre du Festival SuperMicMac consacré aux musiciennes pionnières canadiennes.

Mais qui est donc Éva Gauthier? Brièvement : en plus d’avoir été la protégée d’Emma Albani, célèbre soprano canadienne, Éva, née à Ottawa, fut celle qui fit découvrir George Gershwin au monde entier. Rien de moins! Avant-gardiste et précurseure du « World Music » avant la lettre, elle fut la figure de proue de la vie musicale américaine des années 1920-30, au point d’avoir été consacrée The High Priestess of Modern Song (les liens ci-haut vous en diront plus long).

À la fin des années 1980, j’avais commencé à tâter le terrain pour faire de mes récitals de mélodies un événement théâtral, ne faisant absolument jamais appel aux airs d’opéra. Audace qui pouvait être jugée d’hérésie, mais qui, rapidement, fut chaudement saluée par tous ceux et celles qui furent témoins de ce « work in progress » sur le thème des animaux. Il aboutit d’abord à un album cd d’oeuvres alors inédites, BESTIAIRE (Sne 565), puis de La Belle… et les bêtes, un zoopéra.

Feu Gaston Germain, qui connaissait mon penchant et qui avait été sur le jury lors de la défense de thèse de doctorat de Nadia Turbide* sur ce personnage hors du commun, considérait que j’étais LA personne qui pouvait lui rendre un tant soit peu justice et de façon originale. Avec la permission et la précieuse complicité de l’auteure, j’ai pu obtenir une bourse en Recherche et développement du ministère de la Culture du Québec. Ce qui m’amena à la New York Public Library où se trouve entre autres son fonds de partitions, ainsi qu’aux Archives nationales du Canada, à Ottawa, où l’on trouve les documents sonores et autres artéfacts. Et ultimement, faire un court stage en « javanisation » à l’American Gamelan Institute, NH.

La thèse m’annonçait déjà des découvertes extraordinaires. Mes visites à plus forte raison! À revoir mes archives pour écrire cet article, je revis toute l’excitation que j’avais éprouvée pour le sujet dans l’élaboration de ce programme.
Nous étions en 1993… J’avais envisagé un projet très ambitieux, genre pièce de théâtre imbriquant de nombreuses pièces musicales. J’aurais été le personnage principal, avec un acteur masculin pour représenter entre autres Gershwin et son fils.
Pour ce faire, j’avais réussi à obtenir un parrainage d’aide à l’écriture de l’UNEQ. J’ai dû rapidement remercier l’auteure désignée, aujourd’hui décédée : elle avait balayé du revers de la main tout le plan que j’avais longuement et sérieusement élaboré pour m’imposer ses vues paranormales et ésotériques…

Un travail de longue haleine étalé sur près de dix ans (une norme dans mon cas!), les années passent et les sous ne sont pas au rendez-vous pour y aller de mon propre chef ou même sous la bannière des Productions « La Fille de l’Île », obnl que j’avais dû fonder en 1994… Apprenant l’existence du festival organisé par SuperMusique, Danielle Palardy Roger fut très intéressée par ma proposition, laquelle fut peut-être un compromis à mes idées premières. Mais encore, cela me préserva de me donner tant d’importance, l’héroïne et la musique auront avantageusement pris la place qu’elles méritent. 

J’avais à peine huit mois pour me préparer pour le grand jour, sans subvention gouvernementale ni revenu personnel; une telle production demande de s’y consacrer à plein temps et pendant au moins une bonne année. Non seulement sans le sou, j’ai dû emprunter pour me procurer divers objets scéniques, la location d’un local de répétitions, la confection de mon costume, etc. J’ai dû également renoncer à l’embauche d’un metteur en scène, un simple récital n’était tout simplement pas envisageable. Vu mes expériences antérieures, on m’a encouragée à plonger dans l’aventure. J’ai même composé un rap pour la circonstance : Le Rap du  » Name-Dropping »!

Expérience des plus concluantes et très bien reçue par le public, mais qui, selon moi, demandait encore quelques ajustements pour une reprise éventuelle. Non pas dans le contenu ni le propos, mais dans certaines directions de mise en scène justement, le temps ayant douloureusement manqué.

Alors, pourquoi donc « seule et unique représentation »?
Un projet mort-né, saboté, pourra-t-on affirmer. Raisons arbitraires, fâcheuses et injustes — également celui de produire un disque avec un programme aussi original a avorté –, qui feront l’objet d’une suite à ce billet, un article trop long pouvant ennuyer le lecteur…
Je ne suis pas seule à avoir pâti de cette histoire : Réjean Coallier, mon pianiste, a tout autant contribué à la qualité indéniable pour l’aboutissement de ce projet, sans compter les heures innombrables qu’il y a mises. Je luis dois un fier grand merci!

Et personne va m’enlever la fierté d’un tel accomplissement.

Pour consultation du programme intégral, suivre ce lien.
Pour plus de photos, suivre ce lien.

Pour plus d’informations sur Le Rap du « Name-Dropping », suivre ce lien.
Pour lire la suite 1/2 de cet article, suivre ce lien.

Pour lire la deuxième et dernière partie de l’article, suivre ce lien.
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Japanese Songs, et l’entendre, suivre ce lien.

À suivre…

*Turbide, Nadia. Biographical Study of Eva Gauthier, Université de Montréal, 1986.