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Bruno Pelletier, une grande voix!

Oui, une grande voix. Je m’intéresse ici particulièrement à l’idée de suivre son instinct plutôt qu’écouter les conseils ou encore les préjugés de personnes en qui l’on croit  pouvoir, devoir (?), mettre notre confiance…

Les débuts d’un artiste, des arts de la scène musicale notamment, sont particulièrement fragiles, selon qu’un « vague » succès peut attirer des vautours… 

J’entends maintenant de plus en plus souvent la recommandation suivante : N’écoutez personne! Or, combien de fois m’a-t-on reprochée de n’écouter personne alors que j’aurai été par trop influençable, justement. Combien de fois j’aurai raté de belles occasions de projets parce que je me serai soumise aux préjugés d’un l’un et de l’autre, d’autant plus que ceux-là, de par leur notoriété, se croyant investis de connaissances leur conférant une autorité certaine et indiscutable, ou celle-là qui se sera mythifiée de son vivant…

Alors, voici ce que j’écrivais à Bruno Pelletier, le 5 juin 2025, ayant pour objet Votre voix et « moi » : un regret
« Bonjour, (lira-t-on ceci?)
Je m’explique.
J’entendais ce matin votre entrevue chez/avec Pénélope. 40 ans de carrière! Qui l’eût cru? Moi! Ah bon?!
Évidemment, bien avant Notre-Dame de Paris, votre voix ne passait pas inaperçue, par sa force et sa grandeur.

J’avais donc eu l’idée de vous approcher pour participer à un récital avec moi, dans le but d’une levée de fonds pour l’ensemble de mes projets, où vous auriez eu la part belle : « mon » Don José!
« Carmen », mon rôle fétiche, que j’avais eu l’occasion de chanter dans la version de Peter Brook à New York et Tokyo, La Tragédie de Carmen, et dans sa version habituelle à Québec. Comme j’avais des projets personnels de nature théâtrale, entre autres sur le thème des animaux (La Belle… et les bêtes, un zoopéra) et un autre plus tard sur une artiste canadienne française (parce que née à Ottawa), Éva Gauthier (Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique… ou La « Javanaise »), amie de Maurice Ravel, entre autres, celle qui fut à la découverte de George Gershwin, je pensais à un titre du genre De Carmen à La Belle ou De Carmen à Éva.

Hélas, j’ai eu la mauvaise idée de me confier sur ledit projet auprès d’un « ami », qui m’a découragée – combien de fois j’aurais dû faire à ma tête! – , prétextant, je paraphrase, que vous n’alliez jamais faire carrière!!! Quel pied de nez lui avez-vous fait!
Et plus le temps passait, plus votre carrière devenait incontournable et plus il devenait difficile pour moi de faire appel à vos « services », l’opportunisme ne m’ayant jamais réussi… (ayant été préférable d’avoir « profité » de vous avant votre fabuleuse lancée) Et à plus forte raison quand je me suis mise moi-même à écrire mes chansons, paroles et musique… (WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons » et L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret)

C’est pourquoi, les regrets… D’autant plus que j’étais bien mal entourée pour véritablement réussir tous ces projets, bien qu’ils fussent reconnus d’une qualité artistique indiscutable.

Je prends la peine aujourd’hui de vous témoigner ce désir, désormais passé (je ne chante plus depuis la pandémie!!!). Et aussi le risque de donner des idées à votre conjointe, la sachant une chanteuse classique, que je ne connais pas mais qui a peut-être déjà entendu parler de moi. Ce ne serait pas la première fois…

Voilà.
Continuez d’évoluer, en tout. Vous prouvez que cela en vaut la peine.

Bonne suite dans vos projets et désirs,

Christine Lemelin »

Réponse reçue le 10 juin :
« Bonjour Mme Lemelin, 

Nous avons bien envoyé votre lettre à Bruno qu’il a lue.
Sa réponse : 

Mme Lemelin, d’abord Merci pour ce témoignage et d’avoir vu en moi, si tôt, le potentiel d’un probable « Don José ». 
Ma professeure de chant (Cécile Vallée-Jalbert) aurait tellement voulu que je prenne cette direction…mais bon, j’étais entêté et j’ai pris un autre chemin.

Ceci étant, merci pour cette lettre et bon repos vocal…je m’apprête a ralentir aussi, enfin, ça fait 10 ans que je dis ça, je vais sûrement finir par y arriver !

Bon été à vous!

Bruno Pelletier »

C’est LUI qui a eu raison de prendre ce chemin, tout aussi difficile et incertain d’un quelconque succès. Car, faut-il le répéter, le succès, même les plus grands en disent autant : plus que le talent, c’est de savoir ou pouvoir bien s’entourer qui en est le gage. 

 

Marie-Nicole Lemieux : Le beau chant véritable !

Dire que je l’envie est un euphémisme…

Hier soir, j’ai eu le grand plaisir d’assister au « spectacle classique » consacré à Baudelaire (c’est comme ça qu’on nous le présente et non un récital !), donné au Théâtre Outremont par Marie-Nicole Lemieux, en compagnie du pianiste Daniel Blumenthal et du comédien Raymond Cloutier, directeur artistique dudit théâtre.

L’envie ? Parfois, j’avais le cœur à l’envers d’entendre non seulement cette voix magnifique dotée d’un registre exceptionnel et sans failles, mais une chanteuse dont la maîtrise du souffle est tout simplement remarquable. Que dire des nuances, ces douceurs dans les aigus : ad-mi-ra-ble ! Des aigus et des pp qui m’ont tant fait défaut pour réussir dans ce métier si olympien.

Combien d’autres récitals du genre ai-je manqué ? MNL est une des rares chanteuses à qui l’on permet de présenter un répertoire aussi peu familier du public, voire même des connaisseurs. Moi-même, qui possède une collection plus qu’enviable, je connaissais à peine plus de la moitié des œuvres au programme. Il faut dire que mes intérêts on bifurqué depuis quelques temps.

Marie-Nicole Lemieux est véritablement une récitaliste, ce que ne sont pas forcément les chanteurs et chanteuses d’opéra qui, pour plaire au grand public (il semble que c’est désormais la norme), nous assaillent constamment d’airs d’opéras, comme s’il n’y avait pas suffisamment de beau répertoire, toutes langues confondues, à se mettre sous la dent. MNL en est la démonstration, sans même être obligée de faire la guignole, sa tenue en scène étant sobre et délicate.

Un bémol : le pianiste. Certes, monsieur Blumenthal est un excellent accompagnateur, épousant parfaitement la musicalité de l’interprète. Hélas, il est le portrait même du pianiste classique qui ne semble pas avoir assimilé tout l’éventail musical dès qu’il s’agit d’appréhender la chanson : nous avons eu droit à un plat repiquage d’une version piano de Léo Ferré dans Le Flacon. Tant qu’à avoir fait grands frais dans la conception de ce « spectacle » (je pense au costume de monsieur Cloutier), on aurait pu au moins investir dans un arrangement plus élaboré par les services d’un maître en matière « Ferré » : Philippe Noireaut. Comme ça m’a manqué !

Oh ! du beau chant, comme cela fait du bien. Ne serait-ce que pour CE genre de répertoire, il vaut encore la peine d’étudier le chant classique. Pour en faire carrière, c’est une autre histoire…