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Bref souvenir de Michèle Lalonde

J’ai eu la chance et le plaisir de partager un café en compagnie de la magnifique Michèle Lalonde, dont nous avons appris le décès le 23 juillet. Amie du compositeur André Prévost, celui-ci m’a fait la grâce de la rencontrer autour d’une nième reprise de son cycle « Geôles », sur des poèmes de Mme Lalonde.
Non seulement belle et charmante, Mme Lalonde fut d’une humble gentillesse, ne s’appuyant nullement sur le texte qui l’a rendue célèbre. Elle parlait de son oeuvre sans fausse modestie. J’étais d’ailleurs très impressionnée et privilégiée d’avoir eu accès à cette grande artiste. Cela aurait fait 30 ans presque jour pour jour l’an prochain…

Cette reprise était dans le cadre d’un festival de poésie sous la gouverne de la poétesse Anne-Marie Alonzo, le Festival de Trois, à Laval, à qui j’avais proposé le concept d’un récital de musique classique sur des textes de poétesses, Poétesses en musique1. Comme j’interprétais ce cycle depuis plus de dix ans, il allait de soi qu’il fut au programme. Ayant prévenu André Prévost, c’est ainsi qu’il a eu l’idée de me la faire rencontrer.

J’avais connu M. Prévost quand j’étais étudiante en maîtrise à l’Université de Montréal et c’est en 1980 que j’ai commencé à étudier cette oeuvre, que j’ai enregistrée pour l’émission « Jeunes artistes », en 1981, à Radio-Canada/Québec, en compagnie de la pianiste Rachel Martel, qui fut de la création à Paris, avec une mezzo québécoise dont le nom m’échappe mais que je corrigerai éventuellement – il y a de ces négligences, parfois…
Pour la petite histoire : À Paris, autour de mai’68, il y avait eu les émeutes que l’on sait. Rachel et André étaient là-bas à la même époque. Et Rachel de déclarer avec courage et enthousiasme (peut-être la personne la plus enthousiaste jamais rencontrée dans ma vie) : « Bombes, pas bombes, nous allons jouer quand même! »

La rencontre avec Michèle Lalonde fut hélas ponctuelle et brève, mais les poèmes m’ont suivie pendant des décennies. Un cycle bien ancré dans mon être au point de le savoir encore par coeur, même après des années sans l’avoir chanté. Je crois bien, hormis la créatrice de l’oeuvre, être la seule chanteuse à l’avoir (eu) à son répertoire — même qu’Otto Joachim, compositeur, alors juge au Prix d’Europe 1980, m’a fait le compliment de croire que j’avais l’audition absolue, étant donné que je chantais si juste.

Désolée d’avoir autant parlé de moi et d’avoir l’air si opportuniste, mais on a les souvenirs que l’on peut…

1- Au programme :
Louise Labbé/Henri Sauguet-Lennox Berkeley
Emily Brontë/John Duke
Emily Dickinson/Aaron Coplang-Thomas Pasatieri
Gertrude Stein/Ned Rorem
Amy Lowell/Alexander Steinert
Virginia Woolf/Dominic Argento
Louise de Vilmorin/Francis Poulinc-Georges Auric-Darius Milhaud
Michèle Lalonde/André Prévost
Claire Dé/Marie Lacoursière (création)
Christine Lemelin, mezzo-soprano, recherche, conception et scénarisation
Léo Munger, comédienne et lectrice
Louise-Andrée Baril, pianiste

Ne pas faire comme les autres = Marque de commerce…

Vous savez, il y a de ces choses de la vie que l’on ne fait pas par choix mais bien par instinct.

On me l’a dit/servi souvent, celle-là : « Toi, tu ne veux jamais rien faire comme les autres ! », et pas toujours sur le ton du compliment…

On ne se marginalise pas comme ça, par snobisme. On est à la recherche de quelque chose qu’on ignore parfaitement, d’indiscible, mais quelque chose de grand, certainement plus grand que soi.

Or, ça remonte à tellement loin qu’on n’imagine même pas à quel point !

Je viens de tomber sur le programme du premier récital donné tout juste à la fin de mes études de maîtrise en chant (Université de Montréal), donné chez moi, à Québec, à l’Institut Canadien, une salle merveilleuse qui, hélas, n’existe plus.

De la présentation, au programme, qu’en avait alors faite mon frère Christian*, je n’avais retenu qu’il avait toujours cru que mon idole avait été Petula Clark alors qu’à ce moment, j’avais complètement oublié cette anecdote, vu que j’avais, pour de longues années, relégué la musique de variétés et/ou populaire aux oubliettes depuis que je m’étais totalement investie dans mes études de chant classique. Un rappel qui m’avait frappée et touchée en même temps.

Aujourd’hui, en relisant ce très beau texte, quelle n’est pas ma surprise de constater à quel point cette « marque de commerce » n’est surtout pas récente… : « […] car elle ne voulait pas faire comme les autres. La chanson populaire, oui, mais pas que ça. Il lui fallait plus. »

Ceux qui ont acheté et écouté mon album et/ou vu mon « Opéra-Chansons » sauront peut-être lire entre les lignes, y détecter un certain Code secret

Voici le contenu de ce premier programme qui sera probablement le moins original de ma carrière… Mais, faut bien débuter en quelque part…

* Texte que voici :

CHRISTINE
LEMELIN

Sa première idole fut peut-être Petula Clark. À l’époque, quand cette chanteuse britannique était au faîte de sa carrière, Christine écoutait ses chansons, sur un tourne-disque qui ne valait pas un rond. L’électronique n’avait pas encore fait les merveilles que nous connaissons même si tout cela ne remonte pas à si loin.
Elle écoutait, écoutait, et, petit à petit, assimilait ce qui l’intéressait, pour, par la suite, le reproduire au profit de parents et amis. Déjà, elle avait une bonne voix, une voix plus forte que celle des autres. Elle l’avait sans doute formée dans ses nombreuses répliques, à l’endroit de son « achalant » de grand frère. Oui, sans doute!
Puis, au fil des mois et des ans, son goût pour le chant est devenu une passion, mais ce n’est pas dans la foulée de Petula qu’elle allait s’embarquer, car elle ne voulait pas faire comme les autres. La chanson populaire, oui, mais pas que ça. Il lui fallait plus.
Ainsi, elle apprit le piano et le chant, avec les meilleurs professeurs de Québec et de Montréal, assure-t-elle, ceux-là qui, si elle n’avait pas eu le talent, auraient certainement tout fait pour la dissuader d’entreprendre la carrière qu’elle avait choisie. Le chant classique, allez donc parler de ça à votre voisin…
Non, Christine ne voulait pas abandonner, elle ne voulait pas faire comme bien d’autres.
D’ailleurs, elle n’a pas tellement le choix, car elle ne chante pas comme bien d’autres, elle chante mieux!
C’est pour cela que, par le chant classique, elle fera son chemin… ma petite soeur!
—  Christian Lemelin