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…et le raton-laveur!

D’aucuns connaissent la référence : la chute de cette chanson de Prévert/Kosma, Inventaire.

Nombreux sommes-nous à connaître « les chansons de Prévert », mais que dire de Joseph Kosma, le compositeur? C’est la question que je posais à sa veuve, Marie Kosma, en 1989, alors que j’étais en production de mon album BESTIAIRE (Sne-565), où j’y intégrais en primeur le cycle de mélodies La ménagerie de Tristan, sur des poèmes de Robert Desnos, parce que je ne savais pas trop quoi en dire dans la jaquette. Alors, aussi bien que les bons mots me soient racontés par la personne la mieux placée : sa veuve. Que je n’ai malheureusement jamais rencontrée… 

1989, 20e anniversaire du décès de Joseph Kosma. J’étais encore à Paris jusqu’à l’été, à la suite de cette bourse où j’avais précédemment résidé au Studio du Québec de la Cité internationale des arts. Quelques événements ont eu lieu pour commémorer sa mémoire, mais toujours « les chansons de Prévert » (du moins le spectacle auquel j’ai assisté), comme s’il n’avait rien écrit d’autre — quelques-unes de ces chansons se retrouvent parmi les musiques de certains films de Marcel Carné, entre autres.

Pendant ce séjour de deux ans, j’ai pris des leçons chez le ténor Jean-Christophe Benoît. Lui ayant fait part de mon projet d’album sur le thème des animaux et étant à la recherche de musique originale, qui sort donc des pièces déjà bien connues, il me met au parfum de l’oeuvre citée plus haut. Son humilité l’honore : jamais il ne m’a dit avoir connu personnellement le compositeur ni même avoir endisqué un extrait de ce même cycle, comme j’ai pu le constater en prenant connaissance du catalogue complet des oeuvres de Joseph Kosma.

Entre-temps, une camarade de Montréal, qui était à Paris au même moment, m’apprend qu’elle a les coordonnées de madame Kosma mais qu’elle ne sait pas quoi en faire (!!!). Et elle me les communique. Je fais ni une ni deux, une fois de retour à Montréal, j’écris une lettre à madame Kosma et lui fais part de ma requête et de mon ignorance (faut bien l’admettre), lui soumettant à peu près la suivante : nous connaissons « les chansons de Prévert » mais moins celles de Kosma, insinuant qu’il reste toujours dans l’ombre du célèbre auteur. Et je « lance dans l’univers »…

Qui me répond… la veille de mon anniversaire! Une brique de 300 pages, sur l’homme et sa musique. Une collection d’entrevues, d’études et de témoignages, le tout réuni dans un numéro spécial de La Revue musicale. Wow! Je n’en demandais pas tant! Quelle joie de recevoir un tel présent et quel plaisir à consulter. Bien peu d’entre nous avons idée de son oeuvre, en musique classique notamment. 

Voici ce que j’écrivais à son sujet pour cet album édité en 1990 :

JOSEPH KOSMA (1905-1969) : Surnommé « Le Musicien Poète », la fuite de sa Hongrie natale pour Paris, via Berlin, peu avant la guerre, lui permit de faire des rencontres déterminantes pour sa carrière, celles de Brecht, Eisler, Weill et Prévert. Le film de Marcel Carné « Les Portes de la Nuit » le révéla au grand public; qui ne connaît pas « Les
Feuilles Mortes »! Sa filmographie est impressionnante. Mais toujours préoccupé de chercher dans le langage musical de son temps ce qui pouvait renouveler son style, son plus grand rêve était d’écrire de grandes ouvres. Les circonstances ne lui étant pas favorables, il a essayé par ses chansons de ne trahir ni la poésie, ni la musique. Il aurait souhaité prendre le temps d’apprendre, d’écrire des opéras.

Tout ça, parce que je fais du « ménage » (re: La Panne – #12)…

 

 

« Mon » René Lévesque : c’était il y a 30 ans !

J’étais boursière du Studio du Québec à Paris, à la Cité internationale des arts, et c’est le lendemain du décès de René Lévesque, le 2 novembre, que le Service culturel de la Délégation du Québec me « court » après.

Pour m’apprendre la nouvelle et ainsi me demander de chanter à la cérémonie commémorative, laquelle eut lieu, le 7 novembre, en l’église St-Philippe-du-Roule, faubourg St-Honoré.

Parce que ce 2 novembre fut également le décès de Yoland Guérard — chanteur d’opéra et animateur télé fort connu pour son implication dans la diffusion de la culture sous toutes ses formes — alors directeur du Centre culturel canadien à Paris, d’où j’arrivais, mais sans avoir pu le rencontrer tel que prévu…

L’anecdote rocambolesque est racontée plus en détail dans mon billet En souvenir de René Lévesque, publié il y a cinq ans.

Souvenirs… souvenirs…

 

 

 

 

À faire du ménage dans sa vie…

On peut tomber sur ceci :

Ré Koster

Il s’agit d’une lettre de recommandation de ce professeure de chant que j’avais rencontrée à Montréal grâce à Gaston Germain.
Étant à Paris depuis septembre 1987 au Studio du Québec, à la Cité internationale des arts, je souhaitais prolonger mon séjour pour me perfectionner davantage, six mois ayant été trop courts.
Je suis donc allée chez elle pendant environ deux semaines, au printemps, où j’ai eu accès à un studio pour dormir, et travailler dans ses locaux.

« Au pays qui te ressemble / Là, tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté » (Baudelaire – Duparc)

En souvenir de René Lévesque

Paris, 2 novembre 1987, il fait gris. J’ai rendez-vous en fin d’après-midi au Centre culturel canadien pour signer mon contrat du récital que je dois y donner quelques semaines plus tard. Le rendez-vous est avec Yoland Guérard, ex-chanteur d’opéra qui en était le directeur. Je l’avais rencontré la semaine précédente et il avait le visage tout rouge…

La porte était barrée. Je ne lis pas le petit papier sur la vitre, j’insiste. On finit par m’ouvrir et j’explique pourquoi j’insiste. On me fait monter au bureau, le contrat est là, signé. En regardant cette signature, en blague je dis « on dirait qu’il a crevé dessus ! » – je ne savais pas encore, on ne me dit rien mais on me regarde avec des gros yeux bizarres…

Je rentre chez « moi », à la Cité internationale des arts – j’étais boursière du Studio du Québec, et un message me demande de rejoindre d’urgence Marie-Odile Vézina aux Services culturels de la Délégation du Québec. On me cherche depuis le début de la journée car on réclame mes services pour la cérémonie qui aura lieu quelques jours plus tard : René Lévesque est décédé la veille ! Quand je dis d’où j’arrive, on m’apprend que Yoland est mort dans la journée ! Tout s’explique…

C’est dans ces « conditions-là » que j’ai abouti à chanter à la messe commémorative en l’honneur de René Lévesque, le 7 novembre 1987, à l’église St-Philippe-du-Roulle, à Paris, devant tout le gratin politique international qui « traînait » par là !

Je dis bien « devant » parce que, l’église n’ayant pas de jubé, l’orgue se trouvait dans le choeur… Et je me suis retrouvée à chanter devant ce public, accompagnée par un organiste des plus amateurs : non seulement il avait confondu le « Pie Jesu » du Réquiem de Duruflé avec celui de « Fauré » (air de contralto vs air de soprano – ce que je ne suis pas), mais il n’avait jamais joué l’Ave Maria de Bach-Gounod dans ma tonalité et refusait de le jouer dans un autre ton que celui de soprano (sol vs mib) ! Tu parles ! Et il avait prétendu en plus ne pas avoir besoin de me rencontrer d’avance pour répéter ! Il ne faisait visiblement jamais de lecture à vue… Ça a frisé la catastrophe ! Vous ne pouvez imaginer le stress ! Et en plus, on gelait dans cette église (on gèle tout le temps dans les églises, en France !). Par chance, j’avais une pelisse…

Une fois terminé, j’ai remarqué que quelqu’un dans la 1ère rangée faisait mine de m’applaudir, il était assis à côté du Délégué général, Jean-Louis Roy. C’était Gilles Vigneault ! J’avais chanté en première partie de son spectacle à Québec (avec Jean-Guy Moreau) un an plus tôt… Et, parmi le gratin, il y avait notre ambassadeur de l’époque, Lucien Bouchard…

Quelle histoire !