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Fêtes Île d'Orléans

1985, Île d’Orléans, 450 ans!

C’était un 6 septembre, en l’église de Saint-François. L’occasion s’est présentée pour moi, une seconde fois cette année-là, en tant que native de l’île, de participer à ces fêtes organisées pour célébrer, cette fois-ci, la découverte ou plutôt l’installation* des premiers colons sur cette île, reconnue comme étant le berceau de la civilisation française en Amérique.   ///  Le hasard fit que notre voisin de chalet à rivière Lafleur, à Saint-Jean, était membre (président?) de l’organisation de ces fêtes, Normand Graham. Ici, il faudra m’excuser, malgré mes recherches au sein de la communauté insulaire actuelle, j’ai été dans l’impossibilité de confirmer son titre, jusqu’à son nom de famille, mon principal informateur, mon père, étant décédé depuis plusieurs années déjà…   ///  Certes, ce n’est pas tout le public présent qui pouvait être connaisseur du répertoire de chant classique. Ainsi, je me suis toujours fait une obligation, malgré une certaine austérité, de présenter des œuvres variées, passant du sérieux au très léger. Le programme ci-joint ainsi qu’une photo pourront en témoigner.   ///  Anecdote : Maurice Ravel a composé un cycle de mélodies sur des textes de Jules Renard intitulé Les Histoires naturelles. L’une d’elles s’appelle Le Grillon. Or, pendant notre exécution — au piano l’excellente Suzanne Goyette, parce que l’accompagnement est superbement descriptif sans être une imitation de l’insecte, nous entendions très clairement et fortement son/leur chant! Je n’ai malheureusement pas d’enregistrement pour le confirmer, mais c’était très amusant à entendre. Par le fait même, cela rendait l’événement très joyeux!   ///  Nous pourrons constater que ce récital eut lieu quelques mois avant la tragédie humaine qui mena à l’incendie et la destruction de cet édifice historique. Heureusement, il existe suffisamment d’archives pour témoigner de sa beauté.   ///  Un immense merci à toutes ces personnes qui m’ont permis d’être intégrée à ces fêtes, malgré que je ne résidais plus à l’île, sinon y passer une partie de mes étés, cela pendant quelques dizaines d’années.   ///  Encore 10 années avant un 500e… À qui la chance?   ///  *Des historiens sauront corriger, voire préciser mon affirmation.
Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Christine chante la pomme à Normand Graham

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Saluts de Christine Lemelin et Suzanne Goyette

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Fêtes 450e, I.O. Récital, 6 septembre 1985

Récital Christine Lemelin et Suzanne Goyette

Couvent de Sainte-Famille, 340 ans!

Dimanche, 18 août 1985, c’était fête en l’église de Sainte-Famille, I.O., pour célébrer et commémorer en quelque sorte le tricentenaire de la fondation de ce couvent, fréquenté par de nombreuses filles* qui vivaient bien au-delà des frontières de l’île.

Un récital eut lieu, titré « Concert lyrique », qui présentait deux personnalités identifiées momentanément à la paroisse. Il s’agit de Claude Létourneau et moi-même.

Étrangement, le programme, qui mentionne pourtant une « Amicale Marguerite-Bourgeois 1685-1985 », parle de l’église, toutefois sans mentionner le couvent…

Fille de Joseph-Napoléon Lemelin, commerçant bien connu (machines aratoires et voitures GM, et barbier du dimanche à ses heures), et de Bernadette Morency, nous vivions alors en face de la Boulangerie Blouin.
Claude Létourneau, baryton, né à Montréal, était le fils d’Alphonse Létourneau et Madeleine Prémont, tous deux natifs de Sainte-Famille.

Pour la petite histoire, bien que ma grand-mère paternelle s’appelait Odile Létourneau, notre lignée est trop éloignée pour que Claude fût de ma parenté directe. Or, son épouse, Gabrielle Morency, soprano et professeure de musique, était cousine germaine de papa, sa mère Éléonore ayant été soeur de ma grand-mère Odile. C’est chez mes parents — Gabrielle étant venue passer des vacances à l’île — que ces deux musiciens se sont rencontrés…
Tout comme Thérèse Drouin-Jobin, soprano et notamment épouse du célèbre ténor Raoul Jobin, était aussi cousine germaine de mon père, fille d’une autre Éléonore (si je ne m’abuse)…

Claude passait régulièrement ses étés à l’île et participait volontiers aux cérémonies religieuses dirigées à l’orgue par mon grand-oncle Eudore Létourneau, également maître de chapelle, si mes informations sont exactes.
D’ailleurs, son magnifique harmonium fut exposé à La Maison de nos Aïeux (l’est-il toujours? Il l’était, en 2011, aux funérailles de mon père en cette église).

Des photos amateures de qualité, disons, ordinaire, ignorent la présence de notre accompagnatrice, Marjorie Tanaka, qui est retournée vivre dans son pays d’origine, la Colombie.

Petite anecdote qui m’a fait bien plaisir. J’ai fréquenté ce couvent seulement pour ma première année scolaire (déménagement prévu à Saint-Pierre, là où était le commerce de papa). Soeur Sainte-Camille (j’ignore son véritable nom) était mon professeur et elle m’avait fait incarner un ange pour la séance de Noël. Quelle ne fut pas ma joie lorsqu’elle s’est présentée à moi à l’issue du récital! Bien entendu, elle ne devait probablement pas se souvenir de moi, sur une si brève période et plus de vingt ans plus tard. Mais les religieuses ont toujours bien tenu leurs archives. Elle a sans doute dû aller s’enquérir de « qui est donc cette fille qui se dit de Sainte-Famille?! » 🙂

Quoiqu’il en soit, j’éprouve toujours un sentiment d’appartenance empreint d’émotions, chaque fois que l’occasion m’est offerte de venir chanter en cette église, d’autant plus que mes parents sont désormais enterrés au cimetière paroissial.

*Je me souviens d’une jeune fille qui était pensionnaire chez nous du nom d’Huguette Roy.

D’orme, de boulet, de guide et des Paryse

Pour qui connaît la Ville de Québec, devrait se souvenir de l’arbre au « boulet », celui-ci sujet à trois concordances.

La première : le 2 novembre 2024, fut inaugurée la dernière et magnifique sculpture de l’artiste Paryse Martin, décédée plus tôt cette année, intitulée Porter les songes à la limite du ciel. Celle-ci représente le fameux orme de la rue Saint-Louis au pied duquel était « emprisonné une ancienne bombe incendiaire […] » et qu’on a dû abattre, hélas, question de sécurité (voir le texte sur la photo ci-incluse).

Dans ma jeunesse, ayant été guide touristique à Québec — j’ai adoré faire ça, même si j’en perdais rapidement la voix –, le boulet en question au pied de l’orme était un arrêt obligé pour tout guide qui se respecte.
Or, une fois, dans mon anglais plutôt bancal, comme je conduisais un mini-bus (l’obtention d’un permis de chauffeur d’autobus était obligatoire!), mes passagers regardaient en l’air, visiblement avec une véritable attention, plutôt que là où ma main indiquait. Je réalise alors, et avec amusement, que je ne disais pas « look at the cannon ball on the roots of the tree« , mais bel et bien « look at the cannon ball on the roof of the tree« ! 😉

La deuxième : cette Paryse Martin se trouve être la belle-sœur de ma cousine Julie Morency, celle-ci, une dame qui possède un esprit de famille hors du commun!

La troisième et non la moindre : ce même 2 novembre 2024, soulignait le 80e anniversaire de naissance de ma propre et très chère sœur , Paryse, l’aînée des Paryse, du moins au Québec.

La tragédie de Carmen, New York, avril 1984

« Mademoiselle, dans la vie, on chante ou on ne chante pas! » — Bernard Lefort, ancien directeur de l’Opéra de Paris, lors de mon audition à New York, début janvier 1984, en présence de Peter Brook lui-même…

Encore très jeune dans ce métier, comment vouliez-vous réagir ou même refuser une telle aventure quand on vous sert une sentence pareille?! 
J’étais alors déjà sous contrat avec l’Opéra de Montréal (OdeM) en prévision du rôle de Maddalena, dans Rigoletto, à la fin du printemps, les deux se chevauchant, puis éventuellement en tournée américaine à l’été, voire au-delà*. Une décision devait être prise sur le champ, sans même pouvoir informer ou joindre qui que ce soit. Ahhhh!! Imaginez l’insomnie!

Retour au bercail. Mis devant le fait accompli, Jean-Paul Jeannotte, alors directeur-fondateur de l’OdeM et incidemment mon ancien professeur à l’École de musique de l’Université Laval, fut vraiment très chic avec moi : il n’aura exigé aucun dédommagement pour bris de contrat.

Cette expérience fut totalement bouleversante, autant personnellement que professionnellement. Elle balayait du revers de la main ma formation et ma bien petite expérience : Peter Brook demandait à ses chanteurs de ne pas projeter — ses productions œuvraient dans de petites salles — en plus d’avoir un jeu, disons, subtil.

Or, un peu plus tard, je chantais Carmen dans sa version traditionnelle pour l’Opéra de Québec. Mon Don José était le merveilleux André Jobin, fils du célèbre ténor Raoul Jobin — le hasard veut qu’André soit mon petit-cousin, puisque sa mère était la cousine germaine de mon père! Ayant été formé comme acteur auprès de Jean-Louis Barrault, André me dit simplement, et à raison, qu’à vouloir être subtile, ça ne se rendra pas au fond de la salle (Louis-Fréchette)…

Je n’avais encore jamais raconté ça… Et quand je dis « bouleverse »… Comment trouver le juste milieu? Ça remet tout en question et pour longtemps! N’empêche, ce genre de production, j’étais faite pour ça! Parce que c’est excitant, original, que ça nourrit l’esprit et permet d’aller plus loin dans ses propres désirs artistiques.
Par la suite, j’ai donc tenté de me faire une petite niche (à mes risques et périls!), laquelle aura donné quelques belles productions, audacieuses et inutités :
La Belle et… les bêtes, un zoopéra — résultat d’un très long Work in Progress sur le thème des animaux, cette dernière version d’après BESTIAIRE (Sne-565 CD) ; Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique, ou… « la Javanaise » et L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret.

*Tournée qui, finalement, n’a pas eu lieu et qui m’avait également fait renoncer à un contrat avec l’Opera Piccola du couple Léopold Simoneau et Pierrette Alarie, à Victoria, B.C., dans Albert Herring de Benjamen Britten.

Les chansons de ma mère…

Dès son jeune âge, maman colligeait les paroles de chansons entendues à la radio. Ça semblait vraiment important pour elle. Faut croire que ça la faisait rêver et sortir de son quotidien…
J’ai retrouvé récemment son cahier dans lequel j’en connais encore quelques-unes. Parfois, elle m’accordait du temps pour m’en chanter deux ou trois…
Née il y a 100 ans (9 avril 1923 — publication initialement parue le 13 octobre 2023 sur Facebook), beaucoup de bluettes et chansons de guerre.
Chansons bien naïves, rêves d’amour, soupirs… Tous des mensonges entretenus de génération en génération. Combien furent-elles à y avoir cru?
Près de 500 titres!! (et une cinquantaine de devinettes!)
Vraiment de quoi faire une étude sociologique. (C’est mon opinion, mais ça n’intéresse pas les organismes supposément concernés…)
Voici quelques spécimens :
2-J'attendrai15-Filles à marier17-Ne partez pas déjà Rina Ketty23-Être adorée de toi81.L'adieu au soldat (Roland Lebrun)

…et le raton-laveur!

D’aucuns connaissent la référence : la chute de cette chanson de Prévert/Kosma, Inventaire.

Nombreux sommes-nous à connaître « les chansons de Prévert », mais que dire de Joseph Kosma, le compositeur? C’est la question que je posais à sa veuve, Marie Kosma, en 1989, alors que j’étais en production de mon album BESTIAIRE (Sne-565), où j’y intégrais en primeur le cycle de mélodies La ménagerie de Tristan, sur des poèmes de Robert Desnos, parce que je ne savais pas trop quoi en dire dans la jaquette. Alors, aussi bien que les bons mots me soient racontés par la personne la mieux placée : sa veuve. Que je n’ai malheureusement jamais rencontrée… 

1989, 20e anniversaire du décès de Joseph Kosma. J’étais encore à Paris jusqu’à l’été, à la suite de cette bourse où j’avais précédemment résidé au Studio du Québec de la Cité internationale des arts. Quelques événements ont eu lieu pour commémorer sa mémoire, mais toujours « les chansons de Prévert » (du moins le spectacle auquel j’ai assisté), comme s’il n’avait rien écrit d’autre — quelques-unes de ces chansons se retrouvent parmi les musiques de certains films de Marcel Carné, entre autres.

Pendant ce séjour de deux ans, j’ai pris des leçons chez le ténor Jean-Christophe Benoît. Lui ayant fait part de mon projet d’album sur le thème des animaux et étant à la recherche de musique originale, qui sort donc des pièces déjà bien connues, il me met au parfum de l’oeuvre citée plus haut. Son humilité l’honore : jamais il ne m’a dit avoir connu personnellement le compositeur ni même avoir endisqué un extrait de ce même cycle, comme j’ai pu le constater en prenant connaissance du catalogue complet des oeuvres de Joseph Kosma.

Entre-temps, une camarade de Montréal, qui était à Paris au même moment, m’apprend qu’elle a les coordonnées de madame Kosma mais qu’elle ne sait pas quoi en faire (!!!). Et elle me les communique. Je fais ni une ni deux, une fois de retour à Montréal, j’écris une lettre à madame Kosma et lui fais part de ma requête et de mon ignorance (faut bien l’admettre), lui soumettant à peu près la suivante : nous connaissons « les chansons de Prévert » mais moins celles de Kosma, insinuant qu’il reste toujours dans l’ombre du célèbre auteur. Et je « lance dans l’univers »…

Qui me répond… la veille de mon anniversaire! Une brique de 300 pages, sur l’homme et sa musique. Une collection d’entrevues, d’études et de témoignages, le tout réuni dans un numéro spécial de La Revue musicale. Wow! Je n’en demandais pas tant! Quelle joie de recevoir un tel présent et quel plaisir à consulter. Bien peu d’entre nous avons idée de son oeuvre, en musique classique notamment. 

Voici ce que j’écrivais à son sujet pour cet album édité en 1990 :

JOSEPH KOSMA (1905-1969) : Surnommé « Le Musicien Poète », la fuite de sa Hongrie natale pour Paris, via Berlin, peu avant la guerre, lui permit de faire des rencontres déterminantes pour sa carrière, celles de Brecht, Eisler, Weill et Prévert. Le film de Marcel Carné « Les Portes de la Nuit » le révéla au grand public; qui ne connaît pas « Les
Feuilles Mortes »! Sa filmographie est impressionnante. Mais toujours préoccupé de chercher dans le langage musical de son temps ce qui pouvait renouveler son style, son plus grand rêve était d’écrire de grandes ouvres. Les circonstances ne lui étant pas favorables, il a essayé par ses chansons de ne trahir ni la poésie, ni la musique. Il aurait souhaité prendre le temps d’apprendre, d’écrire des opéras.

Tout ça, parce que je fais du « ménage » (re: La Panne – #12)…

 

 

Le monde est petit!

Tokyo, printemps 1987. Nous sommes en pleine Sakura. Je suis là-bas pour des raisons professionnelles : La tragédie de Carmen, de Peter Brook, où j’ai l’occasion de reprendre le rôle de Carmen — c’était en avril 1984, au Vivian Beaumont Théâtre, Lincoln Center, New York. Nous inaugurons le Seibu Ginza Theatre.

Avant de quitter Montréal, dans une boutique de la rue Saint-Laurent on m’informe que je pourrais trouver des kimonos usagés près de la gare Shibuya. Et c’est tout… J’ignorais encore qu’il n’y a(vait) pas nom de rue… Alors, un après-midi de congé un peu sombre, je me promène dans le coin. J’apprends en même temps qu’il s’agit d’une gare de transit des plus importantes de la ville et que les traverses de piéton sont les plus achalandées. Or, il n’y avait à peu près « que » moi, à ce moment-là. C’est pour dire…

Vêtue de bleu, mon chapeau de feutre rouge calé sur le front, mes lunettes de soleil à la  « Francine Grimaldi » (c’était la mode), pour une occidentale je me croyais naïvement incognito. Information pertinente : il y a 40 ans (ou presque), la population du Canada était à l’équivalent de celle de Tokyo…
Soudain, une belle dame, japonaise bien entendu, me dépasse sur la traverse de piétons. Elle se retourne, me regarde d’un drôle d’air et continue son chemin. Elle se retourne une deuxième fois, même comportement. Comme elle se retourne une troisième fois, toujours avec cette « grimace » inquisitrice, je lui fais un beau sourire. Enfin elle me dit : « You, yesterday, Carmen! »

Imaginez, la veille!!! Quand on y pense, ça frise l’impossible. Absolument!

Toutes deux bien excitées, elle me prie de bien vouloir accepter son invitation : une soirée au restaurant avec son « vieux » mari (elle est dans la quarantaine, c’est une chose courante). 
Ils vivent dans la couronne un peu éloignée de la ville, mais viennent pourtant me chercher en taxi à l’hôtel… Échange de cadeaux (« protocole » oblige), nous nous rendons dans la tour la plus haute du fameux quartier d’affaires Shinjuku, au restaurant situé au dernier étage : le mari était propriétaire ou gérant de l’immeuble (sais plus mais celui-ci était visiblement riche!). Pour servir d’interprète, le beau-fils de ma nouvelle amie (j’ai malheureusement oublié son nom), un jeune homme dans la trentaine.

Une fois le repas terminé, nous reprenons un taxi qui nous mène dans Ginza où ces messieurs-dame ont leur bouteille de Whisky qui les attend, celle-ci identifiée par un portrait en médaillon. Un bar minuscule du joli nom de « Coquelicot ». Puis on me ramène en taxi (toujours) à mon hôtel.

Quelle histoire! Nous nous sommes revues une seule fois, toujours avec échange de cadeaux. J’ai reçu deux kimonos, dont un modifié que je peux porter par-dessus une robe ou un pantalon, un yukata (kimono d’intérieur plus léger), un obi et des sandales traditionnelles (geta).

J’ai pris le temps de fouiller dans ma boîte de photos et j’ai été très émue d’en retrouver quelques-unes avec elle et sa compagnie. Déçue, par contre, qu’elles ne soient pas identifiées…

N’est-ce pas une belle histoire? Mais oui, comme le monde est petit!

Mon souvenir : Sylvain Lelièvre

Oui, il aurait eu 80 ans cette année, l’an passé soulignait-on fort élégamment le 20e anniversaire de son décès.

Mais de quoi je me mêle? Je n’ai été ni une amie ni eu le bonheur d’être une élève. Seulement une brève connaissance professionnelle : tout comme lui, j’étais parmi les invité(e)s surprise pour l’anniversaire de Jacques Boulanger, le 30 mai 1985 — j’ai su bien des années plus tard par sa chef recherchiste, Evelyn Mailhot, que j’étais une « invitée chouchou »! Comme l’événement se déroulait dans un tourbillon et en direct, je n’ai même pas le souvenir d’avoir eu une discussion avec Sylvain. C’est pour dire…

Je l’ai revu plus tard lors d’une émission à TVA où il était invité avec son amie Danielle Oddera. Moi, j’accompagnais simplement en coulisse un ami qui connaissait Clairette, probablement l’invitée principale. Voyez comme c’est flou! Or, Sylvain avait semblé heureux de me revoir, moi, intimidée, ne me sentant guère à ma place…

Le temps passe, la/ma vie m’a fait écrire. Un état tout à fait improbable, n’ayant jusque-là écrit que des demandes de bourses et autres communications professionnelles dans le but de faire mon métier de chanteuse lyrique.
Le chant classique nous expose à la grande poésie, et ce, en plusieurs langues. Matériel de récital avec lequel je me suis spécialisée. Ainsi, c’est spontanément à la verticale que j’écrivais, sans être pour autant de la poésie. Par contre, le sens était clair et bien organisé.

J’avais eu beau suivre un cours de poésie « érotique » (pourquoi pas!), c’est toujours Sylvain que je lorgnais. Je m’étais inscrite à l’Atelier F, où il avait été invité pour des ateliers un à un, donc en privé. Je n’avais pas d’antécédents raisonnables pour justifier ma candidature. En plus, une « chanteuse d’opéra »!? Voyons donc, c’est pas sérieux! On avait probablement encore jamais vu ça, une chanteuse classique sortir de son moule empesé (ça l’était absolument à l’époque), alors que j’avais déjà fait la preuve qu’on pouvait offrir bien autre chose que ce cliché — une nouvelle génération semble vouloir, enfin, en sortir.

J’ai écouté religieusement cette magnifique série réalisée par Élizabeth Gagnon où l’on parlait de Sylvain comme une personne fidèle en amitié, d’une personne généreuse. C’est au même moment que j’ai compris pourquoi il avait été invité chez Boubou : des amis de très longue date.

Je corrobore ces témoignages, puisque Sylvain aurait tellement pu m’ignorer : j’ai eu le culot de lui envoyer par la poste mes 10 premiers textes, dont il fut le premier lecteur. Il m’a rapidement téléphonée pour me dire à quel point il se sentait honoré de cette confiance. C’est alors qu’il me fait la confidence et le compliment : « Je m’étais dit que si je me décidais un jour à prendre des leçons de chant, c’est avec toi »! ( en avait-il vraiment besoin?!) À quoi j’ai répliqué que c’est plutôt à moi qu’il fait tant honneur!

Ses commentaires : ils sont dans un bien meilleur français que ce qu’on entend en ce moment (nous étions automne 1994), et qu’ils sont mieux écrits que XX — vedette québécoise chez les Français.
Cependant, il me fait le doux reproche que cela ressemble beaucoup à un journal intime. Ce qui sous-entendait qu’il valait mieux ne pas aller dans cette direction.
(Ce qu’il faut savoir : je revenais régulièrement à la chanson, mes premières amours…)

Qu’à cela ne tienne, je devais poursuivre, j’étais dans une belle lancée. Je ne l’ai donc pas écouté… parce que, petit à petit, un projet prenait forme, se concrétisait pour aboutir dans une « mise en abyme » et devenir un « Opéra-Chansons ». Mais pour y arriver, je souhaitais sérieusement le relancer. Le destin en a décidé autrement…

Entre-temps, j’ai soumis mes textes à un compositeur de jazz connu, accompagnateur de chanteuses de renom. Il me les a retournés, gêné… C’est là que je me suis mise spontanément à écrire mes musiques, ce qui était tout autant imprévisible. Et le résultat est des plus étonnants, vu la variété de tons et de styles ainsi que de leur complexité formelle.

La raison de ce billet? C’est là que je rejoins Sylvain : une œuvre qui n’est pas standardisée, dans un seul et unique style — ce qu’on peut trop souvent constater ailleurs…

Loin de moi de m’improviser critique musicale, mais Sylvain a produit une œuvre dense, authentique et des plus singulières. Comme lui, j’aime les « accords fuckés ». Aucune de ses chansons ne se ressemble, sa palette créatrice était d’une grande richesse et sans bornes. À l’instar des Beatles…

Parce que non populiste sans être élitiste, il n’était pas « populaire ». Il s’est respecté dans sa volonté de ne pas se plier aux dictats de la mode, encore moins de jouer la game.

Il m’a pris 20 ans pour aboutir d’abord à un album, la trame principale du projet scène, celui-là complété par d’autres opus. À un moment donné, il faut cesser de s’en remettre à autrui. J’avais eu peur du ridicule et du jugement…

Que dirait-il aujourd’hui de ce journal intime quand, maintenant, les jeunes femmes jouent de beaucoup plus d’audace dans l’intimité de leurs textes, souvent très explicites? Dire que je m’étais même censurée…
Monique Leyrac avait déjà fait la remarque suivante : on ne chante plus de poésie, on ne fait plus que du « je-me-moi ». Ce n’est « plus que » cela de nos jours…

Ce n’était pas son cas. Il demeure l’un de nos plus grands, aux textes et musiques. Il était temps qu’on le reconnaisse.

Salut, Sylvain!

En complément : la lettre, avec mes textes, envoyée en octobre 1994 et son billet de retour de ces mêmes textes, que j’ai enfin retrouvés… en 2025, à force de numériser mes archives!

Baba the Turk, a Bearded Lady

« Chère Christine,
Est-ce que la même personne que j’ai vu en rehearsal?
Quelle présence
Quelle force
You said you don’t find yourself very funny in that scene.
Apparently the audience does not agree
Pat »

Voilà le précieux compliment (retrouvé dans mes archives) que je recevais au lendemain de la présentation de The Rake’s Progress, d’Igor Stravinsky, lors du stage que j’effectuais au Banff Centre of Fine Arts, il y a de cela quelques décennies…

Sur deux distributions, il se trouve que j’avais été choisie parce que j’avais apparemment été la seule mezzo au Canada à avoir auditionné avec l’aria!!! Franchement, même avec le peu d’expérience que j’avais, il ne me serait jamais venu à l’idée de présenter autre chose. Un air très difficile, certes, mais ceux qui me connaissent savent que les difficultés musicales ne m’ont jamais fait peur. J’avais préparé cette audition avec la coach Marie-Thérèse Paquin, qui n’en laissait pas passer.

Expérience formidable, celle-ci dirigée par le réputé metteur en scène Brian MacDonald et du chef d’orchestre Raffi Armenian. J’avais pour camarades québécois Marie-Danielle Parent (Anne Trulove), Jean-Clément Bergeron (Nick Shadow) et Monique Martin, pianiste répétitrice.

Concours OSM : Les temps ont bien changé!

De retour dans mes archives, voilà que je retrouve la lettre que j’ai reçue à l’issue de ma « Mention spéciale » au terme du Concours de l’OSM, section chant, pour l’année 1981 :

« Chère Demoiselle Lemlain,
Au nom du magasin de musique Ed. Archambault Inc., il nous fait grand plaisir de vous offrir ce bon d’achat de $50.00 ayant obtenu une mention spéciale lors du « Concours de l’O.S.M. 1981 » organisé par le Comité Féminin.
Toutes nos sincères félicitations!
Ed. Archambault Jr. »

Oui, les temps ont bien changé! Exactement 30 ans plus tard, le grand gagnant pour ce même concours, section chant, cumulait la jolie somme de 50 000 $!!!

Dans les années’80, le prix du papier venait de grimper en flèche. A fortiori les partitions. Avec ce montant-là, tout au plus symbolique, je pouvais à peine me payer une partition d’opéra…

Et qui plus est, la secrétaire n’a même pas été capable d’écrire mon nom correctement…

Oui, les temps ont bien changé, et c’est tant mieux pour la nouvelle génération.

ConcoursOSM'81