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Bruno Pelletier, une grande voix!

Oui, une grande voix. Je m’intéresse ici particulièrement à l’idée de suivre son instinct plutôt qu’écouter les conseils ou encore les préjugés de personnes en qui l’on croit  pouvoir, devoir (?), mettre notre confiance…

Les débuts d’un artiste, des arts de la scène musicale notamment, sont particulièrement fragiles, selon qu’un « vague » succès peut attirer des vautours… 

J’entends maintenant de plus en plus souvent la recommandation suivante : N’écoutez personne! Or, combien de fois m’a-t-on reprochée de n’écouter personne alors que j’aurai été par trop influençable, justement. Combien de fois j’aurai raté de belles occasions de projets parce que je me serai soumise aux préjugés d’un l’un et de l’autre, d’autant plus que ceux-là, de par leur notoriété, se croyant investis de connaissances leur conférant une autorité certaine et indiscutable, ou celle-là qui se sera mythifiée de son vivant…

Alors, voici ce que j’écrivais à Bruno Pelletier, le 5 juin 2025, ayant pour objet Votre voix et « moi » : un regret
« Bonjour, (lira-t-on ceci?)
Je m’explique.
J’entendais ce matin votre entrevue chez/avec Pénélope. 40 ans de carrière! Qui l’eût cru? Moi! Ah bon?!
Évidemment, bien avant Notre-Dame de Paris, votre voix ne passait pas inaperçue, par sa force et sa grandeur.

J’avais donc eu l’idée de vous approcher pour participer à un récital avec moi, dans le but d’une levée de fonds pour l’ensemble de mes projets, où vous auriez eu la part belle : « mon » Don José!
« Carmen », mon rôle fétiche, que j’avais eu l’occasion de chanter dans la version de Peter Brook à New York et Tokyo, La Tragédie de Carmen, et dans sa version habituelle à Québec. Comme j’avais des projets personnels de nature théâtrale, entre autres sur le thème des animaux (La Belle… et les bêtes, un zoopéra) et un autre plus tard sur une artiste canadienne française (parce que née à Ottawa), Éva Gauthier (Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique… ou La « Javanaise »), amie de Maurice Ravel, entre autres, celle qui fut à la découverte de George Gershwin, je pensais à un titre du genre De Carmen à La Belle ou De Carmen à Éva.

Hélas, j’ai eu la mauvaise idée de me confier sur ledit projet auprès d’un « ami », qui m’a découragée – combien de fois j’aurais dû faire à ma tête! – , prétextant, je paraphrase, que vous n’alliez jamais faire carrière!!! Quel pied de nez lui avez-vous fait!
Et plus le temps passait, plus votre carrière devenait incontournable et plus il devenait difficile pour moi de faire appel à vos « services », l’opportunisme ne m’ayant jamais réussi… (ayant été préférable d’avoir « profité » de vous avant votre fabuleuse lancée) Et à plus forte raison quand je me suis mise moi-même à écrire mes chansons, paroles et musique… (WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons » et L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret)

C’est pourquoi, les regrets… D’autant plus que j’étais bien mal entourée pour véritablement réussir tous ces projets, bien qu’ils fussent reconnus d’une qualité artistique indiscutable.

Je prends la peine aujourd’hui de vous témoigner ce désir, désormais passé (je ne chante plus depuis la pandémie!!!). Et aussi le risque de donner des idées à votre conjointe, la sachant une chanteuse classique, que je ne connais pas mais qui a peut-être déjà entendu parler de moi. Ce ne serait pas la première fois…

Voilà.
Continuez d’évoluer, en tout. Vous prouvez que cela en vaut la peine.

Bonne suite dans vos projets et désirs,

Christine Lemelin »

Réponse reçue le 10 juin :
« Bonjour Mme Lemelin, 

Nous avons bien envoyé votre lettre à Bruno qu’il a lue.
Sa réponse : 

Mme Lemelin, d’abord Merci pour ce témoignage et d’avoir vu en moi, si tôt, le potentiel d’un probable « Don José ». 
Ma professeure de chant (Cécile Vallée-Jalbert) aurait tellement voulu que je prenne cette direction…mais bon, j’étais entêté et j’ai pris un autre chemin.

Ceci étant, merci pour cette lettre et bon repos vocal…je m’apprête a ralentir aussi, enfin, ça fait 10 ans que je dis ça, je vais sûrement finir par y arriver !

Bon été à vous!

Bruno Pelletier »

C’est LUI qui a eu raison de prendre ce chemin, tout aussi difficile et incertain d’un quelconque succès. Car, faut-il le répéter, le succès, même les plus grands en disent autant : plus que le talent, c’est de savoir ou pouvoir bien s’entourer qui en est le gage. 

 

L’oeuvre d’une vie, mon « Opéra-Chansons »?

Dix ans! Dix ans, L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret!
L’œuvre d’une vie?* Même après six mois en résidence au Bain Mathieu, même après trois représentations, une œuvre hélas sans lendemains. Dire que ça m’aura pris vingt ans pour en arriver là…
Oui, j’avais honte, peur du jugement, peur du ridicule — or, l’activité d’écrire ces textes et musiques furent les plus grandes joies et satisfactions de réalisation jusque-là. Et pourtant! Sans ressources financières publiques, personnelles ou humaines (ou trop peu), une œuvre hybride où la théâtralité du mot et du geste la (me?) rendaient « suspecte » aux yeux de certains décideurs… D’autant plus que je devenais un transfuge de genre, passant du classique à la chanson; on ne m’attendait certes pas là… Oh, sacrilège! Faire confiance en l’intelligence du public, ça ne leur disait rien?

Comme je poursuis toujours le ménage de mes archives, tel que décrit dans La Panne, je tombe par pur hasard sur le petit carnet que j’avais mis à la disposition du public pour commentaires. Ça m’émeut encore de relire :
— Je ne peux pas dire que ça fait 20 ans que j’attends ce moment… On ne se connaissait pas il y a 20 ans. Mais j’avais quand même hâte de Vivre ce spectacle, ce Récital, cet Opéra, ce drame chanté; cette oeuvre d’art. / Merci de m’avoir emmené dans cette aventure! / Bravo, « le produit » final est magnifique – Philippe (Bocher)
— Tu es, / Tu es l’amour / Tu es la persévérance / Tu es la passion / Tu es, / Magnifique – Lucie (Mayer)
— Je prends la page de gauche / Pour te dire ce qui se passe / sous la conscience — Merci / Pour tout ce que tu m’as donné / Sache que je suis avec toi – Louis (Horwath)
— Merci d’explorer et de rendre visible et audible cette partie de toi, cet espace à nous tous. Tout-à-fait charmante! Bravo Christine! – Margaret (Ronald)
— Bravo Christine / Diane Dufresne n’est pas mieux! – André Lépine

Et parmi d’autres communications qui m’auront été transmises ultérieurement :
Je suis resté accroché à ton spectacle 2-3 jours… – Réal Léveillé, pianiste et co-réalisateur de l’album (ses accompagnements du spectacle ont été exécutés par programmation sur ordinateur).
— Après quelques jours, je vis toujours sur l’émotion de ton spectacle d’une audace dérangeante et sur un ton intimiste tellement humaniste… – Jacques Renaud
— Je me suis sentie portée du début jusqu’à la fin, à travers les histoires de ta vie, comme si tu nous prenais dans tes mains et nous invitais à laisser les émotions résonner en nous. – Carmen Frenette

Je retrouve également une ébauche de présentation : « Ce soir, on vous donne à « Voir » une chanteuse. Pas d’effets spéciaux. Une chanteuse, un physique, une voix. On disait d’elle qu’elle « gagnait à être vue ». Aujourd’hui, elle revendique sa voix. Non pas celle d’une vocaliste, mais d’un corps total, d’une voix assumée, avec ses failles, ses forces, sa vérité. Mais ce soir, c’est une invitation à suivre une histoire. Un retour dans le temps. »

Non seulement ça, mais j’avais décidé de procéder à présenter ce spectacle à des heures plus raisonnables : 15 h 00, la fin de semaine, puis 19 h 00. Maintenant devenu comme une norme…

Une fin prématurée. Qui fait réagirDes chansons toujours d’actualitéÉcologique avant l’heure? Le risque à tous points de vue, d’autant plus si on est allé au bout de ses limites… 

À quoi bon regrets et deuils, sinon passer à autre chose, quand la musique et la scène auront contribué, seules, à te faire sentir réellement vivante? Quand tu te savais et te sentais véritablement sur ton « X »? Parce que, bien que tout soit possible, une grande question se pose — et particulièrement en regard de cette œuvre : qu’est-ce qu’on peut bien pouvoir faire de sa vie?!

*Non, je n’ai pas fait que ça (La Belle…, Éva Gauthier), mais ici, on parle de création totale : paroles et musique, production et réalisation, idée originale/conception, scénarisation, scénographie, costume, mise en scène, etc.

Crédits :
Photos (poster et jaquette CD) : Andréanne Gauthier / AG Photographe
Poster et jaquette CD : Pierre-Luk Bouthiller / PLB Design
Photos spectacle : Michel Parent

pochetteCD-Christine-Lemelin

Mon souvenir : Sylvain Lelièvre

Oui, il aurait eu 80 ans cette année, l’an passé soulignait-on fort élégamment le 20e anniversaire de son décès.

Mais de quoi je me mêle? Je n’ai été ni une amie ni eu le bonheur d’être une élève. Seulement une brève connaissance professionnelle : tout comme lui, j’étais parmi les invité(e)s surprise pour l’anniversaire de Jacques Boulanger, le 30 mai 1985 — j’ai su bien des années plus tard par sa chef recherchiste, Evelyn Mailhot, que j’étais une « invitée chouchou »! Comme l’événement se déroulait dans un tourbillon et en direct, je n’ai même pas le souvenir d’avoir eu une discussion avec Sylvain. C’est pour dire…

Je l’ai revu plus tard lors d’une émission à TVA où il était invité avec son amie Danielle Oddera. Moi, j’accompagnais simplement en coulisse un ami qui connaissait Clairette, probablement l’invitée principale. Voyez comme c’est flou! Or, Sylvain avait semblé heureux de me revoir, moi, intimidée, ne me sentant guère à ma place…

Le temps passe, la/ma vie m’a fait écrire. Un état tout à fait improbable, n’ayant jusque-là écrit que des demandes de bourses et autres communications professionnelles dans le but de faire mon métier de chanteuse lyrique.
Le chant classique nous expose à la grande poésie, et ce, en plusieurs langues. Matériel de récital avec lequel je me suis spécialisée. Ainsi, c’est spontanément à la verticale que j’écrivais, sans être pour autant de la poésie. Par contre, le sens était clair et bien organisé.

J’avais eu beau suivre un cours de poésie « érotique » (pourquoi pas!), c’est toujours Sylvain que je lorgnais. Je m’étais inscrite à l’Atelier F, où il avait été invité pour des ateliers un à un, donc en privé. Je n’avais pas d’antécédents raisonnables pour justifier ma candidature. En plus, une « chanteuse d’opéra »!? Voyons donc, c’est pas sérieux! On avait probablement encore jamais vu ça, une chanteuse classique sortir de son moule empesé (ça l’était absolument à l’époque), alors que j’avais déjà fait la preuve qu’on pouvait offrir bien autre chose que ce cliché — une nouvelle génération semble vouloir, enfin, en sortir.

J’ai écouté religieusement cette magnifique série réalisée par Élizabeth Gagnon où l’on parlait de Sylvain comme une personne fidèle en amitié, d’une personne généreuse. C’est au même moment que j’ai compris pourquoi il avait été invité chez Boubou : des amis de très longue date.

Je corrobore ces témoignages, puisque Sylvain aurait tellement pu m’ignorer : j’ai eu le culot de lui envoyer par la poste mes 10 premiers textes, dont il fut le premier lecteur. Il m’a rapidement téléphonée pour me dire à quel point il se sentait honoré de cette confiance. C’est alors qu’il me fait la confidence et le compliment : « Je m’étais dit que si je me décidais un jour à prendre des leçons de chant, c’est avec toi »! ( en avait-il vraiment besoin?!) À quoi j’ai répliqué que c’est plutôt à moi qu’il fait tant honneur!

Ses commentaires : ils sont dans un bien meilleur français que ce qu’on entend en ce moment (nous étions automne 1994), et qu’ils sont mieux écrits que XX — vedette québécoise chez les Français.
Cependant, il me fait le doux reproche que cela ressemble beaucoup à un journal intime. Ce qui sous-entendait qu’il valait mieux ne pas aller dans cette direction.
(Ce qu’il faut savoir : je revenais régulièrement à la chanson, mes premières amours…)

Qu’à cela ne tienne, je devais poursuivre, j’étais dans une belle lancée. Je ne l’ai donc pas écouté… parce que, petit à petit, un projet prenait forme, se concrétisait pour aboutir dans une « mise en abyme » et devenir un « Opéra-Chansons ». Mais pour y arriver, je souhaitais sérieusement le relancer. Le destin en a décidé autrement…

Entre-temps, j’ai soumis mes textes à un compositeur de jazz connu, accompagnateur de chanteuses de renom. Il me les a retournés, gêné… C’est là que je me suis mise spontanément à écrire mes musiques, ce qui était tout autant imprévisible. Et le résultat est des plus étonnants, vu la variété de tons et de styles ainsi que de leur complexité formelle.

La raison de ce billet? C’est là que je rejoins Sylvain : une œuvre qui n’est pas standardisée, dans un seul et unique style — ce qu’on peut trop souvent constater ailleurs…

Loin de moi de m’improviser critique musicale, mais Sylvain a produit une œuvre dense, authentique et des plus singulières. Comme lui, j’aime les « accords fuckés ». Aucune de ses chansons ne se ressemble, sa palette créatrice était d’une grande richesse et sans bornes. À l’instar des Beatles…

Parce que non populiste sans être élitiste, il n’était pas « populaire ». Il s’est respecté dans sa volonté de ne pas se plier aux dictats de la mode, encore moins de jouer la game.

Il m’a pris 20 ans pour aboutir d’abord à un album, la trame principale du projet scène, celui-là complété par d’autres opus. À un moment donné, il faut cesser de s’en remettre à autrui. J’avais eu peur du ridicule et du jugement…

Que dirait-il aujourd’hui de ce journal intime quand, maintenant, les jeunes femmes jouent de beaucoup plus d’audace dans l’intimité de leurs textes, souvent très explicites? Dire que je m’étais même censurée…
Monique Leyrac avait déjà fait la remarque suivante : on ne chante plus de poésie, on ne fait plus que du « je-me-moi ». Ce n’est « plus que » cela de nos jours…

Ce n’était pas son cas. Il demeure l’un de nos plus grands, aux textes et musiques. Il était temps qu’on le reconnaisse.

Salut, Sylvain!

En complément : la lettre, avec mes textes, envoyée en octobre 1994 et son billet de retour de ces mêmes textes, que j’ai enfin retrouvés… en 2025, à force de numériser mes archives!

Histoire de chevelure…

J’avais vingt ans… ou presque. J’avais une très belle crinière, mais à cette époque, il fallait absolument que les cheveux soient lisses, droits comme une épingle… Comme je n’arrivais pas à les dompter, encore moins les coiffer — sinon j’avais l’air deux fois mon âge pour satisfaire la galerie, je n’en pouvais plus des rouleaux jumbo, des produits chimiques et surtout de passer mes samedis devant le miroir à blasphémer! Comme j’étais complexée!!!

Ainsi, en secret, en visite chez mes parents à Beauport, et, par la même occasion, y inviter mes nouvelles amies de Montréal, j’ai profité du Carnaval de Québec de 1975 pour faire le grand saut : la coupe afro! (plus affreuse qu’autre chose au premier abord…) Quelle surprise!!
À partir de ce moment historique (absolument!), ce fut désormais le laver-porter. Basta! Ter-mi-né! Pour toujours!

Quelle fut la réaction de ma nouvelle professeure de chant? « C’est pas une tête de chanteuse classique, ça! » À quoi je lui répondis : « C’est bien en quoi! »
Je n’en avais rien à cirer d’avoir la « tête de l’emploi », moi. Je voulais être bien avec moi-même, et avec ces cheveux-LÀ. Je ne voulais plus avoir à tester les angles pour cacher mon (je croyais) vilain nez! Il se camouflait tout seul maintenant. Et, Dieu soit loué, j’ai résisté à la chirurgie, n’en ayant pas les moyens. Je me suis épargnée le résultat, parfois discutable…

Ce n’est donc pas pour rien que, quelques années plus tard — et pas que pour ma tête, on me faisait peut-être le plus beau compliment de ma « carrière » : « Vous rajeunissez l’image qu’on s’était toujours faite des chanteuses d’opéra. » — Jeanne Quintal (comédienne, professeure au Conservatoire d’art dramatique de Québec), Québec en chansons 1981.

Pour la petite histoire, Guy-Jean Beaulieu était mon grand ami, et ce, depuis l’École de musique de l’Université Laval. Il avait de nombreux talents (hélas, je n’ai plus de contact avec lui depuis de nombreuses années et j’ignore ce qu’il est devenu). En plus de faire de la photo et me prendre pour modèle, il me confectionnait des vêtements tout à fait originaux. Disons que j’avais du style, beaucoup grâce à lui…

Cela aura pris de nombreuses années pour me faire une tête au point qu’elle devienne, sans calcul aucun, je le jure!, une « marque de commerce ».
Et plus mes cheveux était libres, plus j’avais l’air jeune…

Je n’avais pas l’intention de faire l’étalage exhaustif de l’évolution de ma chevelure. Même si cette histoire est loin d’être terminée, je conclurai ici. Parce que, malgré qu’elle soit désormais blanche et toujours bouclée, ce à quoi je tiens mordicus — témoins les photos concernant mon album de chansons et le spectacle qui s’ensuivit, je demeure aux prises avec « C’est pas une tête de… », et ce, dans d’autres sphères professionnelles (avec le prix à payer!)…

Comme quoi le conformisme, en ce qui a trait à l’image des femmes, à plus forte raison du moment qu’elles prennent de l’âge, demeure préoccupant — rares sont les exceptions. D’autant plus quand je vois de jolies jeunes femmes se pliant, cédant au dictat voulant qu’un cheveu, même 40 ans plus tard (!), devrait encore et toujours être lisse, dompté, jusqu’à arborer la perruque dans certains cas…
Misère!
Vive les (vielles) insoumises!

PS : Depuis cette publication, je tombe sur d’autres copies de la première série où il est écrit à l’endos : « Fin’70/Début’80… Point de repère : la bague achetée avec G.S. en Arizona, à l’été 1978 »!
Avec le temps, j’avais fini par oublier quelque peu cette vieille histoire d’amour…
Ce qui est conté plus haut est toujours aussi vrai, faut croire que mes cheveux auraient poussé très vite en trois ans…
Non seulement cette histoire est vraie, mais aujourd’hui (18 mai), en poursuivant la numérisation de mes photos professionnelles, je tombe sur un post-it où je paraphrase la chanson d’Aznavour (qui ouvre cet article) avec ceci (non daté mais ça fait un bail!) :
Hier encore, j’avais vingt ans / Et je passais mon temps / À m’défriser les ch’veux / 
Et tant, tant blasphémé / Jusqu’à me damner / Pour l’éternité / Pas b’soin d’vous les citer
– sur l’air de « Ma jeunesse »
Comme quoi…

Photo Michel Parent

Prière à ma mère*

La personne la PLUS importante dans la vie d’un être humain est sans contredit sa propre mère.
Je vous fais grâce de la genèse du texte qui suit. Cette mélopée se retrouve au coeur même de la création de mon « Opéra-Chansons ».
Comme elle ne figure pas sur l’album qui fait office de trame principale, seulement qui aura assisté à cet opéra de chambre moderne saura témoigner de la charge émotive qui en découle.

Un jour, peut-être, la musique et l’image suivront…

PRIÈRE À MA MÈRE

Chanter, c’est prier deux fois.
T’as donc rien compris, maman ? (Refrain)

Aimer, est un don…
Gratuit !
Il est faux de prétendre
Qu’on ne peut donner
Ce qu’on n’a pas reçu.
Il se peut de le cultiver.

Personne n’a demandé à vivre.
À moins de vouloir en finir,
Faut faire avec.
C’est MAINTENANT
Que je veux être heureuse.
Je me fous
De gagner mon ciel !

Refrain

L’Apocalypse,
C’est pas pour demain.
L’amour,
Ça se mérite…
Par l’amour.
Non le sacrifice.

Un parent, un enfant,
Doit être chéri,

Non pas trahi.
Pourquoi t’être réservée
Pour des étrangers ?

Refrain

Chanter
Est le propre de l’homme,
Toute culture confondue ;
Pour célébrer la terre,
Les étoiles, la mer,
L’AMOUR.

Chanter, c’est prier deux fois.
Je suis SAUVÉE, MAMAN !

© CHRISTINE LEMELIN_02-07-1994/12-10-1995/Révisé : 22-09-2010/16-01-13/03-12-13

Bernadette Morency, décédée à Québec, le 17 janvier 2015
Va ! Dors en paix…
Dors enfin, maman !

Éva Gauthier, 20 ans : la suite-2/2

Voici la partie la plus délicate de cette saga : celle de ne pouvoir éviter d’identifier un individu en raison des circonstances qui le mettent visiblement en lumière.

Revenons brièvement sur le CALQ, évoqué dans le billet précédent. Le formulaire de leur demande de subvention était formel : des dates de tournée devaient être garanties… Mais comment pouvais-je donc garantir la moindre date quand même le directeur de la Maison de la culture Frontenac de l’époque, où avait lieu l’événement, me refusait des billets de faveur prétextant que « ce n’est pas un showcase! »?! Or, TOUT événement artistique est en soi un showcase!
Son autre prétexte : ne pas frustrer la clientèle des Lundi d’Edgar, toujours à guichet fermé… le spectacle ayant dû être présenté dans ce cadre, faute de salle disponible à ce temps de la saison, mais hors formule quant à moi; ce qui déplut considérablement au « principal intéressé »*…

L’ovation ne veut plus rien dire au Québec. Par contre, je peux affirmer que le public a été ravi de ce qu’il a vu et entendu. Les quelques billets que j’aurais pu obtenir afin d’inviter des diffuseurs auraient alors permis aux personnes lésées ce soir-là d’en profiter plus tard, dans cette même salle ou ailleurs. Mais non. Refus total!
— N’oublions pas qu’il s’agissait d’une création, donc d’un événement artistique.
Je n’étais pas habituée à ces manières cavalières, le précédent responsable de ce lieu hautement prisé par les artistes et le public avait été jusque-là un fidèle allié de mes productions antérieures. En eût-il encore été le directeur qu’il aurait pu aisément faire entendre raison à ce monsieur — celui-là fort insulté d’être écarté de ma proposition –, étant donné qu’il connaissait bien le procédé et la qualité artistiques que je défendais depuis une quinzaine d’années.

Le programme du Festival SuperMicMac annonçait, comme le « veut » Les lundi d’Edgar, un récital commenté, ce qui n’était pas ma proposition. Or, mon spectacle n’était PAS l’invité des Lundi d’Edgar mais une production DU Festival. Depuis le début de ce projet, j’avais été tout à fait transparente avec l’organisation dans la teneur de ce que j’avais l’intention de présenter, lui espérant du même coup un avenir heureux et lucratif. J’avais la pleine confiance de sa directrice.

Cependant, j’ai été invitée à expliquer à monsieur l’objet et l’objectif de mon spectacle, lequel n’était pas un simple récital comme on le voyait encore, mais celui-là arborant un scénario avec mise en scène, également tout en décors. En aucun moment ni endroit dans ce spectacle je ne pouvais l’intégrer, étant donné la captation de l’événement, ne pouvant ainsi offrir ce qu’on y verrait à un diffuseur éventuel puisque ce n’est pas ÇA que j’avais à « vendre ».
Non seulement cela, j’ai eu beau expliquer à monsieur que je travaillais sur ce projet depuis plusieurs années, que je m’y vouais à temps plein depuis de nombreux mois sans le moindre revenu, que je ne pouvais me permettre, une fois le 30 octobre passé, le reprendre de zéro comme je l’entendais et devoir le capter de nouveau pour une diffusion éventuelle. Je me suis même excusée de l’exclure, non pas par manque de bonne volonté mais exclusivement pour des raisons purement artistiques. Et que je ne pouvais « pour aucune considération » revenir sur ma position. J’ai dû être moins crue…

Le soir venu, monsieur, visiblement enrhumé, se contenta de me présenter et quitta les lieux.

J’ai beau ne plus en avoir entendu parler, ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi ce directeur avait été aussi cavalier avec moi et pourquoi toute diffusion ultérieure dans les autres maisons m’était « désormais » refusée : monsieur, sans avoir vu mon spectacle, a déposé ni plus ni moins qu’un grief à mon encontre afin de m’empêcher ainsi tout accès aux Maisons de la culture de la Ville de Montréal!
En d’autres termes, ça ne se fait pas, faire ça à « monsieur »!

Comment peut-on considérer, appeler cela autrement que de l’obstruction, du sabotage, voire de l’intimidation?

Comment mieux tuer dans l’oeuf un élan créateur original parce qu’un ego surdimentionné se croit humilié (personne n’avait à savoir les dessous de son absence du projet) par une artiste qui ne fait que suer dans son travail sincère et honnête, et se respecter?

Pour aucune considération je n’avais à lui donner quelqu’importance que ce soit, laquelle, fût-elle acceptée, aurait dénaturé une telle création. C’était MON soir, MON spectacle. Monsieur avait eu bien d’autres occasions, depuis La Boîte à Surprise, de se faire une carrière et une… réputation.

Le laisser faire, je perdais ainsi tout contrôle de mon sujet. Pour nourrir ses commentaires, j’aurais dû, toujours sans revenus, passer du temps avec lui à lui fournir toute ma documentation, avec le spotlight qui vient avec, moi, ne devenant plus qu’une figurante, et ainsi faire croire que tout ce travail lui revient… Parce que les crédits, il aurait fallu aussi les négocier…
Étant donné que j’avais déjà vécu une tentative d’appropriation de mon travail…

Je n’ai jamais su être obséquieuse. Même que l’opportunisme ne m’a jamais réussi… J’ai payé très cher avoir refusé d’être complaisante, de faire aucun compromis avec MON projet artistique, encore moins refusé de m’être pliée aux « caprices » de ce monsieur au point de compromettre l’avenir de mon projet — et le mien, par extension.

J’estime avoir été lésée, moi, dans le respect de mon intégrité personnelle et artistique. JE me suis respectée. J’en ai payé le prix.

Sans pourtant vouloir me comparer, tout comme Éva Gauthier, TOUTE ma vie d’artiste fut sous le signe du risque personnel et artistique (et financier!). Je ne sais pas faire autrement. J’avais des idéaux, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les atteindre.

Métier (et milieu) cruel, il va sans dire…

* En ce 30 août 2021, le « principal intéressé » vient d’écoper de six mois de prison pour ce que l’on sait…
Et deux jours plus tard, il a le culot de porter la décision en appel!
Octobre 2022, il n’aurait passé que quelques semaines en tôle, toujours sans remords et niant les faits…
P.S. :
« Monsieur » est mort… (29 novembre 2024)
Il n’y a pas lieu de se réjouir, malgré l’injustice et la colère qui ont été miennes…

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
Pour lire la suite 1/2

Pour lire sur le spectacle
Pour consulter le programme du concert
Pour d’autres photos
Pour en savoir davantage sur le Rap du « Name-Dropping »
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Javanese Songs, et l’entendre

C’était il y a 40 ans…

23 mai 1980 :
Récital de fin de maîtrise en Interprétation-chant, Université de Montréal.

Événement des plus importants et significatifs pour tout aspirant à la profession musicale classique.

Cela fait plus d’un an que je numérise, à temps perdu, mes archives scolaires et professionnelles audio sur bobines et sur cassettes. Une entreprise immensément délicate et hasardeuse, faite d’essais-erreurs, compte tenu du temps passé et des conditions d’entreposage.

Honnêtement et humblement, je n’en reviens pas de la qualité vocale et d’interprétation qui fut mienne. Une voix limitée dans les aigus, certes, mais une voix juste et une interprétation remplie d’esprit et de dynamisme ainsi qu’une rigueur musicale incontestable.

Comme je n’avais jamais ré-entendu tout ça jusqu’à maintenant, je n’arrive toujours pas à comprendre l’entêtement de mon professeur d’alors d’avoir tout fait pour m’empêcher de poursuivre dans mes ambitions musicales, et ce, par des intrigues indignes d’une personne de son statut. S’étant mythifiée de son vivant, elle était passée maître dans la démolition sans borne et injuste des prétendants qui ne rencontraient pas ses critères esthétiques.

Le rôle d’un professeur n’est-il pas de développer l’estime et la confiance en soi d’un élève qui nous a choisi? Encore faut-il l’aimer…
Pour seul compliment pendant toutes ces années : « Tu es le modèle parfait de la persévérance »…

J’aurai passé le reste de mon existence — avec force rage et insomnies — en quête de ma vraie voix et de ma vraie voie, et récupérer un semblant d’estime et de confiance en moi ainsi qu’en mon talent, celui-ci pourtant reconnu.

De cette maîtrise, je disais à qui voulait l’entendre qu’on me l’avait accordée par charité, tellement j’étais devenue complexée parce que comparée à tout le monde. Or, à force d’écouter l’enregistrement de ce récital, force est d’admettre que Gaston Germain, membre du jury, avait raison de me l’accorder. Et, l’ayant adopté plus tard pendant quelque temps comme professeur, il n’avait cesse de me dire que j’avais une belle voix, moi, n’arrivant toujours pas à le croire, malgré mes succès… J’avais encore des croûtes à manger pour soigner cette voix (et l’âme!!!) si mal dirigée depuis mon adolescence.

Je n’ai pas tout résolu mais c’est grâce à lui que j’ai réussi à comprendre des choses simples et fondamentales, particulièrement en me dirigeant vers un professeur éminent et reconnu, Vera Róza, à Londres, en 1989.

Ma combativité, la passion de la découverte et du faire-autrement-que-tout-le-monde qui m’animaient m’ont amenées vers une créativité dont je ne suis pas peu fière. Pour aboutir enfin à l’inattendu : la création de cet « Opéra-Chansons » qui fut créé presqu’à la même date, il y a maintenant 6 ans, en tant que auteure-compositrice-interprète, réalisatrice, conceptrice, etc.

ProgrammeFinMaîtrise1980

Voici le programme dont je suis très fière. Particulièrement où la création de l’oeuvre de Claude Frenette, sur des poèmes de Nicole Desrosiers, Les Oiseaux de Verre, fut un précédent pour un récital de maîtrise. Précédent qui semble n’avoir jamais été reconduit — je n’ai pas fait mon enquête. Cette commande, une histoire qui mériterait un article à elle toute seule…

Comme le résultat de la numérisation n’est toujours pas disponible, je vous fais entendre ici la version selon l’instrumentation prévue (harpe au lieu du piano) de l’oeuvre de mon ami Claude Frenette, alors élève d’André Prévost, au baccalauréat, laquelle eut droit à un enregistrement pour l’émission Alternances et qui fut gravée peu après sur étiquette RCI-570. Le numéro 7 est véritablement la 3e pièce du cycle.

Mais encore : si ce retour dans la passé puisse me permettre la poursuite d’une reconstruction qui reste encore à finir, si jamais il est possible d’y arriver enfin…

Merci d’avoir lu jusqu’ici et bonne écoute.

5 ans déjà !

Oui, cinq ans, jour pour jour : Le lancement-web (faute de mieux !) de mon album WXWZ… Code secret, un « Opéra-Chansons ».
Un jeudi, 25 août 2011, il pleuvait des cordes…

Je venais à peine d’entrer sur les réseaux sociaux. J’avais donc peu d’amis Facebook, encore moins de Fans de ma Page… Quant à Twitter… Ce qui fait que ça un peu passé dans le beurre… Néanmoins, très bien commenté par ceux et celles qui ont réussi à se le procurer.

Trame principale d’une œuvre dramatique formidable qui a été créée en mai 2014 : L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret pour lequel j’ai reçu beaucoup d’éloges.

Affiche_Opéra-Chansons'

Œuvre intemporelle s’il en est, je vous invite toujours à vous procurer l’album – à défaut de pouvoir assister cet opéra de chambre, pour le moment – par mes bons soins ou via le site Bandcamp.com.

Merci encore pour votre encouragement très apprécié, passé, présent et futur !

D’hier à hier…

J’ai longtemps hésité…

Voici donc ce que j’avais alors à proposer.

Oui, il était une fois, une chanteuse…
Voici quelques très courts extraits de la variété de son talent.
1- Griserie : La Périchole, Jacques Offenbach. Centre Léonard de Vinci, 2004 – arrangements : Denys Lavergne;
2- Je voudrais être un chat… : Paroles et musique : Christine Lemelin. La Butte St-Jacques, avril 1997. Au piano : Bruno Fecteau;
3- Faites gaffe, les filles ! : idem;
4- Extrait, 2 Chants malais, op. 24 : Paul SeeligÈVA GAUTHIER Pionnière du chant moderne en Amérique ou… La « Javanaise ». Les Productions « La Fille de l’Île ». Festival SuperMicMac en hommage aux musiciennes canadiennes innovatrices, Maison de la culture Frontenac, 30 octobre 2000. Au piano : Réjean Coallier;
5- Dromadaire : Bestiaire ou le Cortège d’Orphée (Apollinaire), musique : Louis Durey – La Belle… et les bêtes, un zoopéra. Les Productions « La Fille de l’Île ». Septembre 1994, Salle Calixa-Lavallée. Au piano : Réjean Coallier;
6- Sirène : idem.

Condamnée à vie ?!?

Errance, titre #5 de mon album WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons », dans lequel je décris l’écœurement de la condition (qui fut la mienne) d’une jeune et jolie jeune femme dans ses errances citadines lors de moments de solitude extrême et de désœuvrement.

État qui semble perpétuel, figurez-vous ! Quelque vingt années plus tard, rien n’a l’air d’avoir changé : malgré mes cheveux blancs, oui, j’ai été cet après-midi, et ce, sans équivoque aucune, mais, oui, bel et bien suivie !

De bien douloureux souvenirs remontent à la surface… À la seule différence maintenant que je ne suis ni seule ni en état de désœuvrement.

Je pense surtout à « […] toutes ces femmes cachées, blessées, qui ont peur, peur de la vie, peur de l’amour… »*. © Christine Lemelin

Mais bien encore : à toutes ces fillettes, adolescentes, femmes en devenir…

* récitatif en introduction de la chanson Errance dans « L’Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret.