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Fêtes Île d'Orléans

1985, Île d’Orléans, 450 ans!

C’était un 6 septembre, en l’église de Saint-François. L’occasion s’est présentée pour moi, une seconde fois cette année-là, en tant que native de l’île, de participer à ces fêtes organisées pour célébrer, cette fois-ci, la découverte ou plutôt l’installation* des premiers colons sur cette île, reconnue comme étant le berceau de la civilisation française en Amérique.   ///  Le hasard fit que notre voisin de chalet à rivière Lafleur, à Saint-Jean, était membre (président?) de l’organisation de ces fêtes, Normand Graham. Ici, il faudra m’excuser, malgré mes recherches au sein de la communauté insulaire actuelle, j’ai été dans l’impossibilité de confirmer son titre, jusqu’à son nom de famille, mon principal informateur, mon père, étant décédé depuis plusieurs années déjà…   ///  Certes, ce n’est pas tout le public présent qui pouvait être connaisseur du répertoire de chant classique. Ainsi, je me suis toujours fait une obligation, malgré une certaine austérité, de présenter des œuvres variées, passant du sérieux au très léger. Le programme ci-joint ainsi qu’une photo pourront en témoigner.   ///  Anecdote : Maurice Ravel a composé un cycle de mélodies sur des textes de Jules Renard intitulé Les Histoires naturelles. L’une d’elles s’appelle Le Grillon. Or, pendant notre exécution — au piano l’excellente Suzanne Goyette, parce que l’accompagnement est superbement descriptif sans être une imitation de l’insecte, nous entendions très clairement et fortement son/leur chant! Je n’ai malheureusement pas d’enregistrement pour le confirmer, mais c’était très amusant à entendre. Par le fait même, cela rendait l’événement très joyeux!   ///  Nous pourrons constater que ce récital eut lieu quelques mois avant la tragédie humaine qui mena à l’incendie et la destruction de cet édifice historique. Heureusement, il existe suffisamment d’archives pour témoigner de sa beauté.   ///  Un immense merci à toutes ces personnes qui m’ont permis d’être intégrée à ces fêtes, malgré que je ne résidais plus à l’île, sinon y passer une partie de mes étés, cela pendant quelques dizaines d’années.   ///  Encore 10 années avant un 500e… À qui la chance?   ///  *Des historiens sauront corriger, voire préciser mon affirmation.
Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Christine chante la pomme à Normand Graham

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Saluts de Christine Lemelin et Suzanne Goyette

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Récital, 6 septembre 1985, église Saint-François

Fêtes 450e, I.O. Récital, 6 septembre 1985

Récital Christine Lemelin et Suzanne Goyette

Couvent de Sainte-Famille, 340 ans!

Dimanche, 18 août 1985, c’était fête en l’église de Sainte-Famille, I.O., pour célébrer et commémorer en quelque sorte le tricentenaire de la fondation de ce couvent, fréquenté par de nombreuses filles* qui vivaient bien au-delà des frontières de l’île.

Un récital eut lieu, titré « Concert lyrique », qui présentait deux personnalités identifiées momentanément à la paroisse. Il s’agit de Claude Létourneau et moi-même.

Étrangement, le programme, qui mentionne pourtant une « Amicale Marguerite-Bourgeois 1685-1985 », parle de l’église, toutefois sans mentionner le couvent…

Fille de Joseph-Napoléon Lemelin, commerçant bien connu (machines aratoires et voitures GM, et barbier du dimanche à ses heures), et de Bernadette Morency, nous vivions alors en face de la Boulangerie Blouin.
Claude Létourneau, baryton, né à Montréal, était le fils d’Alphonse Létourneau et Madeleine Prémont, tous deux natifs de Sainte-Famille.

Pour la petite histoire, bien que ma grand-mère paternelle s’appelait Odile Létourneau, notre lignée est trop éloignée pour que Claude fût de ma parenté directe. Or, son épouse, Gabrielle Morency, soprano et professeure de musique, était cousine germaine de papa, sa mère Éléonore ayant été soeur de ma grand-mère Odile. C’est chez mes parents — Gabrielle étant venue passer des vacances à l’île — que ces deux musiciens se sont rencontrés…
Tout comme Thérèse Drouin-Jobin, soprano et notamment épouse du célèbre ténor Raoul Jobin, était aussi cousine germaine de mon père, fille d’une autre Éléonore (si je ne m’abuse)…

Claude passait régulièrement ses étés à l’île et participait volontiers aux cérémonies religieuses dirigées à l’orgue par mon grand-oncle Eudore Létourneau, également maître de chapelle, si mes informations sont exactes.
D’ailleurs, son magnifique harmonium fut exposé à La Maison de nos Aïeux (l’est-il toujours? Il l’était, en 2011, aux funérailles de mon père en cette église).

Des photos amateures de qualité, disons, ordinaire, ignorent la présence de notre accompagnatrice, Marjorie Tanaka, qui est retournée vivre dans son pays d’origine, la Colombie.

Petite anecdote qui m’a fait bien plaisir. J’ai fréquenté ce couvent seulement pour ma première année scolaire (déménagement prévu à Saint-Pierre, là où était le commerce de papa). Soeur Sainte-Camille (j’ignore son véritable nom) était mon professeur et elle m’avait fait incarner un ange pour la séance de Noël. Quelle ne fut pas ma joie lorsqu’elle s’est présentée à moi à l’issue du récital! Bien entendu, elle ne devait probablement pas se souvenir de moi, sur une si brève période et plus de vingt ans plus tard. Mais les religieuses ont toujours bien tenu leurs archives. Elle a sans doute dû aller s’enquérir de « qui est donc cette fille qui se dit de Sainte-Famille?! » 🙂

Quoiqu’il en soit, j’éprouve toujours un sentiment d’appartenance empreint d’émotions, chaque fois que l’occasion m’est offerte de venir chanter en cette église, d’autant plus que mes parents sont désormais enterrés au cimetière paroissial.

*Je me souviens d’une jeune fille qui était pensionnaire chez nous du nom d’Huguette Roy.

Bruno Pelletier, une grande voix!

Oui, une grande voix. Je m’intéresse ici particulièrement à l’idée de suivre son instinct plutôt qu’écouter les conseils ou encore les préjugés de personnes en qui l’on croit  pouvoir, devoir (?), mettre notre confiance…

Les débuts d’un artiste, des arts de la scène musicale notamment, sont particulièrement fragiles, selon qu’un « vague » succès peut attirer des vautours… 

J’entends maintenant de plus en plus souvent la recommandation suivante : N’écoutez personne! Or, combien de fois m’a-t-on reprochée de n’écouter personne alors que j’aurai été par trop influençable, justement. Combien de fois j’aurai raté de belles occasions de projets parce que je me serai soumise aux préjugés d’un l’un et de l’autre, d’autant plus que ceux-là, de par leur notoriété, se croyant investis de connaissances leur conférant une autorité certaine et indiscutable, ou celle-là qui se sera mythifiée de son vivant…

Alors, voici ce que j’écrivais à Bruno Pelletier, le 5 juin 2025, ayant pour objet Votre voix et « moi » : un regret
« Bonjour, (lira-t-on ceci?)
Je m’explique.
J’entendais ce matin votre entrevue chez/avec Pénélope. 40 ans de carrière! Qui l’eût cru? Moi! Ah bon?!
Évidemment, bien avant Notre-Dame de Paris, votre voix ne passait pas inaperçue, par sa force et sa grandeur.

J’avais donc eu l’idée de vous approcher pour participer à un récital avec moi, dans le but d’une levée de fonds pour l’ensemble de mes projets, où vous auriez eu la part belle : « mon » Don José!
« Carmen », mon rôle fétiche, que j’avais eu l’occasion de chanter dans la version de Peter Brook à New York et Tokyo, La Tragédie de Carmen, et dans sa version habituelle à Québec. Comme j’avais des projets personnels de nature théâtrale, entre autres sur le thème des animaux (La Belle… et les bêtes, un zoopéra) et un autre plus tard sur une artiste canadienne française (parce que née à Ottawa), Éva Gauthier (Éva Gauthier, Pionnière du Chant Moderne en Amérique… ou La « Javanaise »), amie de Maurice Ravel, entre autres, celle qui fut à la découverte de George Gershwin, je pensais à un titre du genre De Carmen à La Belle ou De Carmen à Éva.

Hélas, j’ai eu la mauvaise idée de me confier sur ledit projet auprès d’un « ami », qui m’a découragée – combien de fois j’aurais dû faire à ma tête! – , prétextant, je paraphrase, que vous n’alliez jamais faire carrière!!! Quel pied de nez lui avez-vous fait!
Et plus le temps passait, plus votre carrière devenait incontournable et plus il devenait difficile pour moi de faire appel à vos « services », l’opportunisme ne m’ayant jamais réussi… (ayant été préférable d’avoir « profité » de vous avant votre fabuleuse lancée) Et à plus forte raison quand je me suis mise moi-même à écrire mes chansons, paroles et musique… (WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons » et L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret)

C’est pourquoi, les regrets… D’autant plus que j’étais bien mal entourée pour véritablement réussir tous ces projets, bien qu’ils fussent reconnus d’une qualité artistique indiscutable.

Je prends la peine aujourd’hui de vous témoigner ce désir, désormais passé (je ne chante plus depuis la pandémie!!!). Et aussi le risque de donner des idées à votre conjointe, la sachant une chanteuse classique, que je ne connais pas mais qui a peut-être déjà entendu parler de moi. Ce ne serait pas la première fois…

Voilà.
Continuez d’évoluer, en tout. Vous prouvez que cela en vaut la peine.

Bonne suite dans vos projets et désirs,

Christine Lemelin »

Réponse reçue le 10 juin :
« Bonjour Mme Lemelin, 

Nous avons bien envoyé votre lettre à Bruno qu’il a lue.
Sa réponse : 

Mme Lemelin, d’abord Merci pour ce témoignage et d’avoir vu en moi, si tôt, le potentiel d’un probable « Don José ». 
Ma professeure de chant (Cécile Vallée-Jalbert) aurait tellement voulu que je prenne cette direction…mais bon, j’étais entêté et j’ai pris un autre chemin.

Ceci étant, merci pour cette lettre et bon repos vocal…je m’apprête a ralentir aussi, enfin, ça fait 10 ans que je dis ça, je vais sûrement finir par y arriver !

Bon été à vous!

Bruno Pelletier »

C’est LUI qui a eu raison de prendre ce chemin, tout aussi difficile et incertain d’un quelconque succès. Car, faut-il le répéter, le succès, même les plus grands en disent autant : plus que le talent, c’est de savoir ou pouvoir bien s’entourer qui en est le gage. 

 

L’oeuvre d’une vie, mon « Opéra-Chansons »?

Dix ans! Dix ans, L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret!
L’œuvre d’une vie?* Même après six mois en résidence au Bain Mathieu, même après trois représentations, une œuvre hélas sans lendemains. Dire que ça m’aura pris vingt ans pour en arriver là…
Oui, j’avais honte, peur du jugement, peur du ridicule — or, l’activité d’écrire ces textes et musiques furent les plus grandes joies et satisfactions de réalisation jusque-là. Et pourtant! Sans ressources financières publiques, personnelles ou humaines (ou trop peu), une œuvre hybride où la théâtralité du mot et du geste la (me?) rendaient « suspecte » aux yeux de certains décideurs… D’autant plus que je devenais un transfuge de genre, passant du classique à la chanson; on ne m’attendait certes pas là… Oh, sacrilège! Faire confiance en l’intelligence du public, ça ne leur disait rien?

Comme je poursuis toujours le ménage de mes archives, tel que décrit dans La Panne, je tombe par pur hasard sur le petit carnet que j’avais mis à la disposition du public pour commentaires. Ça m’émeut encore de relire :
— Je ne peux pas dire que ça fait 20 ans que j’attends ce moment… On ne se connaissait pas il y a 20 ans. Mais j’avais quand même hâte de Vivre ce spectacle, ce Récital, cet Opéra, ce drame chanté; cette oeuvre d’art. / Merci de m’avoir emmené dans cette aventure! / Bravo, « le produit » final est magnifique – Philippe (Bocher)
— Tu es, / Tu es l’amour / Tu es la persévérance / Tu es la passion / Tu es, / Magnifique – Lucie (Mayer)
— Je prends la page de gauche / Pour te dire ce qui se passe / sous la conscience — Merci / Pour tout ce que tu m’as donné / Sache que je suis avec toi – Louis (Horwath)
— Merci d’explorer et de rendre visible et audible cette partie de toi, cet espace à nous tous. Tout-à-fait charmante! Bravo Christine! – Margaret (Ronald)
— Bravo Christine / Diane Dufresne n’est pas mieux! – André Lépine

Et parmi d’autres communications qui m’auront été transmises ultérieurement :
Je suis resté accroché à ton spectacle 2-3 jours… – Réal Léveillé, pianiste et co-réalisateur de l’album (ses accompagnements du spectacle ont été exécutés par programmation sur ordinateur).
— Après quelques jours, je vis toujours sur l’émotion de ton spectacle d’une audace dérangeante et sur un ton intimiste tellement humaniste… – Jacques Renaud
— Je me suis sentie portée du début jusqu’à la fin, à travers les histoires de ta vie, comme si tu nous prenais dans tes mains et nous invitais à laisser les émotions résonner en nous. – Carmen Frenette

Je retrouve également une ébauche de présentation : « Ce soir, on vous donne à « Voir » une chanteuse. Pas d’effets spéciaux. Une chanteuse, un physique, une voix. On disait d’elle qu’elle « gagnait à être vue ». Aujourd’hui, elle revendique sa voix. Non pas celle d’une vocaliste, mais d’un corps total, d’une voix assumée, avec ses failles, ses forces, sa vérité. Mais ce soir, c’est une invitation à suivre une histoire. Un retour dans le temps. »

Non seulement ça, mais j’avais décidé de procéder à présenter ce spectacle à des heures plus raisonnables : 15 h 00, la fin de semaine, puis 19 h 00. Maintenant devenu comme une norme…

Une fin prématurée. Qui fait réagirDes chansons toujours d’actualitéÉcologique avant l’heure? Le risque à tous points de vue, d’autant plus si on est allé au bout de ses limites… 

À quoi bon regrets et deuils, sinon passer à autre chose, quand la musique et la scène auront contribué, seules, à te faire sentir réellement vivante? Quand tu te savais et te sentais véritablement sur ton « X »? Parce que, bien que tout soit possible, une grande question se pose — et particulièrement en regard de cette œuvre : qu’est-ce qu’on peut bien pouvoir faire de sa vie?!

*Non, je n’ai pas fait que ça (La Belle…, Éva Gauthier), mais ici, on parle de création totale : paroles et musique, production et réalisation, idée originale/conception, scénarisation, scénographie, costume, mise en scène, etc.

Crédits :
Photos (poster et jaquette CD) : Andréanne Gauthier / AG Photographe
Poster et jaquette CD : Pierre-Luk Bouthiller / PLB Design
Photos spectacle : Michel Parent

pochetteCD-Christine-Lemelin

Photo Michel Parent

Prière à ma mère*

La personne la PLUS importante dans la vie d’un être humain est sans contredit sa propre mère.
Je vous fais grâce de la genèse du texte qui suit. Cette mélopée se retrouve au coeur même de la création de mon « Opéra-Chansons ».
Comme elle ne figure pas sur l’album qui fait office de trame principale, seulement qui aura assisté à cet opéra de chambre moderne saura témoigner de la charge émotive qui en découle.

Un jour, peut-être, la musique et l’image suivront…

PRIÈRE À MA MÈRE

Chanter, c’est prier deux fois.
T’as donc rien compris, maman ? (Refrain)

Aimer, est un don…
Gratuit !
Il est faux de prétendre
Qu’on ne peut donner
Ce qu’on n’a pas reçu.
Il se peut de le cultiver.

Personne n’a demandé à vivre.
À moins de vouloir en finir,
Faut faire avec.
C’est MAINTENANT
Que je veux être heureuse.
Je me fous
De gagner mon ciel !

Refrain

L’Apocalypse,
C’est pas pour demain.
L’amour,
Ça se mérite…
Par l’amour.
Non le sacrifice.

Un parent, un enfant,
Doit être chéri,

Non pas trahi.
Pourquoi t’être réservée
Pour des étrangers ?

Refrain

Chanter
Est le propre de l’homme,
Toute culture confondue ;
Pour célébrer la terre,
Les étoiles, la mer,
L’AMOUR.

Chanter, c’est prier deux fois.
Je suis SAUVÉE, MAMAN !

© CHRISTINE LEMELIN_02-07-1994/12-10-1995/Révisé : 22-09-2010/16-01-13/03-12-13

Bernadette Morency, décédée à Québec, le 17 janvier 2015
Va ! Dors en paix…
Dors enfin, maman !

Souvenirs de Jean-Paul Jeannotte

 

Nous apprenions le décès du ténor Jean-Paul Jeannotte, survenu le 9 septembre dernier. 

Il a été, certes, professeur titulaire à l’École de musique de l’Université Laval. Je fus la toute première élève à être choisie dans sa classe au niveau collégial. Ce qui m’a valu les commentaires suivants : « Tu dois être bien bonne parce qu’il ne prend que la crème, et seulement au baccalauréat! » De là à m’enfler la tête, loin de là : humblement, j’ai eu plein de croûtes à manger à partir de ce jour…

Ce qu’il faut savoir : cette année-là, il y avait eu de nombreuses inscriptions en chant, l’administration l’aura probablement obligé à prendre des élèves de niveau collégial. Comme j’avais été la seule à auditionner avec des airs classiques, notamment Vergin tutto amor, de F. Durante, ayant précédemment étudié en privé, cela faisait sans doute de moi une élève « idéale ». Oh, ma mère en était fière parce qu’elle savait qui il était (il avait gagné des prix).

Trois ans plus tard, je quittais sa classe pour suivre un professeur à Montréal, celle-là même qu’il avait invitée pour le seconder au niveau de la formation « strictement » de la voix, lui, plutôt spécialisé en interprétation. Doté d’une très grande culture, il avait une diction impeccable, et je lui dois certainement la rigueur qui fut mienne à ce niveau et qui me valut de nombreux compliments.

Non rancunier, plus tard devenu directeur artistique de l’Opéra de Montréal qu’il avait cofondé, il m’a donné la chance d’y faire mes débuts dans l’opéra « Manon » de Massenet (Rosette), puis, le Page dans « Salomé » de Richard Strauß.

Cependant, vous saurez me pardonner, je ne peux pas me priver de souligner cette amusante anecdote : il fut l’objet d’un numéro des Cyniques (Jean-Paul Lanote) lors du Bye Bye 1971!

J’ignore ce qui put lui valoir cette moquerie, Marcel Saint-Germain est tout simplement hilarant, remarquable de drôlerie (et de justesse, parce que monsieur était, disons, quelque peu précieux, n’en déplaise…). À moins que ce ne soit parce qu’il était alors président de l’Union des artistes. Jusqu’à quel point le grand public du Bye Bye le connaissait? Pas moi – j’étais bien jeune et peu connaisseure de ce milieu sélect, sinon qu’il était mon professeur depuis assez peu.

Alors, imaginez comment j’ai pu me sentir au retour des Fêtes lors de mon premier cours! J’avais du mal à me retenir de rire parce que la parodie avait été franchement impeccable.

J’ai pu retracer l’émission. À vous de juger :
0:45:24 à 0:48:09.

Or, qui ne vaut pas une risée…
RIP, Monsieur Jeannotte!

Bref souvenir de Michèle Lalonde

J’ai eu la chance et le plaisir de partager un café en compagnie de la magnifique Michèle Lalonde, dont nous avons appris le décès le 23 juillet. Amie du compositeur André Prévost, celui-ci m’a fait la grâce de la rencontrer autour d’une nième reprise de son cycle « Geôles », sur des poèmes de Mme Lalonde.
Non seulement belle et charmante, Mme Lalonde fut d’une humble gentillesse, ne s’appuyant nullement sur le texte qui l’a rendue célèbre. Elle parlait de son oeuvre sans fausse modestie. J’étais d’ailleurs très impressionnée et privilégiée d’avoir eu accès à cette grande artiste. Cela aurait fait 30 ans presque jour pour jour l’an prochain…

Cette reprise était dans le cadre d’un festival de poésie sous la gouverne de la poétesse Anne-Marie Alonzo, le Festival de Trois, à Laval, à qui j’avais proposé le concept d’un récital de musique classique sur des textes de poétesses, Poétesses en musique1. Comme j’interprétais ce cycle depuis plus de dix ans, il allait de soi qu’il fut au programme. Ayant prévenu André Prévost, c’est ainsi qu’il a eu l’idée de me la faire rencontrer.

J’avais connu M. Prévost quand j’étais étudiante en maîtrise à l’Université de Montréal et c’est en 1980 que j’ai commencé à étudier cette oeuvre, que j’ai enregistrée pour l’émission « Jeunes artistes », en 1981, à Radio-Canada/Québec, en compagnie de la pianiste Rachel Martel, qui fut de la création à Paris, avec une mezzo québécoise dont le nom m’échappe mais que je corrigerai éventuellement – il y a de ces négligences, parfois…
Pour la petite histoire : À Paris, autour de mai’68, il y avait eu les émeutes que l’on sait. Rachel et André étaient là-bas à la même époque. Et Rachel de déclarer avec courage et enthousiasme (peut-être la personne la plus enthousiaste jamais rencontrée dans ma vie) : « Bombes, pas bombes, nous allons jouer quand même! »

La rencontre avec Michèle Lalonde fut hélas ponctuelle et brève, mais les poèmes m’ont suivie pendant des décennies. Un cycle bien ancré dans mon être au point de le savoir encore par coeur, même après des années sans l’avoir chanté. Je crois bien, hormis la créatrice de l’oeuvre, être la seule chanteuse à l’avoir (eu) à son répertoire — même qu’Otto Joachim, compositeur, alors juge au Prix d’Europe 1980, m’a fait le compliment de croire que j’avais l’audition absolue, étant donné que je chantais si juste.

Désolée d’avoir autant parlé de moi et d’avoir l’air si opportuniste, mais on a les souvenirs que l’on peut…

1- Au programme :
Louise Labbé/Henri Sauguet-Lennox Berkeley
Emily Brontë/John Duke
Emily Dickinson/Aaron Coplang-Thomas Pasatieri
Gertrude Stein/Ned Rorem
Amy Lowell/Alexander Steinert
Virginia Woolf/Dominic Argento
Louise de Vilmorin/Francis Poulinc-Georges Auric-Darius Milhaud
Michèle Lalonde/André Prévost
Claire Dé/Marie Lacoursière (création)
Christine Lemelin, mezzo-soprano, recherche, conception et scénarisation
Léo Munger, comédienne et lectrice
Louise-Andrée Baril, pianiste

Éva Gauthier, 20 ans : la suite-2/2

Voici la partie la plus délicate de cette saga : celle de ne pouvoir éviter d’identifier un individu en raison des circonstances qui le mettent visiblement en lumière.

Revenons brièvement sur le CALQ, évoqué dans le billet précédent. Le formulaire de leur demande de subvention était formel : des dates de tournée devaient être garanties… Mais comment pouvais-je donc garantir la moindre date quand même le directeur de la Maison de la culture Frontenac de l’époque, où avait lieu l’événement, me refusait des billets de faveur prétextant que « ce n’est pas un showcase! »?! Or, TOUT événement artistique est en soi un showcase!
Son autre prétexte : ne pas frustrer la clientèle des Lundi d’Edgar, toujours à guichet fermé… le spectacle ayant dû être présenté dans ce cadre, faute de salle disponible à ce temps de la saison, mais hors formule quant à moi; ce qui déplut considérablement au « principal intéressé »*…

L’ovation ne veut plus rien dire au Québec. Par contre, je peux affirmer que le public a été ravi de ce qu’il a vu et entendu. Les quelques billets que j’aurais pu obtenir afin d’inviter des diffuseurs auraient alors permis aux personnes lésées ce soir-là d’en profiter plus tard, dans cette même salle ou ailleurs. Mais non. Refus total!
— N’oublions pas qu’il s’agissait d’une création, donc d’un événement artistique.
Je n’étais pas habituée à ces manières cavalières, le précédent responsable de ce lieu hautement prisé par les artistes et le public avait été jusque-là un fidèle allié de mes productions antérieures. En eût-il encore été le directeur qu’il aurait pu aisément faire entendre raison à ce monsieur — celui-là fort insulté d’être écarté de ma proposition –, étant donné qu’il connaissait bien le procédé et la qualité artistiques que je défendais depuis une quinzaine d’années.

Le programme du Festival SuperMicMac annonçait, comme le « veut » Les lundi d’Edgar, un récital commenté, ce qui n’était pas ma proposition. Or, mon spectacle n’était PAS l’invité des Lundi d’Edgar mais une production DU Festival. Depuis le début de ce projet, j’avais été tout à fait transparente avec l’organisation dans la teneur de ce que j’avais l’intention de présenter, lui espérant du même coup un avenir heureux et lucratif. J’avais la pleine confiance de sa directrice.

Cependant, j’ai été invitée à expliquer à monsieur l’objet et l’objectif de mon spectacle, lequel n’était pas un simple récital comme on le voyait encore, mais celui-là arborant un scénario avec mise en scène, également tout en décors. En aucun moment ni endroit dans ce spectacle je ne pouvais l’intégrer, étant donné la captation de l’événement, ne pouvant ainsi offrir ce qu’on y verrait à un diffuseur éventuel puisque ce n’est pas ÇA que j’avais à « vendre ».
Non seulement cela, j’ai eu beau expliquer à monsieur que je travaillais sur ce projet depuis plusieurs années, que je m’y vouais à temps plein depuis de nombreux mois sans le moindre revenu, que je ne pouvais me permettre, une fois le 30 octobre passé, le reprendre de zéro comme je l’entendais et devoir le capter de nouveau pour une diffusion éventuelle. Je me suis même excusée de l’exclure, non pas par manque de bonne volonté mais exclusivement pour des raisons purement artistiques. Et que je ne pouvais « pour aucune considération » revenir sur ma position. J’ai dû être moins crue…

Le soir venu, monsieur, visiblement enrhumé, se contenta de me présenter et quitta les lieux.

J’ai beau ne plus en avoir entendu parler, ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi ce directeur avait été aussi cavalier avec moi et pourquoi toute diffusion ultérieure dans les autres maisons m’était « désormais » refusée : monsieur, sans avoir vu mon spectacle, a déposé ni plus ni moins qu’un grief à mon encontre afin de m’empêcher ainsi tout accès aux Maisons de la culture de la Ville de Montréal!
En d’autres termes, ça ne se fait pas, faire ça à « monsieur »!

Comment peut-on considérer, appeler cela autrement que de l’obstruction, du sabotage, voire de l’intimidation?

Comment mieux tuer dans l’oeuf un élan créateur original parce qu’un ego surdimentionné se croit humilié (personne n’avait à savoir les dessous de son absence du projet) par une artiste qui ne fait que suer dans son travail sincère et honnête, et se respecter?

Pour aucune considération je n’avais à lui donner quelqu’importance que ce soit, laquelle, fût-elle acceptée, aurait dénaturé une telle création. C’était MON soir, MON spectacle. Monsieur avait eu bien d’autres occasions, depuis La Boîte à Surprise, de se faire une carrière et une… réputation.

Le laisser faire, je perdais ainsi tout contrôle de mon sujet. Pour nourrir ses commentaires, j’aurais dû, toujours sans revenus, passer du temps avec lui à lui fournir toute ma documentation, avec le spotlight qui vient avec, moi, ne devenant plus qu’une figurante, et ainsi faire croire que tout ce travail lui revient… Parce que les crédits, il aurait fallu aussi les négocier…
Étant donné que j’avais déjà vécu une tentative d’appropriation de mon travail…

Je n’ai jamais su être obséquieuse. Même que l’opportunisme ne m’a jamais réussi… J’ai payé très cher avoir refusé d’être complaisante, de faire aucun compromis avec MON projet artistique, encore moins refusé de m’être pliée aux « caprices » de ce monsieur au point de compromettre l’avenir de mon projet — et le mien, par extension.

J’estime avoir été lésée, moi, dans le respect de mon intégrité personnelle et artistique. JE me suis respectée. J’en ai payé le prix.

Sans pourtant vouloir me comparer, tout comme Éva Gauthier, TOUTE ma vie d’artiste fut sous le signe du risque personnel et artistique (et financier!). Je ne sais pas faire autrement. J’avais des idéaux, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les atteindre.

Métier (et milieu) cruel, il va sans dire…

* En ce 30 août 2021, le « principal intéressé » vient d’écoper de six mois de prison pour ce que l’on sait…
Et deux jours plus tard, il a le culot de porter la décision en appel!
Octobre 2022, il n’aurait passé que quelques semaines en tôle, toujours sans remords et niant les faits…
P.S. :
« Monsieur » est mort… (29 novembre 2024)
Il n’y a pas lieu de se réjouir, malgré l’injustice et la colère qui ont été miennes…

Pour lire l’article sur les 20 ans du spectacle
Pour lire la suite 1/2

Pour lire sur le spectacle
Pour consulter le programme du concert
Pour d’autres photos
Pour en savoir davantage sur le Rap du « Name-Dropping »
Pour lire sur l’oeuvre de Charles T. Griffes, Three Javanese Songs, et l’entendre

C’était il y a 40 ans…

23 mai 1980 :
Récital de fin de maîtrise en Interprétation-chant, Université de Montréal.

Événement des plus importants et significatifs pour tout aspirant à la profession musicale classique.

Cela fait plus d’un an que je numérise, à temps perdu, mes archives scolaires et professionnelles audio sur bobines et sur cassettes. Une entreprise immensément délicate et hasardeuse, faite d’essais-erreurs, compte tenu du temps passé et des conditions d’entreposage.

Honnêtement et humblement, je n’en reviens pas de la qualité vocale et d’interprétation qui fut mienne. Une voix limitée dans les aigus, certes, mais une voix juste et une interprétation remplie d’esprit et de dynamisme ainsi qu’une rigueur musicale incontestable.

Comme je n’avais jamais ré-entendu tout ça jusqu’à maintenant, je n’arrive toujours pas à comprendre l’entêtement de mon professeur d’alors d’avoir tout fait pour m’empêcher de poursuivre dans mes ambitions musicales, et ce, par des intrigues indignes d’une personne de son statut. S’étant mythifiée de son vivant, elle était passée maître dans la démolition sans borne et injuste des prétendants qui ne rencontraient pas ses critères esthétiques.

Le rôle d’un professeur n’est-il pas de développer l’estime et la confiance en soi d’un élève qui nous a choisi? Encore faut-il l’aimer…
Pour seul compliment pendant toutes ces années : « Tu es le modèle parfait de la persévérance »…

J’aurai passé le reste de mon existence — avec force rage et insomnies — en quête de ma vraie voix et de ma vraie voie, et récupérer un semblant d’estime et de confiance en moi ainsi qu’en mon talent, celui-ci pourtant reconnu.

De cette maîtrise, je disais à qui voulait l’entendre qu’on me l’avait accordée par charité, tellement j’étais devenue complexée parce que comparée à tout le monde. Or, à force d’écouter l’enregistrement de ce récital, force est d’admettre que Gaston Germain, membre du jury, avait raison de me l’accorder. Et, l’ayant adopté plus tard pendant quelque temps comme professeur, il n’avait cesse de me dire que j’avais une belle voix, moi, n’arrivant toujours pas à le croire, malgré mes succès… J’avais encore des croûtes à manger pour soigner cette voix (et l’âme!!!) si mal dirigée depuis mon adolescence.

Je n’ai pas tout résolu mais c’est grâce à lui que j’ai réussi à comprendre des choses simples et fondamentales, particulièrement en me dirigeant vers un professeur éminent et reconnu, Vera Róza, à Londres, en 1989.

Ma combativité, la passion de la découverte et du faire-autrement-que-tout-le-monde qui m’animaient m’ont amenées vers une créativité dont je ne suis pas peu fière. Pour aboutir enfin à l’inattendu : la création de cet « Opéra-Chansons » qui fut créé presqu’à la même date, il y a maintenant 6 ans, en tant que auteure-compositrice-interprète, réalisatrice, conceptrice, etc.

ProgrammeFinMaîtrise1980

Voici le programme dont je suis très fière. Particulièrement où la création de l’oeuvre de Claude Frenette, sur des poèmes de Nicole Desrosiers, Les Oiseaux de Verre, fut un précédent pour un récital de maîtrise. Précédent qui semble n’avoir jamais été reconduit — je n’ai pas fait mon enquête. Cette commande, une histoire qui mériterait un article à elle toute seule…

Comme le résultat de la numérisation n’est toujours pas disponible, je vous fais entendre ici la version selon l’instrumentation prévue (harpe au lieu du piano) de l’oeuvre de mon ami Claude Frenette, alors élève d’André Prévost, au baccalauréat, laquelle eut droit à un enregistrement pour l’émission Alternances et qui fut gravée peu après sur étiquette RCI-570. Le numéro 7 est véritablement la 3e pièce du cycle.

Mais encore : si ce retour dans la passé puisse me permettre la poursuite d’une reconstruction qui reste encore à finir, si jamais il est possible d’y arriver enfin…

Merci d’avoir lu jusqu’ici et bonne écoute.

Beau temps, mauvais temps ?

Vous vous lamentez du temps qu’il fait ?
Sachez qu’il y a quatre ans, l’exécrable, froid et pluvieux mois d’avril s’est incrusté jusqu’au 10 mai !
Le lendemain, dimanche de la fête des mères, fut le premier beau jour de l’année (ca. 30˚). Tout le beau monde s’est rué dans son jardin ou sur les terrasses. Normal, direz-vous.

Pourquoi je m’en souviens ?
Parce que ce 11 mai était jour de première pour la création de mon « Opéra-Chansons ».
Ce temps magnifique a été reconduit pour les 2 autres représentations (18 et 20)…

À rebours, bonne idée ? On ne peut jamais prédire.
Pour qui a une fan base, aucun problème. Dans le cas qui me préoccupe — ce projet qui a pris vingt années de ma vie –, je revenais à la vie professionnelle après un très long silence… et on ne m’attendait surtout pas là.

Mais sachez que ceux et celles qui m’ont fait l’honneur de venir au Bain Mathieu, où j’étais en résidence, ne furent pas déçus !

Voici d’humbles extraits de ce que vous avez ratés…

Crédits photos : Michel Parent