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Le sens de l’orientation

Tranche de vie…

S’il y a une chose que mon père a réussi à m’inculquer, c’est de développer mon sens de l’orientation.

J’avais 15 ans et je commençais mes cours de chant, en privé. C’était rue Marquette, coin des Érables, dans le quartier Montcalm, à Québec.
Nous habitions Beauport (nord = Ste-Gertrude). Pour des raisons d’espace, les cours de secondaire 4 et 5 (3, sais plus) se donnaient en après-midi. J’avais donc le loisir d’aller là-bas, le matin, une fois aux deux semaines (ça coûtait 9,00 $/h, donc trop cher…).

Parce que les transports en commun étaient plutôt minables, mon père venait me reconduire là-bas, en prenant bien soin de me montrer le chemin en nommant le nom des rues et les édifices à reconnaître. Fallait bien puisque je devais prendre le bus de retour jusque chez moi, terminus qui se trouvait au stationnement de chez Pollack, boulevard Charest. Et, à cause de l’horaire, j’avais amplement le temps de faire le trajet à pieds. Ce que j’adorais.
Ça m’a bien servi plus tard puisque pendant mes études universitaires, je revenais l’été à Québec pour faire la guide touristique (entre-temps, j’avais déménagé à Montréal).

Ça m’a bien servi également après mes études — j’ai eu beaucoup à voyager pour des cours de perfectionnement, auditions, concours de chant et travail. Alors, quand j’arrivais dans une nouvelle ville, je prenais grand soin de me familiariser avec le plan, à tel point que je venais à peine d’arriver et les gens me demandaient régulièrement leur chemin !
Sauf à Tokyo… faut savoir que là-bas, sauf pour les grandes artères, il n’y a pas de noms de rues !

Toute cette histoire pour mettre en contexte ceci :
Ce matin, je me rendais à St-Lambert et j’ai eu à marcher longtemps depuis le métro pour me rendre à mon rendez-vous. N’y étant encore jamais allée à pieds, j’ai trouvé ça « long longtemps » ! J’avais beau avoir regardé d’avance le plan, mais je commençais à m’inquiéter, vu que c’était loin et que je marchais depuis déjà plus de 30 minutes.
À tout hasard, je pose la question à une dame qui visiblement était dans sa promenade (fin de jugging ?) à savoir si la rue xxxxx était encore loin. Quelle fut ma surprise de me faire dire qu’elle ne connaissait pas cette rue — ou plutôt la manière de s’en débarrasser !

Se promener dans un quartier que l’on habite et ne pas connaître le nom des rues où on circule, je trouve ça drôlement inquiétant.

Maudit GPS !
Maudite paresse !

Photo Michel Parent

Marchands d’illusions…

Des événements ponctuels, comme le décès de personnes significatives, font remonter à la surface bien des illusions entretenues par des mensonges et des promesses non tenues, cela n’ayant été que pure manipulation.

Comme se faire dire, lors de l’audition de ta vie (La Tragédie de Carmen à New York), par un ex-directeur de l’Opéra de Paris, Bernard Lefort, pour ne pas le nommer, recruté par Peter Brook pour entreprendre des auditions pan-américaines, dont le Canada (il m’avait déjà sélectionnée à Montréal), en te faisant miroiter la promesse de tournées pan-américaine et mondiale : « Mademoiselle, dans la vie, on chante ou on ne chante pas ! »…

Parce que toi, parmi d’autres engagements professionnels à annuler, tu dois choisir sur-le-champ, oui, sur-le-champ !, entre chanter Carmen, à New York, la célèbre version de Peter Brook en plus !, et enseigner (somme toute temporairement) au Cégep de Drummondville… Torture mentale !
L’appel des « sirènes » est trop fort !

À partir de là, tout le monde est parti pour la gloire à ta place (re : Le Trophée). On te croit maintenant lancée ! Seule toi, sais à quel point tu as encore des croûtes à manger…

Mais tu ne réalises pas encore que, à peine sortie de l’université, à un moment bien précis, tu perdais déjà le contrôle de ta vie, par « innocence », par (abus de) confiance…
Ce n’était que le début d’une série de promesses, d’un « merveilleux désastre » !
« Paroles, paroles, paroles… », comme dit si bien la chanson !

Et toi, avec forces maladresses, tu ré-agis tant bien que mal… (re : Elle s’appelle « Personne »).

La rage, la colère, la déception, la peine, la désillusion, et quoi encore, ont eu l’heur de pouvoir se déposer par l’écriture (re : Hymn’Mortels). Ça aura donné « l’oeuvre de ta vie » : l’album WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons » et le spectacle qui a suivi, L’« Opéra-Chansons » WXYZ… Code secret.

Que de rêves…
Que d’illusions…

Écrire. Oui, écrire parce qu’urgence il y avait.
Sans calcul, sans même avoir été un objectif, la catharsis a-t-elle vraiment eu lieu ?

"La Tragédie de Carmen" de Peter Brook, avril'84

« La Tragédie de Carmen » de Peter Brook, avril’84

Rejoindre l’universel…

C’est en parlant de soi qu’on rejoint l’universel. Ce n’est pas moi qui le dit. C’en est presque devenu un cliché…
Écrire pour plaire aux autres, on passe à côté de l’essentiel, à côté de soi.

Or, ce midi, je reçois un appel d’un inconnu qui est « tombé » sur mon album, WXYZ… Code secret, un « Opéra-Chansons », par l’intermédiaire d’une connaissance commune. Un geste tout à fait spontané car, n’ayant même pas terminé l’écoute, il m’a dit ne pas avoir entendu une chose pareille depuis très longtemps et que ça l’a profondément touché (je regrette ne pas avoir pu enregistrer la conversation, j’ai fermé le répondeur un peu vite…).

Il aura donc été touché par les textes, la musique et finalement ma voix, unique, dit-il. Des textes et des thèmes qu’il affirme être universels et juge l’ensemble tout à fait accessible, ne comprenant pas tant de difficulté que j’ai à vendre l’album – parce que non commercial, il a été refusé dans les « bons » magasins – ni le spectacle (L’ « Opéra-Chansons »…) qui en découle.

J’ai beau ne pas me faire d’illusions, moi non plus, je ne comprends pas la frilosité des décideurs… Avoir les moyens d’être indépendante…

Bref, il a fait ma journée !

Merci, Jacques P.

Mon corps prémonitoire…

Toute ma vie j’ai été confrontée avec des vibrations qui ne m’annonçaient rien de bon. Des vibrations que je ne pouvais associer à rien mais qui, inéluctablement, me prévenaient qu’il s’agirait d’un événement dramatique pour lequel je ne pouvais absolument rien faire pour renverser la situation. Association bien après les faits…
Avec pour résultat cet album et le spectacle qui en découle…

Ce matin, en apprenant la tragique nouvelle concernant un ami, un collègue de très longue date de mon compagnon de vie, j’ai ressenti les mêmes vibrations qu’hier, alors que mon conjoint était alerté parce qu’on craignait sérieusement pour lui, artiste aussi fragile et vulnérable que talentueux… Avec des yeux…

Mon corps savait, lui. Il avait compris, bien avant mon intellect, comme toujours, que le sort en était jeté pour lui — alea jacta est.

Vous comprendrez que je préférerais ressentir des vibrations annonçant de meilleures augures…

Avec grande tristesse nous te pleurons, cher ami Benoît Brodeur…
R.I.P.

La route vers soi…

Au moment d’un bref détour pipi
par la Promenade internationale de la poésie
je peux lire, entre autres, ceci :

« Il n’y a pas de route
Plus longue que vers toi »
Anibe Koltz, Luxembourg

Permettez que j’ose prétendre la suivante :

Il n’y a pas de route plus longue
Que vers SOI
Toute une vie…

450e anniversaire, Île d’Orléans

Un bref repos à l’Île d’Orléans me remémore un événement spécial :

En août 1985, presque jour pour jour, en l’église de Saint-François, et ce, en compagnie de l’excellente pianiste Suzanne Goyette, mon amie, je présentais un récital à l’occasion des fêtes commémorant le 450e anniversaire de la découverte de cette île, nommée alors Île de Bacchus.

R.I.P. Gaston Germain

C’est avec une immense tristesse que j’apprenais ce matin le décès de Gaston Germain.
Parce qu’il n’était muni d’absolument aucun préjugé à mon endroit, il a daigné m’accorder une Maîtrise en Interprétation-chant, à l’Université de Montréal, et ce, bien malgré la volonté du professeur que j’avais jusqu’alors…

C’est après mes années new-yorkaises que je suis allée vers son enseignement. C’est ainsi que j’ai appris à connaître la grandeur d’âme de cet homme, à travers des souffrances communes partagées qui nous ont faits un peu complices…

Aucunement jaloux ni possessif, c’est par son intermédiaire que j’ai pu aller prendre quelques leçons à Londres, chez la grande Vera Roszá, grâce à une bourse de perfectionnement, la dernière, mais la plus pertinente que j’aurai obtenue. Ce qui a été des plus déterminants pour la suite des choses concernant la nature de ma voix et ce que j’en ferais plus tard.

Comment peut-on oublier cette magnifique voix grave et sonore ! Et que dire de son rire quand le vecchio maledetto téléphonait pour souhaiter bonne fête à Madame Le-me-lin…

N’eût été sa bienveillante clairvoyance et son encouragement indéfectible, et surtout son entêtement à me faire croire, moi, que j’avais, oui, une belle voix, qui sait si j’aurais réussi à persévérer dans cette voie difficile et olympienne du chant classique, mais particulièrement son soutien sans équivoque devant mes élans de créativité où j’ai pu enfin reconnaître la vraie nature de cette voix et la manière originale dont j’ai pu m’y prendre pour la déployer à son meilleur.

Je lui dois une infinie reconnaissance. C’est bien malgré moi que je n’ai pu le revoir récemment mais je sais qu’il n’en doutait point.

Andrée, son amour de toujours, sait déjà tout ça. À cet amour, mes plus sincères condoléances et mon amitié loyale.

Salut, Gaston !

Frederico Garcia Lorca

Beauté tragique que cette poésie, savamment, brillamment et douloureusement présentée par Richard Desjardins et Alexandre da Costa, l’idéateur du projet.
J’en voudrais bien encore ! (le genre de spectacle que j’aurais aimé avoir pu faire…)

Le ventre noué tout du long… Garcia Lorca que je connais sans le connaître…

Parmi toutes ces musiques entendues, celles que j’ai chantées — El amor brujo, Siete canciones populares españolas. Depuis mon adolescence, je baigne dans les « espagnolades » à tout crin : à 15 ans, j’auditionnais pour mon premier professeur de chant avec Granada

Carmen un jour, Carmen toujours…

L’obscurantisme… ou l’horreur « de » Dieu !

Avec ces récents attentats — je ne fais pas ouvertement de politique — mais je suis tombée coup sur coup sur des articles ou des émissions de télé ou radio qui ne font qu’alimenter une situation qui est très sensible.

Au sujet du Printemps arabe, en Tunisie, voici des propos tenus par le metteur en scène Fad Hel Jaïbi, dans la magnifique série d’Hugo Latulipe Le théâtre des opérations, ARTV :

Les obscurantistes ne s’occupent que du Coran […] Ils ne vont pas au théâtre, ils ne vont pas au cinéma; ce sont des arts impies. Ils ne lisent pas la poésie, ils ne lisent pas les romans. Toutes les choses de l’esprit ne les intéressent pas. Ils ne vivent que dans l’instance de la mort, que dans l’attente de la délivrance que leur promet l’au-delà. Ils ne sont pas de ce monde alors que nous sommes de ce monde et nous voulons le vivre jusqu’au bout et librement, et le plus passionnément possible.

L’obscurantisme n’est certainement pas l’apanage seul des islamistes, très médiatisés ces temps-ci.
Vivre pour sauver son âme, pour aller au Paradis !
Les chrétiens créationnistes tout autant…
Je vous invite à lire cette chronique de Boucar Diouf, Les intégristes à l’assaut de la science, ou encore écouter l’entrevue avec l’auteur Thierry Lodé, aux Années lumières, dont voici un extrait (1:50:50) :

Le créationnisme est une des oppositions (à la théorie de l’évolution) les plus simples et les moins crédibles qui puissent exister et qui repose surtout sur les confusions religieuses ou ésothériques qui peuvent exister […] Le créationnisme est plus un élément de politique qui cherche à établir des normes morales pour conduire les humains à y répondre et à s’y soumettre plutôt qu’évidemment une vraie théorie scientifique […]

Sachez que ces sectes, au Québec, ont entre autres été vraisemblablement importées (de Floride, notamment) par des vacanciers québécois exaltés ou en manque de règles de vie, ne sachant plus gérer la liberté que leur a donné la révolution sexuelle des années’70, en même temps celle d’avoir la possibilité de vivre sans Dieu…

Culpabilité ?
Manipulés par la peur…
Des morts ambulants, à tout le moins…

Obscurantisme ? Et que dire de nos gouvernements actuels…

Comme c’est désolant, tout ce carnage…

Diseuse : une dynastie en voie de disparition

…De retour du récital d’adieu de la Grande Greco : É-mou-vant !…

Avec le décès récent de Patachou (30-04-15), Juliette Greco est bel et bien la dernière représentante de cette lignée de chanteuses que l’on nommait, à raison, « diseuses ».

Nous entendons « diseuses » ces chanteuses, souvent dotées de voix magnifiques — Cora Vaucaire, Juliette Greco, Patachou… — pour qui le texte, le sens, était placé au faîte de l’art de la chanson, celui-ci étant le message. La musique son support, la voix, l’humble véhicule.

Ces artistes auront toujours quelque chose à nous apprendre d’un art dont le style semble désormais révolu, celui de la transmission du sens, du verbe par cette élocution qui permet de l’entendre, de le comprendre. Ces diseuses ont appris à dire, déclamer un texte, à l’articuler dans le plus grand respect de la musique qui a permis à cet art mineur, comme disait Serge Gainsbourg, de se rendre jusqu’à nous, nous faire vibrer, nous émouvoir.

Chez nous, au Québec, encore active, Danielle Oddera est bien la dernière à pouvoir encore faire la « démonstration » de cet art si noble.

Aujourd’hui, la voix aura-t-elle pris le dessus ? Le contenant au détriment du contenu…

Formée à l’art lyrique, il m’aura pris toutes ces années pou en « revenir »… Cet instrument qu’est la voix sera, certes, toujours une source de recherche et de questionnements. Elle est là pour servir un texte, une musique et l’émotion qui en découlent. Car la voix ne trompe pas. Elle est le reflet du SOI. Un précieux don à respecter.

Diseuses : je ne me lasserai jamais d’écouter attentivement ces « anciennes ». Comme la mode finit toujours par revenir, qui sait…

Merci, Juliette !